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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Philippe Godeau
Producteur, distributeur

Après le succès de Mariages !, Philippe Godeau sort Poids léger de Jean-Pierre Améris le 9 juin. Avec Pan Européenne, il mêle auteurs confirmés et nouveaux venus. Il annonce aussi sa candidature à la présidence de la FNDF.

 
   

Le deuxième film de Valérie Guignabodet, Mariages !, se dirige vers les 2 millions d’entrées. Comment expliquez-vous ce succès ?
D’abord par les qualités propres du film, qui incitent les gens à aller le voir et à en parler. Au-delà, c’est un vrai plaisir de constater l’engouement du public cette année pour les films français en général.

Après Monique et Mariages !, d’autres projets avec Valérie Guignabodet ?
Oui. Même s’il n’est pas écrit, Valérie sait le film qu’elle veut faire. Après avoir produit ses deux premiers films et après le succès de Mariages !, le vrai échec serait de ne pas l’accompagner pour son troisième ! Cette année, Pan Européenne a produit le premier film d’Alexandra Leclère, les deux premiers films de Valérie Guignabodet, et les trois premiers de Jean-Pierre Améris ! Le capital de la société, ce sont donc ses auteurs, qui ont envie de continuer à travailler avec nous, avec des films, différents, qui rencontrent leur public, dans une économie adéquate.

Comme beaucoup de vos productions, le film conjugue budget moyen et casting important...
Oui, c’est le cas du prochain film qui sortira en décembre, Les sœurs cachées d’Alexandra Leclère avec Catherine Frot, Isabelle Huppert, François Berléand et Brigitte Catillon. J’ai eu un coup de foudre pour le scénario, alors que je ne pensais pas produire un autre film cette année. C’est un budget moyen d’un peu plus de 5 M€. Cette adéquation entre le film et son budget, ce souci d’une certaine rentabilité font partie de la responsabilité du producteur. Je ne fais pas partie de ceux qui ont besoin d’afficher des plus gros budgets que leurs confrères comme il semble que ça soit la mode ! Cette économie me permet une certaine liberté.

D’autres nouveaux auteurs en production ?
Pan Européenne, en la personne de Nathalie Gastaldo, va produire le prochain Jean-Pierre Sinapi, Camping à la ferme, avec Roschdy Zem, un budget de 4,1 M€, en tournage cet été, et Enfermé dehors d’Albert Dupontel en tournage en septembre, avec Albert, Olivier Gourmet et Valéria Golino. C’est un budget de 5,3 M€.

Vous avez repris Enfermé dehors auprès d’Eskwad ?
Oui, le scénario a été énormément réécrit. Il a évolué dans le sens de la comédie, tout en ayant le même fond.

Qui est ?
La différence !

Un thème traité également par un auteur “maison”, Jaco Van Dormaël. Où en est son projet ?
J’ai le scénario définitif depuis quelques jours. La théorie du chaos est un projet cher, ambitieux, en anglais avec un comédien anglophone de renom, un film attendu après le succès tant en France qu’à l’étranger du Huitième jour. Jaco n’a pas tourné depuis sept ans, il a développé le script pendant quatre ans. C’est le film le plus important qu’il ait à faire. Jaco est quelqu’un de très proche. Nous nous connaissons depuis Toto le héros.

Zabou Breitman a annoncé qu’elle ferait un nouveau film avec vous ?
Un nouvel homme, c’est un sujet très culotté ! Je suis très heureux de continuer à travailler avec elle. Je développe également deux projets avec Bernard Campan, un pour 2005 qu’il écrit seul, La vie est un rêve dont la mort nous réveille, et un qu’il écrit avec Alexandre Jollien, pour 2006.

Bernard Campan est un faux nouveau venu chez Pan Européenne...
Nous ne nous sommes pas quittés depuis Se souvenir des belles choses. Il a aussi coproduit Poids léger. Bernard est étonnant, entre le succès qu’il a rencontré avec les Inconnus à la télévision, en musique et au cinéma, et sa capacité à toujours se remettre en question. Il aborde chaque film comme si c’était le premier. Nous n’avons pas fini de le retrouver sous de nouvelles facettes !

D’autres projets pour 2005 ?
Le premier film de et avec Roschdy Zem, C’est la coutume, avec Cécile de France et Pascal Elbé ; Le premier film de Jean-François Chiron, produit par Dominique Josset d’après Splendid de Jean Genet, avec Grégoire Colin, Nicolas Duvauchelle et Sami Bouajila. Pour la suite, nous développons donc les prochains films de Valérie Guignabodet et de Jean-Pierre Améris, et suivons l’écriture d’un projet de Jérôme Saal, un film musical de Philippe Muyl et le premier film de Pascal Elbé !

La palette des films est large chez Pan Européenne. Qu’est-ce qui caractérise vos choix en production ?
(Pause). On s’en aperçoit souvent avec le temps ! Et on change en dix ans. Le thème récurrent pourrait être justement la différence. Et pour les dix prochaines années, on verra ! J’aime accompagner des films qui peuvent déranger et faire se questionner. Ceci n’exclut pas les succès, bien au contraire ! Toucher le plus grand nombre de gens est une responsabilité. Et la comédie en est le moyen le plus efficace. Elle a longtemps été trop négligée, trop dissociée du cinéma d’auteur. Je crois pourtant à ce mélange.

Après des films comme Respiro, Ken Park, Les corps impatients et aujourd’hui Mariages !, comptez-vous aujourd’hui renforcer l’activité de distribution ?
Je suis fier qu’à chaque fois, ce soient des films que nous avons réussi à faire exister. Mais nous n’allons pas renforcer la distribution en termes de nombre de films. De plus en plus, nous nous concentrons sur la distribution de nos productions, avec quelques coups de cœur supplémentaires, comme cette année À ce soir. de Laure Duthilleul (24 novembre), CQ2 (Seek You Too) de Carole Laure (29 septembre), ou le dessin animé Pinocchio 3000. Le développement de Pan Européenne est plus vertical qu’horizontal. Nous allons continuer sur nos bases en distribution ou bien nous développer en association avec un partenaire extérieur.

Pourquoi ?
Parce qu’aujourd’hui, on ne peut pas tout faire ! Et nous concentrons notre levier d’investissement sur la production.

Comptez-vous intégrer l’activité d’édition vidéo/DVD comme un certain nombre de vos confrères ?
Non, mais nous coéditons les films. Après MovieSystem au début, StudioCanal aujourd’hui, nous sommes en discussion pour nos prochains films.

À Cannes, la rumeur évoquait votre nom pour la prochaine présidence de la FNDF. Êtes-vous candidat ?
Certains font remarquer qu’il est difficile que le président des distributeurs soit aussi exploitant. Donc oui, je suis candidat. Il n’y a rien de personnel contre Marin Karmitz, à qui je serai toujours reconnaissant de m’avoir soutenu dans l’affaire Baise-moi. Il existe des distributeurs exploitants, des chaînes de télévision distributrices... Les quelques distributeurs indépendants forts sont aussi producteurs. Tout un pan de la distribution indépendante a disparu. Aujourd’hui, il y a une vraie prise de conscience des producteurs sur la nécessité d’une distribution indépendante forte, indispensable pour préserver une production indépendante forte !

Propos recueillis par Sarah Drouhaud


vendredi 4 juin 2004

"Le vrai capital de Pan Européenne, c’est la fidélité de ses auteurs”



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