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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Remy Pflimlin
Directeur général de France 3

Après la réussite d’Homo sapiens, “documentaire à vocation scientifique et historique”, France 3 s’apprête à diffuser Shoah, le 24 janvier, encore une fois en première partie de soirée. Mais si la chaîne estime ainsi accomplir sa mission de service public, elle ambitionne aussi d’être celle qui “innove et qui défriche”, et cela, même au prix qu’une perte d’audience.

 
   

Votre première réaction à l’audience réalisée mardi soir par Homo Sapiens ?
30,4% de PDM et 8,34 millions de téléspectateurs, ce résultat extraordinaire est une belle réussite pour un documentaire à vocation scientifique et historique diffusé en première partie de soirée. Je note avec satisfaction que les jeunes entre 4 et 14 ans ont représenté plus de 40% de l’audience de ce programme. Voilà qui confirme, voire plébiscite, la vocation familiale et éducative de ce type de programme qui est de s’adresser à tous les publics. Enfin, je tiens à le rappeler, ceci est un travail sur le long terme, avec une diffusion dans de près de 30 pays, les 3 x 52’ qui vont suivre et les produits dérivés qui en découlent. Autant d’éléments qui nous incitent à renouveler des projets d’une telle envergure.

Autre événement, la programmation de Shoah le 24 janvier, que vous diffuserez pour la première fois en prime time. C’est la mission de service public poussée à son paroxysme ?
Il s’agit pour nous d’un événement majeur qui, pour le coup, fait en effet partie de notre mission de service public. Et plus particulièrement de celle de France 3, qui est de dire : “Essayons de comprendre le monde dans lequel nous sommes et comprenons-le à partir de l’Histoire.” Nous sommes partis du principe que nous sensibiliserions peu le public si nous diffusions Shoah en plusieurs parties comme cela s’est toujours fait. Pour créer un attrait plus fort, nous avons pensé en faire un événement et le diffuser d’une seule traite, en continu. Pour moi, ce n’est pas un pari mais un moment très fort. Des téléspectateurs de toutes les générations vont êtres touchés par l’indicible. Et pour ne parler que d’audience, je suis persuadé que nous capterons un public plus large qu’en le diffusant de façon fragmentée.

France 3 a, cette année deux fictions à connotation sociétale en compétition au Fipa. Est-ce là une nouvelle thématique que compte développer l’unité fiction de la chaîne ?
Deux fictions en compétition au Fipa, Jusqu’au bout et La parenthèse interdite, c’est du jamais vu pour France 3 et j’en suis très heureux. J’y vois une récompense de la qualité de notre politique en matière d’unitaires. Nous ne nous concentrons pas particulièrement sur les faits de société. Nous revendiquons au contraire une grande diversité.

Vous avez terminé l’année avec une PDM de 15,2%, soit 0,9 point de moins qu’en 2003. France 3 a connu une rentrée difficile en termes d’audience, en dépit que quelques succès (la nouvelle formule de Thalassa, Des racines et des ailes)…
Il y a eu, de septembre à fin décembre, une tendance à la croissance globale de notre audience. Nous avons connu, en effet, une chute à la rentrée de septembre (14,4% de PDM), due à deux phénomènes. Nous avons renouvelé deux émissions quotidiennes, ce qui ne se fait pas habituellement, les grilles devant être structurées autour de rendez-vous très fixes. L’un de ces renouvellements a dû faire face à l’arrêt de C’est mon choix. Le second est l’installation du feuilleton Plus belle la vie à 20 h 20. Lorsque vous changez deux quotidiennes, vous provoquez forcément un ressac. Depuis septembre, nous avons par ailleurs subi une chute sur l’offre de day-time. C’est la résultante d’un arbitrage d’antenne : on a mis l’accent sur ce qui est le plus significatif pour nous : le 12/14, l’access prime time et nos soirées emblématiques. En fin de matinée et en début d’après-midi, nous perdons globalement 0,5 à 0,6 point. J’y vais, j’y vais pas n’a pas marché, même si l’émission réalisait des scores dans la moyenne historique de la case, soit 8 à 9% de PDM. C’est mon choix atteignait, lui, 16 à 17%. Mais entre septembre et décembre 2004, nous avons progressé globalement de 1,1 point.

