Hengameh
Panahi :
Missionnaire du cinéma
Elle
est née en Iran, a passé sa jeunesse à Bruxelles, travaille à
Paris, vend des films dans le monde entier, vient d’en produire
un à New York. Pour Hengameh Panahi, le cinéma rend l’horizon
plus large.
Ce qui frappe d’abord : la douceur de la voix
et celle du visage. Mais on sent très vite derrière cette apparence,
la force de la passion et de la détermination. Hengameh Panahi
est née iranienne, et à 12 ans ses parents l’ont envoyée avec
ses deux sœurs aînées faire ses études en Belgique : “Le
français dans le Téhéran du Shah était une langue romantique et
j’ai passé ma petite enfance à l’école Jeanne d’Arc, institution
religieuse où je me suis forgé une double culture française et
iranienne”. Du Téhéran de l’époque, elle se souvient
de l’effervescence culturelle, des projections cinématographiques
en plein air, du rêve hollywoodien qui habitait tout le monde.
Mais la Belgique n’avait rien d’une plage californienne et la
déception fut grande. Après des études de langues, elle devient
traductrice avant de travailler avec un réalisateur belge, et
là tout a basculé. Elle découvre l’univers du cinéma : “Je
m’occupais de tout, se souvient-elle :
la documentation, la promotion, l’organisation des sorties, les
ventes, la préparation des films suivants.” Très vite,
elle crée sa société : Celluloïd Dreams dont la vocation est la
vente, même si pour le plaisir elle produit aux Etats-Unis un
documentaire sur Charlie Parker. La production la tente et elle
fonde à Paris Lumen Films avec Jean-Pierre Limosin, tout en poursuivant
la vente depuis Bruxelles. L’univers parisien du cinéma lui paraît
difficile à pénétrer : “J’ai
vite constaté que le relationnel est plus important que le savoir-faire
et les connaissances.” Elle s’installe cependant définitivement
à Paris et prend ses quartiers dans les bureaux d’Alexandre Heylen
qui vient de lancer sa société de ventes, Mainstream et se consacre
presque exclusivement à la vente. Son premier film : Et la vie
continue d’Abbas Kiarostami. En quelques années, Celluloïd Dreams
se taille une place de choix dans les marchés internationaux,
bénéficiant d’une image et d’une notoriété qui surprennent toujours
Hengameh Panahi. Au fil des ans, elle se constitue un catalogue
de près de 200 films et fidélise des cinéastes comme Kitano, Kiarostami
ou François Ozon. La recette du succès ? “La
première, je crois, c’est de ne prendre que des films que j’aime.
Je ne peux convaincre que si je suis convaincue.”

|