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Canal+/TPS : la guerre des blockbusters

Canal+ et TPS accélèrent la renégociation de leurs exclusivités avec les grands studios américains, l’approvisionnement en blockbusters demeurant, après le football, la priorité des deux concurrents. Si TPS est désormais un acteur de taille, Canal+ conserve encore le leadership sur la diffusion du cinéma américain.

 
 
Canal+ diffusera en exclusivité La guerre des mondes de Steven Spielberg comme l’ensemble du catalogue DeamWorks.
C’est l’arbre qui cache la forêt. Si l’on a beaucoup parlé ces derniers mois de la bataille homérique entre TPS et Canal+ sur les droits du football, il est un autre combat essentiel qu’ont continué à mener les deux adversaires français, celui de l’approvisionnement en cinéma, seconde motivation d’abonnement après le sport (selon Canal+, 43% de ses clients viennent pour le sport et le cinéma et 27% uniquement pour ce dernier). Dans cette optique, détenir les plus gros blockbusters américains est donc une nécessité pour les uns et les autres. Privée de Ligue 1 de football, TPS n’a d’ailleurs pas manqué de communiquer tous azimuts sur son recentrage autour du cinéma (utilisant par exemple à plein régime l’ouverture du samedi soir à la diffusion de films ou encore son exclusivité sur le catalogue Warner). Piqué au vif, son homologue de Canal+, Rodolphe Belmer rappelait immédiatement que “Canal+ était très soucieux de son partenariat avec le cinéma”. Et le directeur général adjoint du groupe Canal+ de réaffirmer que, malgré l’exclusivité des droits du football, l’équilibre entre foot et cinéma ne serait pas modifié à l’antenne.

Après le ballon rond, c’est donc sur les films, et surtout la production hollywoodienne que se concentre le duel entre les deux frères ennemis. Qu’en est-il aujourd’hui ? Après le coup d’éclat de TPS il y a deux ans qui avait raflé le catalogue Warner au nez et à la barbe de Canal+, alors en plein marasme post-Messier, la situation s’est stabilisée. Selon nos estimations (cf. encadré), Canal+ conserve aujourd’hui une bonne avance sur le cinéma américain. Sur les huit films US présents dans les 15 premiers du box-office 2004, Canal+ en diffusera cinq (Shrek 2, Spider-Man 2, Les indestructibles, Gang de requins, Le jour d’après) et TPS trois (Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban, Troie et Ocean Twelve). On le voit, l’apport de Warner (une vingtaine de films par an) fait aujourd’hui de TPS un concurrent très sérieux. C’est pourquoi Canal+ se devait de reprendre la main. Ce qu’elle a fait en rattrapant l’exclusivité totale du catalogue Universal dont certains films lui avaient échappé ces deux dernières années. Le groupe a également élargi ses accords avec DreamWorks, jusque-là concentrés sur les films d’animation et les réalisations de Steven Spielberg, et bénéficiera désormais de l’ensemble du catalogue de la major, en première exclusivité. De son côté, TPS a sécurisé à l’automne dernier son accord de longue date avec le groupe CBS/Paramount et peut profiter de ses deals en cours avec MGM, Touchstone (branche films adultes de Disney) et, bien sûr, Warner. Il resterait donc aujourd’hui deux catalogues d’importance à renégocier. Canal+ travaille ainsi sur la reconduction de ses accords avec Sony (Columbia et TriStar) mais attend en revanche de connaître l’issue du divorce annoncé entre Disney et les frères Weinstein pour se positionner sur le catalogue Miramax (qui devrait rester dans les tiroirs de Disney) tout comme sur la nouvelle structure qui sera créée par les deux frères. Et dans un cas comme dans l’autre, on peut penser que TPS sera en embuscade. Preuve encore de l’importance de l’approvisionnement en films hollywoodiens, les reconductions de contrats se font désormais de manière toujours plus précoce (les accords entre TPS et Paramount comme ceux entre Canal+ et la Fox n’arrivaient en effet à échéance que dans deux ans) et sur des périodes courant jusqu’à 2010, voire au-delà… Des contrats négociés et paraphés directement par les dirigeants des chaînes : Patrick Le Lay, le Pdg de TF1 et premier investisseur dans TPS s’est ainsi déplacé lui-même à Los Angeles pour reconduire le deal Paramount, tandis que, du côté de Canal+, c’est Rodolphe Belmer en personne qui aurait mené à bien les reconductions des contrats Fox, Universal et DreamWorks.

Restent les exceptions qui confirment la règle des exclusivités (qui peuvent parfois se transformer en casse-tête chinois en raison des coproductions). Film estampillé Miramax, Aviator de Martin Scorsese sera pourtant en première fenêtre sur TPS (TF1 et TFM en ayant acquis les droits pour la France). Production Warner, Million Dollar Baby de Clint Eastwood sera visible en revanche en exclusivité sur Canal+ (via ses rapports privilégiés avec Lakeshore). Comme quoi, si l’on est un amoureux du cinéma américain à la télévision, il faut désormais choisir son camp. Ou alors être assez riche pour s’offrir deux abonnements !

Fabrice Leclerc

Vendredi 1er avril 2005

 



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