| ENQUÊTE
Fiction : la révolution du
réel
De Ma Terminale à Laffaire
Villemin, la fiction inspirée du réel est dans lair
du temps. À loccasion du Festival de fiction de Saint-Tropez
(du 16 au 19 septembre), nous faisons le point sur ces nouveaux
projets qui renouvellent le genre en profondeur.
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Dans la tête du tueur, une fiction
de TF1 daprès lhistoire vraie de Francis
Heaulme interprété par Thierry Frémont
aux côtés de Bernard Giraudeau dans le rôle
du policier Jean-François Abgraal.
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Au regard de la liste des téléfilms qui seront présentés
au Festival de fiction de Saint-Tropez, un grand millésime
de lavis des experts (cf. encadré ci-dessous), on est
loin de percevoir la véritable révolution qui secoue
les coulisses de la production de fiction française. En effet,
les genres et catégories en compétition sont des plus
classiques, allant dadaptations littéraires comme La
fuite de monsieur Monde daprès Georges Simenon, à
la fiction en costumes avec Lagardère, en passant par des séries
récurrentes policières typiques telles que Trois femmes
flics
Seule petite exception qui passe presque inaperçue,
dans la sélection des fictions day-time : K.ça, un format
court sur les ados et la sexualité, très proche du quotidien
de jeunes lycéens, mais dont la fraîcheur des dialogues
et la justesse de ton sont étonnantes. Initiée par lex-directrice
de la fiction de France 3, Perrine Fontaine, et la société
dAlain Clert, Son et Lumière, K.ça, le premier
format de fiction court de France 3, est aussi le premier signe avant-coureur
de la véritable mutation qui agite le genre.
Grâce à des outils souvent empruntés au documentaire
(utilisation darchives, petites caméras DV, enquête
journalistique poussée, vrais témoins devenant comédiens
et vice versa), la fiction prend un sérieux virage, avec une
véritable foison de nouveaux projets à la fois audacieux
et novateurs tant par leur sujet souvent polémique,
politique ou dérangeant, sur un épisode de lHistoire
ou de lactualité proche , que par leur format (90,
70, 52, 26 ou court) ou leur écriture, très
inspirée du réel.
Fait frappant, cette mutation profonde touche les projets de toutes
les grandes chaînes hertziennes, ainsi que ceux de Canal+ .
Il en va de même pour les sociétés de production
de fiction : si lévolution du genre a favorisé
lémergence de nouvelles structures, issues soit du documentaire
comme Point du Jour, des reportages dactualité comme
Toni Comiti ou démissions de flux comme ALP, les sociétés
productrices de téléfilms traditionnels ont mis le pied
à létrier avec un enthousiasme qui frise parfois
le délire.
De GMT à Cipango, en passant par Studio International ou Scarlett
Productions, on ne compte plus le nombre de structures productrices
de fiction traditionnelle qui se sont lancées dans laventure
de ces nouvelles écritures. Une dentre elles cependant
a particulièrement voix au chapitre, par le nombre de projets
en gestation (cf. encadré p. 15) mais aussi par son parti pris
de créer des fictions proches du réel depuis plus de
10 ans : Capa Drama, la société dirigée par Hervé
Chabalier. Véritable précurseur, ce dernier avait initié
il y a dix ans une fiction sur le sang contaminé Facteur VIII
pour Canal+, et il se retrouve aujourdhui, assez naturellement
au centre de ce bouillonnement créatif. La liberté
de pouvoir mélanger les outils des différents genres
est formidable. Le docu-drama crée une nouvelle forme de télévision.
La synergie entre talents venus du reportage, du documentaire, et
de la fiction, devient indispensable et chacun, quel que soit son
univers dorigine, doit collaborer en toute humilité,
exulte-t-il.
Lengouement soudain pour le réel dans les chaînes
ne surprend pas Hervé Chabalier qui y voit une des caractéristiques
fondamentales de notre époque. Nous vivons une période
de lHistoire très sombre, proche de ce qua dû
être le Moyen Âge par moments pour ce qui est de la cruauté,
de la violence globale et des grandes peurs. Nous avons donc besoin
de repères, de savoir dans quel monde nous nous trouvons, doù
nous venons et qui nous sommes, et la télé, par le biais
du docu-fiction ou du docu-drama est lun des meilleurs moyens
pour répondre à ces attentes, indique-t-il.