En quoi votre feuilleton Plus belle la vie est un enjeu ?
Nous souhaitons que France 3 puisse apparaître comme la chaîne qui innove et défriche. En termes de contenu, le feuilleton correspond également à l’identité de la chaîne : la vie des gens telle qu’elle est en régions. À partir de là, le feuilleton peut être un élément très fidélisant. Notre audience progresse aujourd’hui. Après des débuts difficiles, Plus belle la vie a doublé sa part d’audience et se trouve à un niveau sensiblement supérieur à ce que nous diffusions auparavant sur cette même case. Nous avions travaillé pendant deux ans sur ce projet et nos études prévoyaient un démarrage à un niveau relativement bas, suivi d’une progression. Aujourd’hui, je pense que nous sommes partis pour des années, comme cela s’est passé à l’étranger.

Quid de l’émission de Marc-Olivier Fogiel, On ne peut pas plaire à tout le monde ?
L’audience remonte peu à peu, de 12% jusqu’à 13,8% entre 21 h et 23 h 15. Cela se doit d’être confirmé dans les mois qui viennent. Second point positif : c’est la seule émission hebdomadaire de ce type, en direct et en prime time, et elle attire plutôt les jeunes adultes. ONPP est maintenu le dimanche à 20 h 50 jusqu’en juin. Ensuite, nous verrons.

Alors que toutes les cases Cinéma des hertziennes ont connu un regain d’audience en 2004, la moyenne des cases de France 3, elle, baisse (-2,7 points le lundi, -2 le jeudi).
Le cinéma tient une place importante dans notre programmation puisque, avec plus de 200 films diffusés chaque année, France 3 est la première chaîne hertzienne dans ce domaine. Il se trouve que nous ne diffusons pas de grands blockbusters pour des questions de moyens. Aujourd’hui le prix d’un très gros film est nettement plus important que le coût moyen de nos cases. Et l’on ne peut pas investir fortement dans tout… Nous le faisons déjà dans le documentaire, la fiction, le magazine… Cela dit, France 3 se distingue sur le cinéma patrimonial et les films d’auteurs.

Comment voyez-vous l’arrivée de la TNT ?
Nous allons devoir nous adapter à un univers qui sera peu à peu modifié par l’arrivée de nouvelles chaînes. Pour nous, à France 3, cela permettra à un plus grand nombre de téléspectateurs de recevoir les programmes régionaux grâce à leur antenne râteau. C’est une formidable opportunité !

Francetélévisions entre dans une période difficile puisque la nomination du président de la holding est prévue cet été. Comment allez-vous vivre les six mois qui viennent et les six mois suivants ?
Dans les six mois qui viennent, notre mission est de développer nos entreprises. Pour la suite, ma conviction profonde est que nous avons besoin de continuité et de stabilité. Cela nous a déjà permis, dans chacune des chaînes, de parvenir à l’assainissement des finances et de poursuivre le développement de Francetélévisions. Pour moi, la continuité passe donc par une reconduction de Marc Tessier.

Six ans de mandat selon vous, cela ne vous paraît pas trop ?
Poseriez-vous cette question à Louis Gallois, président sage et efficace de la SNCF depuis neuf ans ? Pourquoi les bienfaits de la stabilité vaudraient-ils pour certaines entreprises publiques, et non pour d’autres ?

Et vous seriez partant pour continuer, vous aussi, votre mission à la tête de France 3 ?
C’est une chaîne merveilleuse qui correspond à mon tempérament et à mon histoire. J’ai donc envie de continuer.

Propos recueillis par Emmanuelle Miquet et Fabrice Leclerc


vendredi 4 février 2005

“Le résultat extraordinaire d’Homo sapiens nous incite à renouveler de tels projets”



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