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Sophie Dacbert

 

 

Fiction

Deux semaines après le Fipa, qui a brassé avec bonheur tous les genres télévisuels et mis en avant, côté français, des fictions traitant, enfin aussi, de sujets politiques et d’actualité, le festival de Luchon va-t-il confirmer l’éclosion d’une nouvelle génération de fictions, plus audacieuse dans le fond comme dans la forme, et plus en phase avec un public curieux ? On le sait, la fiction de ce côté-ci de l’Atlantique ou de la Manche, n’est pas la plus innovante et, encore aujourd’hui, la création télévisuelle anglo-saxonne reste un modèle à suivre. Depuis quelque temps pourtant, on assiste à une mutation profonde du genre, provoquée par les diffuseurs, les producteurs et les auteurs, pour une fois unis dans le même désir de changement.
La téléréalité n’est pas étrangère au phénomène qui a engendré déjà un glissement de terrain de la fiction au documentaire, genre paradoxalement le plus imaginatif, donnant naissance au docudrama, ou docufiction selon. De même, la téléréalité a impulsé le format de 52’, plus dynamique et capable de toucher le jeune public, notamment avec des séries feuilletonnantes. Car s’il est une véritable spécificité de la télévision – et sa plus grande force par rapport au cinéma –, c’est bien la notion de rendez-vous qu’elle instaure dans la vie des spectateurs, et son ancrage avec le réel. À ce titre, le 52’ est un vrai format de télévision, apte à traiter des sujets aussi variés que séduisants. Outre de nouvelles perspectives créatives, et une meilleure prise sur la jeune génération nourrie aux séries américaines, il offre des avantages économiques non négligeables, même si du coup resurgit le danger d’une fiction au rabais, qui plus est saucissonnée par la pub.

Takis Candilis le proclame dans nos colonnes : “Le département fiction de TF1 ne doit plus rien s’interdire.” Tant mieux ! Une dernière barrière reste cependant à franchir avant que l’étincelle devienne traînée de poudre : la confiance à rebâtir entre les diffuseurs et les auteurs de fiction, les uns et les autres encore trop souvent pris au piège du formatage et au complexe d’infériorité par rapport au cinéma.

Vendredi 4 février 2005



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