Parmi les chaînes, TF1 est la première à avoir
senti le vent tourner, en programmant Jean Moulin, une affaire française
puis Laffaire Dominici, deux fictions inspirées du passé
proche, mais dont la particularité était leur point
de vue polémique. Toutes deux ont eu des gros succès
daudience en particulier Laffaire Dominici, dont
la première partie a rassemblé près de 12, 2
millions de téléspectateurs. Mais surtout, toutes deux
ont provoqué un débat dans les médias et la sphère
publique. Du coup, la chaîne a mis en chantier de nouvelles
fictions inspirées de la réalité proche
même contemporaine et des docus-dramas.
Nous fonctionnons de manière assez empirique. Le succès
de Laffaire Dominici a confirmé que nous avions raison
daller dans ce sens. Et tant mieux, car il est passionnant de
travailler sur lhistoire proche et la réalité
contemporaine, déclare le directeur de la fiction de
TF1, Takis Candilis.
Si le réel est à ce point passionnant pour les chaînes,
cest aussi pour des raisons pratiques, ainsi que lexplique
Jérôme Minet, directeur de Studio International : Il
faut reconnaître quil y a un défaut dimagination
dans lécriture de fiction depuis quelques années.
Le retour à la réalité et à des histoires
qui sont souvent plus fortes que ce quon est capable dinventer
est une nouvelle source dinspiration bien commode. Car,
de nos jours, la réalité dépasse souvent la fiction.
Qui aurait pu imaginer un scénario aussi démentiel
que celui du 11 septembre?, interroge dailleurs la responsable
de la production internationale de la société, Nora
Melhli.
Même son de cloche chez Dominique Antoine, depuis quelques mois
à la tête de la nouvelle structure de production de fiction
du groupe Franco American : selon elle, il faut surtout créer
de nouvelles façons daborder certains thèmes.
Cela fait 15 ans que lon sinspire des faits de société
pour la case du mercredi soir sur France 2. Il y a eu je ne sais combien
de fictions dans le genre sociologie familiale sur lanorexie,
la drogue, même linceste
Nous avons besoin de nous
renouveler.
Parmi les projets novateurs en gestation chez Franco American, une
série potentiellement de 6 x 52 en cours
de discussion à France 3, dont le titre de travail est Les
laissés-pour-compte. Un des personnages principaux est
une héroïne, insatisfaite de sa vie, qui décide
de se mobiliser pour aider les gens qui, par exemple, ont vécu
les inondations dans le sud de la France et qui nont toujours
pas reçu de compensation financière, décrit-elle.
Des techniques nouvelles, proches du documentaire
Une fiction engagée, donc, sur des vrais gens qui sont
exclus du système. Parmi les idées intéressantes
proposées par la productrice, linclusion de personnages
réels qui joueraient leur propre rôle. Lidée
de départ est de François Crozade. Il est en train décrire
le scénario avec Laurent Cantet qui en sera aussi le réalisateur.
Linclusion de vraies personnes est quelque chose que Laurent
a déjà fait au cinéma dans Ressources humaines,
ajoute Dominique Antoine.
Une idée similaire avait été envisagée
par M6 pour une fiction dont le titre de travail est Brasier, sur
les incendies qui ont dévasté le Var lannée
dernière, écrite par Samantha Mazéras et Arnaud
Sélignac et réalisée par ce dernier. La chaîne
a décidé de ne finalement inclure que des véritables
comédiens, pour éviter que la fiction ne sapparente
trop au genre du docu-drama. Produite à 75% par GMT et à
25% par Toni Comiti, dont cest la première aventure dans
le domaine de la fiction télévisée, Brasier inclura
des images de reportage qui ont déjà été
utilisées pour une émission de Zone interdite. Jai
envoyé quatre équipes de reporters sur le terrain et
nous avons capté des images exceptionnelles. Je leur ai demandé
de filmer les gens comme sils racontaient des histoires plutôt
que de faire un travail de pur journaliste. Une de nos camerawoman
a, par exemple, vécu 24 h sur 24 avec les pompiers. Et nous
avons aussi obtenu des documents incroyables de personnes qui filmaient
leur propre maison en train de brûler, explique Toni Comiti.
Lidée originale de M6 est de créer un téléfilm
catastrophe, en utilisant des images de reportage, agrémentées
de quelques effets spéciaux. La fiction quant à elle
sera a priori filmée avec des petites caméras DV. Le
budget de ce téléfilm est le même que celui dune
fiction de prime time, donc bien moins cher quun film catastrophe
habituel, indique le directeur de la production de M6, Nicolas
Coppermann.
