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Le Festival des films du monde sous haute surveillance

Un marché qui n’en a pas le nom mais la volonté d’assurer la circulation des films sélectionnés dans les différentes sections : tel est l’objectif du Festival de Locarno dont la 57e édition se déroule du 4 au 14 août 2004 sur les rives du lac Majeur en Suisse.

 
Ordo de Laurence Ferreira Barbosa est l’un des deux films français en lice pour le Léopard d’or.
Cela semble de plus en plus tenir du miracle. Coincé entre Venise et Toronto, entre Locarno et San Sebastian, Montréal doit malgré tout bâtir une programmation qui justifie et reflète le titre de la manifestation qui, rappelons-le, ne prétend rien moins que d’être le Festival des films du monde (FFM). Et pour corser la difficulté – comme si elle n’était pas déjà assez élevée—, il faut ajouter une presse locale généralement hostile à son président-directeur général, Serge Losique, et un milieu cinématographique qui aimerait bien pouvoir s’en débarrasser.

Cette année, ce sont les deux organismes gouvernementaux et principaux bailleurs de fonds “qui ont mis la table” [“dressé un état des lieux”, en québecquois, ndlr]. Un mois, jour pour jour, avant le début de la 28e édition du FFM qui se déroulera du 26 août au 6 septembre, Téléfilm Canada (pour le gouvernement fédéral) et la Société de développement des entreprises culturelles (Sodec) pour le gouvernement québécois, ont rendue publique une analyse des quatre principaux festivals cinématographiques canadiens de Toronto, Vancouver, Halifax et Montréal. Leurs intentions étaient claires : réaliser une étude sur les facteurs de succès de ces quatre grandes manifestations, et tracer un portrait du contexte et de l’environnement changeant du marché de ces événements, afin de doter les partenaires publics d’un cadre d’analyse pour leurs besoins d’évaluation respectifs.

La direction et le président du conseil d’administration du FFM ayant refusé de participer à cet exercice de style, les deux organismes ont annoncé qu’à la mi-septembre (c’est-à-dire après la tenue du FFM), ils lanceraient conjointement un appel d’offres. Il sera alors possible à toute organisation de soumettre des projets qui permettraient à Montréal de se prévaloir, en 2005, d’un “festival grand public, d’envergure internationale, doté d’une régie, d’un esprit de collaboration et d’une vision qui contribuent au développement de l’industrie”.

En clair, l’édition 2005 d’un festival international de films à Montréal pourrait ne plus être l’œuvre de la présente direction du FFM. Une telle annonce aurait eu de quoi ébranler n’importe quelle direction d’événement, mais pas Serge Losique qui a promis de répondre (par la bouche de ses canons, de toute évidence) après la tenue de la présente édition. L’automne risque donc de nous réserver quelques surprises, et pas des moindres. Comme on peut s’en douter, cette 28e édition se déroulera donc “sous haute surveillance”. C’est sur ce fond de controverse, que Serge Losique et Danièle Cauchard ont dévoilé le 10 août dernier l’essentiel de leur programmation. Une programmation toujours aussi gargantuesque et bâtie autour d’une compétition officielle, dite ici compétition mondiale, de 21 longs métrages. Une sélection qui se veut “éclectique” et qui a le grand mérite d’illustrer la “diversité culturelle” du cinéma international.

Au premier plan de cette 28e édition du Festival des films du monde de Montréal, il y a naturellement la compétition officielle. Un jury international devra juger les 21 longs métrages de la compétition mondiale (dont on trouvera le détail en encadré). Il sera présidé par Claude Zidi, qui sera entouré de la comédienne mexicaine Diana Bracho, du cinéaste espagnol Jaime Camino, de la comédienne italienne Anita Caprioli, du cinéaste indien Goutam Ghose, du cinéaste d’animation tchèque Bretislav Pojar, de la productrice québécoise Denise Robert, et du cinéaste américain Jerry Schatzberg. Le jury attribuera le 6 septembre prochain le Grand prix des Amériques lors de la soirée de clôture qui présentera un film très attendu au Québec : Les choristes de Christophe Barratier qui sera à Montréal pour l’occasion, accompagné de Gérard Jugnot et de Jacques Perrin.

Outre la compétition mondiale, le festival comporte de nombreuses sections : Cinémas d’Europe, Cinémas des Amériques (sous-divisée en : Panorama Canada, Cinémas des États-Unis et Cinémas de l’Amérique latine), Cinémas d’Asie, Cinémas d’Afrique, Cinémas d’Océanie et Documentaires du monde. Cette année, le Festival a également créé la section spéciale Cinéma et sport pour souligner la tenue des Jeux olympiques. Et pour la première fois, le FFM présentera le Choix des critiques de Variety : Amériques aujourd’hui, une sélection de films canadiens, américains et latino-américains les plus prometteurs de l’année, choisis par les critiques de l’hebdomadaire nord-américain. Sans oublier naturellement la section Hors concours, peut-être la plus populaire, le Festival du film étudiant, les projections en plein air et trois hommages, respectivement à la comédienne Isabelle Adjani, au réalisateur grec Theo Angelopoulos, et au réalisateur croate Krsto Papic.

“C’est l’aspect très éclectique de la programmation du Festival qui le rend particulièrement intéressant pour les spectateurs et les professionnels des cinq continents, rappellent Serge Losique et Danièle Cauchard. Chaque année, des films provenant de plus de 70 pays, réalisés aussi bien par des réalisateurs chevronnés que par des débutants, sont sélectionnés. Montréal ne compte plus le nombre de ses découvertes.” Oui, le festival de Montréal “vous offre le monde” avec ses 422 titres, dont 251 longs métrages, de 72 pays.

Jean-Pierre Tadros

Vendredi 3 septembre 2004

"Les festivals canadiens examinés à la loupe par Téléfilm Canada et la Sodec."


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