"Les difficultés d’exportation du cinéma français ne sont liées ni aux films, ni au public, mais à l’absence totale de travail de promotion, de packaging"


 
 
















 
             

 

Edition du
Vendredi 1er Septembre 2000
 
 
 

Hengameh Panahi :
Missionnaire du cinéma

Elle est née en Iran, a passé sa jeunesse à Bruxelles, travaille à Paris, vend des films dans le monde entier, vient d’en produire un à New York. Pour Hengameh Panahi, le cinéma rend l’horizon plus large.

Ce qui frappe d’abord : la douceur de la voix et celle du visage. Mais on sent très vite derrière cette apparence, la force de la passion et de la détermination. Hengameh Panahi est née iranienne, et à 12 ans ses parents l’ont envoyée avec ses deux sœurs aînées faire ses études en Belgique : “Le français dans le Téhéran du Shah était une langue romantique et j’ai passé ma petite enfance à l’école Jeanne d’Arc, institution religieuse où je me suis forgé une double culture française et iranienne”. Du Téhéran de l’époque, elle se souvient de l’effervescence culturelle, des projections cinématographiques en plein air, du rêve hollywoodien qui habitait tout le monde. Mais la Belgique n’avait rien d’une plage californienne et la déception fut grande. Après des études de langues, elle devient traductrice avant de travailler avec un réalisateur belge, et là tout a basculé. Elle découvre l’univers du cinéma : “Je m’occupais de tout, se souvient-elle : la documentation, la promotion, l’organisation des sorties, les ventes, la préparation des films suivants.” Très vite, elle crée sa société : Celluloïd Dreams dont la vocation est la vente, même si pour le plaisir elle produit aux Etats-Unis un documentaire sur Charlie Parker. La production la tente et elle fonde à Paris Lumen Films avec Jean-Pierre Limosin, tout en poursuivant la vente depuis Bruxelles. L’univers parisien du cinéma lui paraît difficile à pénétrer : “J’ai vite constaté que le relationnel est plus important que le savoir-faire et les connaissances.” Elle s’installe cependant définitivement à Paris et prend ses quartiers dans les bureaux d’Alexandre Heylen qui vient de lancer sa société de ventes, Mainstream et se consacre presque exclusivement à la vente. Son premier film : Et la vie continue d’Abbas Kiarostami. En quelques années, Celluloïd Dreams se taille une place de choix dans les marchés internationaux, bénéficiant d’une image et d’une notoriété qui surprennent toujours Hengameh Panahi. Au fil des ans, elle se constitue un catalogue de près de 200 films et fidélise des cinéastes comme Kitano, Kiarostami ou François Ozon. La recette du succès ? “La première, je crois, c’est de ne prendre que des films que j’aime. Je ne peux convaincre que si je suis convaincue.