Toni Comiti a dautres projets en cours qui puiseront dans la
ressource formidable des images de reportage de sa société.
Je décide au coup par coup. Je ne connais pas le métier
de producteur de fiction et cest pour cela que je massocie
avec des professionnels aguerris comme Jean-Pierre Guérin de
GMT. Il va ausi travailler avec Eddy Cherki (DEMD), avec lequel
il prépare une fiction sur les paparazzis pour M6.
Un des autres projets originaux de lex-petite chaîne qui
monte est Ma Terminale, une série de 25 x 26 feuilletonnante,
une sorte de home movie dune lycéenne qui
filme ses compagnons de classe avec une petite caméra DV. Mise
en scène par Stéphane Meunier, un réalisateur
de documentaires, écrite par un pool de scénaristes
supervisé par Bertrand Cohen, qui a notamment produit certains
soaps du groupe AB, la série se veut novatrice dans la façon
dont elle a été filmée et interprétée
par des comédiens débutants. La définition
des personnages et les dialogues sont inclus dans le scénario,
qui est très écrit mais, au moment du tournage, Stéphane
Meunier leur a laissé une grande liberté dexpression.
Ils parlent donc avec leurs propres mots, décrit Nicolas
Coppermann. Pour encourager cette spontanéité, le réalisateur
a décidé le plus souvent possible de ne faire quune
seule prise et les comédiens ne devaient pas répéter
les scènes à lavance. La série sera diffusée
cet automne, en access prime-time, soit en quotidienne ou en hebdomadaire.
Le politique nest plus un sujet tabou
Chez Arte, la diffusion il y a un an dune mini-série
de fiction britannique coproduite par la chaîne, sur les années
Blair, mise en scène par Peter Kosminsky, un réalisateur
qui a également démarré dans le documentaire,
a marqué le début dun intérêt pour
des sujets qui dépeignent la classe politique. Un thème
encore tabou en France, notamment à cause du droit à
limage plus contraignant ici que dans les pays anglo-saxons,
explique le directeur de la fiction dArte, François Sauvagnargues.
Cela na pas découragé la chaîne dinitier
un téléfilm de 90 minutes sur les élections françaises
du 21 avril 2002, produite par Point du Jour et écrite et réalisée
par William Karel, sa première création de pure fiction.
Cela fait au moins dix ans que je voulais me lancer dans le
genre et quand Arte ma proposé ce projet, jai sauté
sur loccasion, décrit le réalisateur du
Monde selon Bush.
Selon François Sauvagnargues, dans certains cas la fiction
peut compenser les limites du documentaire. On ne trouve pas
toujours des archives sur tout et parfois on ne peut obtenir certains
témoignages, ce qui limite la recherche, même si on sait
pertinemment ce qui sest passé. Cest pourquoi la
fiction, avec lécriture dun scénario imaginaire,
proche de la réalité, peut faire avancer les choses.
Lunitaire de 90 minutes est en tout début décriture.
Je prendrai 4 à 5 mois pour terminer le scénario.
Nous avons choisi de refléter les événements
du 21 avril à travers la vie dune rédaction télévisée,
parce que cest un univers que je connais bien, depuis que jai
réalisé le documentaire Le Journal commence à
20 heures, sur le bocal de France 2, raconte William
Karel.
La fiction, qui se veut à la fois satirique et dérangeante,
abordera des thèmes peu évoqués, comme la manipulation
du sentiment dinsécurité par les médias.
Si elle est bien faite, tout le monde la détestera, la
droite, la gauche et bien sûr les journalistes, jubile
le réalisateur. Dans les rôles des journalistes, il y
aura vraisemblablement des comédiens connus, mais tous les
personnages politiques seront représentés au moyen darchives.
Nous utiliserons environ 30% darchives pour 70% de fiction.
Nous pensons aussi intégrer un véritable conseiller
en communication comme invité sur le plateau le soir des élections,
qui jouerait son propre rôle
Ce serait une forme de clin
dil, élabore le réalisateur.
Comment incarner les rôles de personnages réels ?
Ce sont également des comédiens célèbres
qui interprètent les rôles du tueur en série Francis
Heaulme et du policier qui la traqué pendant six ans,
Jean-François Abgraal, dans une nouvelle fiction de TF1 produite
par GMT, intitulée Dans la tête du tueur. Le premier
sera incarné par Thierry Frémont et le second par Bernard
Giraudeau. Le casting, dans une fiction où les protagonistes
sont encore en vie ou très présents dans limaginaire
collectif, peut être très compliqué. Dans le cas
présent, cela était plus simple, tout dabord parce
que les visages des personnages ne sont pas réellement connus
du grand public mais aussi parce que lon part dun récit
très fort écrit par Jean-François Abgraal lui-même.
