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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Margaret Menegoz

Présidente d’Unifrance depuis juin, Margaret Menegoz, productrice des Films du Losange, s’est totalement investie dans la promotion du cinéma français à l’étranger. Elle compte bien renverser la tendance à la baisse de la fréquentation des films français à l’international en 2003.

 
 

Après les deux années record, comment expliquez-vous la régression de 12% de la fréquentation du cinéma français à l’étranger en 2003 ?
Par les mêmes raisons qui ont fait chuter la fréquentation en France : la conjoncture et l’offre de films. De plus, la fréquentation en France est portée actuellement par des comédies, le genre qui s’exporte le moins bien. Vous savez, l’humour est profondément national ! Mais il n’y a pas lieu de s’alarmer. Avec environ 48 millions d’entrées pour 240 ME de recettes, nous restons au-dessus de la moyenne des années 1995-2000.

Cependant, certains territoires jusqu’à présent acquis, en Europe particulièrement, sont en net recul…
Les marchés européens sont en recul de 8 à 15%, pour tous les films, quelle que soit leur nationalité. Le cinéma français n’y échappe pas. À cela s’ajoute la crise financière des grandes TV européennes. Mais les évolutions sont très contrastées. On assiste en effet à un net recul de nos films dans les grands pays voisins : l’Allemagne (-48%), l’Italie (-54%), l’Espagne (-20%), et la Belgique (-11%). Mais parallèlement, de nouveaux territoires s’avèrent de plus en plus majeurs dans nos résultats : le Japon (+113%) et la Russie (+20%), tandis qu’un marché aussi important que les États-Unis est resté stable et que le Royaume-Uni est en rattrapage (+166%).

Ces évolutions vont-elles avoir des répercussions sur la politique d’Unifrance ?
Il est clair que le programme 2004 va donner la priorité absolue à l’Europe. On doit reconquérir les marchés traditionnellement acquis au cinéma français. Nous allons donc monter des opérations spéciales sur plusieurs territoires, en Espagne et en Italie notamment. L’idée est d’accompagner les initiatives de nos partenaires dans ces pays, en premier lieu les distributeurs.

Justement Unifrance a organisé début novembre les premiers Rendez-vous franco-allemands à l’Institut Lumière de Lyon. Y aura-t-il une deuxième édition ?
Certainement, car cela a été une vraie réussite. Cette première édition, qui a pris modèle sur les Rencontres de Beaune, a attiré plus d’Allemands que de Français. Enthousiastes, les 150 participants sont prêts à renouveler l’opération. Nous aimerions le refaire en France, au moment du Festival du cinéma allemand. Puis alterner entre la France et l’Allemagne.

Vous faisiez partie de la délégation emmenée par Jean-Jacques Aillagon en Chine. Que peut-on attendre d’un marché sur lequel les Américains sont déjà actifs ?
Pour une fois, nous sommes tombés d’accord avec la MPAA, sur le fait qu’il fallait limiter la vente des films “flat”, c’est-à-dire les ventes au forfait, sans intéressement sur le succès éventuel, en Chine. En ce qui concerne le quota officiel de vingt films par an qui font l’objet de partage de recettes, les films américains ont un traitement de faveur : en 2003, il y a eu 17 américains, contre 1 japonais, 1 américano-britannique et 1 français (Le peuple migrateur). Mais le but clairement affirmé des Américains étant d’élargir la brèche, leur message aux Français est le suivant : “Si vous nous aidez à élargir les quotas en général, vous en profiterez aussi”…

Il semble que le ministre de la Culture ait déjà demandé un quota de films français plus important en Chine ?
Jean-Jacques Aillagon avait parfaitement préparé son voyage, avec une bonne connaissance de la réalité chinoise, des personnalités à rencontrer, du discours à tenir, et ce qu’il faut de ludique pour amener China Film à mieux connaître et apprécier les Français. Si les Chinois ne semblent pas prêts à élargir les quotas de films étrangers, ils nous ont identifiés comme la seule alternative solide, cinéphile et diversifiée au cinéma américain, et se sont montrés favorables à une meilleure place des films français. Cependant, ils n’ont pas caché leur étonnement sur notre absence totale par le passé, alors que les Américains étaient derrière chaque porte. Inutile de dire que ça va changer…

Reste le problème de la censure, non ?
Oui, mais pas forcément là où on l’attend. Par exemple, ils ont expliqué à Charles Gassot les vraies raisons de l’interdiction de Tanguy en Chine : là-bas, il est parfaitement inimaginable – voire ignominieux – de chasser un enfant de la maison familiale… aussi âgé soit-il !

Comment envisagez-vous la future collaboration avec la China Film ?
D’abord à travers l’accord de coopération dont le texte, en préparation au CNC, devrait être signé fin janvier. Ensuite, nous allons proposer rapidement 30 films à la censure pour qu’en soit acceptée une dizaine, qui constituera le premier panorama de notre cinéma proposé à Pékin, Shanghai et Canton dès avril. En galop d’essai…

Les coproductions internationales ont explosé cette année. Cela change-t-il la donne pour le cinéma français à l’étranger ?
La récession de la production en France qui conduit les producteurs à aller chercher du financement à l’étranger est une formidable opportunité. En s’inscrivant en amont, et non plus après une simple vente, ce type de partenariat accélère la circulation des œuvres, et valorise considérablement leur exploitation dans le pays coproducteur, les faisant de fait accéder aux soutiens nationaux, aux salles, aux télés, aux médias…

Unifrance a montré des velléités d’accompagner les producteurs français dans leur recherche de partenaires étrangers. N’est-ce pas le rôle du CNC ?
L’aspect réglementaire appartient au CNC, mais la vraie connaissance du terrain et des acteurs privés est chez Unifrance. Il s’agit donc, sur ce sujet, de travailler ensemble. Les auteurs et producteurs français, pas toujours familiarisés à la coproduction, ont accueilli l’idée avec d’autant plus d’enthousiasme qu’Unifrance leur fait déjà profiter de cette mise en réseau et des informations dont nous disposons.

Quel premier bilan tirez-vous de vos six mois à la présidence d’Unifrance ?
J’ai découvert une grosse machine qui fonctionne à merveille, mais au maximum de ce qu’elle peut faire humainement. Je m’en rends compte depuis que je suis quotidiennement le travail de l’équipe. C’est à Daniel Toscan du Plantier que nous devons ce dynamisme. Mon obsession est de poursuivre le chantier.

Comptez-vous vous représenter en juin prochain ?
Quand je suis à Unifrance, j’ai mauvaise conscience vis-à-vis de mon travail aux Films du Losange, et inversement. La réalité, c’est qu’on ne peut pas être un producteur très actif en présidant Unifrance. Mais personne d’autre qu’un producteur, qui est au cœur des métiers du cinéma, ne peut remplir cette fonction. Il faut peut-être tendre vers plus de partage des tâches au sein de l’association…

Propos recueillis par Sophie Dacbert


vendredi 2 janvier 2004

“Priorité à l’Europe : on doit reconquérir les marchés acquis au cinéma français.”



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