Il fallait évidemment des comédiens dexception
pour incarner ces deux personnages qui saffrontent, explique
Takis Candilis.
La question du casting est particulièrement cruciale pour la
fiction Le grand Charles que GMT prépare pour France 2 et Arte,
sur la vie du général De Gaulle. Un tel rôle ne
se remplit pas du jour au lendemain et Jean-Pierre Guérin lui-même
décrit la situation comme compliquée. Même
cas de figure pour Laffaire Villemin. Selon Jérôme
Minet, dans une fiction très inspirée du réel
comme celle que nous préparons sur laffaire Grégory,
il y a un facteur de proximité avec le public, car tout le
monde sidentifie au couple Villemin. A priori, je pense quil
ne faut pas briser cette relation de proximité en donnant ces
rôles-là à des stars. En revanche, les autres
personnages, par exemple les juges et les journalistes, peuvent être
incarnés par des comédiens connus.
De façon générale, Jérôme Minet
souligne lécueil principal des fictions très inspirées
du réel : Plus lhistoire est contemporaine et plus
il est difficile de surfer entre réalité et fiction.
Il est presquimpossible dinventer des éléments
narratifs, sans trahir lessence même du sujet.
Larrivée du docu-drama
Le respect de la vérité est dailleurs lun
des moteurs qui ont poussé les directeurs de fiction de certaines
chaînes à sintéresser au docu-drama (que
certains appellent aussi docu-fiction). Ce genre nouveau, venu de
Grande-Bretagne, a dabord fait des émules dans les départements
documentaires des chaînes, car il permet dutiliser des
méthodes empruntées à la fiction pour expliquer
une période historique avec plus de latitude quà
travers un documentaire traditionnel. Cest ainsi que lon
a vu se succéder LOdyssée de lespèce
sur France 3 en janvier 2003, qui a battu tous les records daudience
de la chaîne en rassemblant plus de 8 millions de curieux, suivi
des Derniers jours de Pompéi, initié par la BBC, diffusé
sur France 2 en février 2004 et qui a aussi réalisé
un bon score daudience.
En fiction, cest TF1 qui a ouvert la brèche avec plusieurs
projets en cours, dont Il faut tuer De Gaulle, La tuerie de Nanterre
et Bruay-en-Artois. Contrairement à un projet de fiction pure,
ce genre essaie de reconstituer fidèlement un épisode
de lhistoire contemporaine ou proche, en utilisant des comédiens
inconnus, en insérant des archives et des témoignages
réels. Jean-Pierre Guérin propose la définition
suivante : Dans le docu-drama, il existe un aspect un peu voyeur.
On plonge dans une période donnée avec un regard très
introspectif qui tente détablir une forme de vérité.
Autre différence avec la fiction pure même très
inspirée du réel lutilisation du commentaire,
à travers un présentateur extérieur ou une voix
off. Nous allons diffuser La tuerie de Nanterre, que nous avons
co-initié avec la société de Charles Villeneuve,
TAP, le dimanche soir en deuxième partie de soirée.
La fiction sera présentée par Charles Villeneuve qui
joue le rôle du commentateur et qui tire les leçons de
cette histoire, décrit Takis Candilis. Mais avant dêtre
diffusée, la fiction doit encore être validée
par les témoins de la tragédie, comme la récemment
spécifié le vice-président de TF1, Etienne Mougeotte,
sur France Inter.
Une troisième différence est la manière dutiliser
les archives. Comme lexplique Hervé Chabalier, dans
une fiction pure comme par exemple le film GFK dOliver Stone,
les archives créent essentiellement un décor. Dans un
docu-drama, elles doivent vivre par elles-mêmes et remplir une
fonction explicative, que complète un commentaire.
Enfin, une quatrième différence et non des moindres
le budget des docu-dramas est plus économique. Selon Takis
Candilis, ce genre de production coûte 30% moins cher quune
pure fiction de prime time. Cela ne signifie pas que les frais
ne sont pas importants, notamment pour les archives et la reconstitution
des décors. Pour vous donner un exemple, Le-Petit-Clamart où
a eu lieu la tentative dattentat contre le général
De Gaulle en 1962 na rien à voir avec le site daujourdhui,
indique-t-il.
Les économies de ce genre de production se font dailleurs
davantage sur le cachet des comédiens, qui sont en général
peu connus, que sur les postes de techniciens. Pour Jérôme
Minet, cela est plutôt positif. On ne le dira jamais assez
: les chaînes manquent dargent pour financer la fiction
en France. Si des solutions existent pour créer de bons programmes
qui marchent et sont moins chers, elles seraient idiotes de ne pas
en profiter, dautant que largent économisé
pourrait alors financer des fictions plus coûteuses.
Studio International étudie un nouveau concept qui permettrait
de réduire le temps entre la fabrication et la diffusion de
ce type de programmes, ce qui devrait également contribuer
à la baisse des coûts de production. Il sagirait
dintervenir sur des événements extrêmements
récents comme par exemple laffaire des deux otages
français en Irak en insérant des personnages
de fiction qui questionnent la réalité que lon
filme. Cela permet à un auteur ou un réalisateur davoir
une vision à chaud sur les événements,
décrit Jérôme Minet. Dans ce cas de figure, lécriture
du scénario se ferait sur place, pratiquement au même
moment que les faits. Mais pour que ce genre de projet puisse se réaliser,
il faut que les chaînes réagissent rapidement. Cela
ne sert à rien dattendre la réunion du comité
de fiction du trimestre, souligne le producteur. Et il est aussi
impératif que des ponts existent entre les unités de
fiction et de documentaire des chaînes.
Quels sont les risques?
Hervé Chabalier met en garde contre la tentation de mettre
du docu-drama à toutes les sauces. Le docu-drama doit
apporter une valeur ajoutée. Il nexiste par exemple ni
photos ni films de la réunion secrète où la décision
a été prise dassassiner De Gaulle. La fiction
revêt alors toute son utilité, elle intervient pour décrire
cet instant clef, lui restituer son impact, cest pour cela que
nous avons choisi de reconstituer ce moment dans Il faut tuer De Gaulle.
La mise en scène est là pour souligner la gravité
de la décision, et sa force émotionnelle.
Autre danger, celui de la confusion des genres. La différence
entre une pure fiction inspirée du réel, un docu-drama
et un documentaire nest pas toujours évidente, même
pour les producteurs et les diffuseurs. Quen sera-t-il du public?
Pour Toni Comiti, il y a là un risque majeur. Il faut
que la frontière soit très claire entre, par exemple,
le reportage dinformation et la fiction. Sinon, on court le
risque que le téléspectateur ne sache pas faire la différence
entre de linformation et ce qui est de lordre de linvention.
Pour dautres producteurs, ce débat na pas lieu
dêtre. Je ne suis pas daccord avec ce type
danalyse. Les téléspectateurs ne sont pas idiots.
De plus, comme on la vu pendant les élections du 21 avril,
linformation objective nexiste pas, même quand elle
vient dun reportage dactualité. Elle est toujours
susceptible dêtre manipulée, affirme Luc
Martin-Gousset, directeur de Point du Jour.
Le problème de la confusion des genres intervient aussi plus
amont, lors de lattribution des aides du CNC. Le montant daide
est en effet différent pour la fiction et le documentaire.
Comme les budgets de fiction sont en général plus élevés
que ceux des documentaires le montant daide pour la fiction
est également plus important. Quen est-il des uvres
qui sont à la frontière des deux genres ? Selon Capa
Drama, Il faut tuer De Gaulle, bénéficierait par exemple
de laide fiction. Pour le moment, le CNC décide du montant
daide au cas par cas, en examinant un certain nombre de critères
car il ny a pas de régime spécifique pour le docu-drama.
On regarde la durée de la part dimages darchives,
sil y a des témoignages réels, le nombre de comédiens,
si le scénario est très élaboré ou non,
si luvre est commanditée par le département
fiction ou documentaire et si elle est commentée, énumère
Laurent Cormier,directeur de laudiovisuel au CNC.
Pour Nicolas Coppermann, cette flexibilité doit être
préservée. Nous sommes en train de créer
de nouvelles écritures, ce qui nous offre une grande liberté.
Trop de réglementation, des définitions de genre trop
rigides, viendrait stopper cet élan, ce qui serait dommage
pour tout le monde.
Si le modèle de soutien économique pour ces nouveaux
genres intermédiaires reste donc à inventer, à
lheure actuelle, il semble que le flou des définitions
convienne à pas mal de monde.
Catherine Wright
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