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ENQUÊTE

Rentabilité des films en salle
Le retour des budgets moyens

Des films rentables un peu plus nombreux sans performance exceptionnelle, des comédies en tous genres dont beaucoup au budget moyen : telles sont les tendances des films en termes d’amortissement pour 2003.

 
Avec 164%, Nos enfants chéris de Benoît Cohen est la plus grosse surprise de l’année.
Chouchou prend la deuxième place du classement avec 147% devant Taxi 3 et ses 123% (loin des 292% réalisé par Taxi 2).
“Nos enfants chéris”, un outsider en tête
Si Chouchou, Taxi 3 ou d’autres films à succès bien ou très bien financés rapporteront, en volume, beaucoup à leurs ayants droit, ils se font cependant ravir la première place de notre classement des films les plus rentables en salle par une toute petite production : Nos enfants chéris. Le troisième film de Benoît Cohen est en effet le trublion de l’année avec un taux de rentabilité de 164% ! Néanmoins, les résultats 2003 sont marqués par une certaine homogénéité : aucun film n’affiche un taux supérieur à 200%, la dégressivité des résultats est moins forte que d’autres années et le nombre de films pouvant prétendre à des résultats supérieurs à 25% (seuil à partir duquel on estime la performance honorable au regard des autres financements) est un peu plus important.

Si ce classement ne prétend pas évaluer réellement la rentabilité des films en salle, il en donne tout de même une idée assez précise en comparant le budget des films et le nombre d’entrées. Pour calculer leur rentabilité réelle, il faudrait prendre en compte les frais de sorties des distributeurs et les recettes sur tous les marchés d’exploitation des films : vidéo-DVD, ventes à l’étranger, etc.


Les comédies aux budgets moyens occupent le terrain
Si Nos enfants chéris se distingue grâce à son tout petit budget, ou Chouchou avec un budget plus important, les plus belles performances sont en majorité réalisées par des films aux budgets moyens, autour de 5 ME. La beuze, Le cœur des hommes, Père et fils, Rire et châtiment, Le coût de la vie, Jeux d’enfants, Le mystère de la chambre jaune, Moi César…, Mais qui a tué Pamela Rose ?, entre autres, ont tous un budget situé juste en-dessous de la fameuse clause de diversité (5,34 ME). Côté genre, la comédie, déclinée sous toutes ses formes (action, policière, de mœurs, dramatique…), reste le genre dominant des films les plus rentables. Un constat somme toute logique puisque c’est celui le plus en vogue de la production française. Il faut attendre la 17e place et le film de Claude Chabrol pour trouver un pur registre policier. Autre tendance, les premiers films sont plus nombreux qu’en 2002 avec 8 films (La beuze, la première fiction de Marc Esposito Le cœur des hommes, Père et fils, Rire et châtiment, Jeux d’enfants, Il est plus facile pour un chameau… , Mais qui a tué Pamela Rose ? Les corps impatients et Toutes les filles sont folles) affichant une rentabilité supérieure à 25%.
Les comédies aux budgets moyens seraient donc les plus rentables aujourd’hui… comme hier. Ainsi, dans une récente étude sur la rentabilité des films, tous supports d’exploitation confondus, réalisée par le Bipe à la demande du CNC (mais dont les méthodes ont été contestées), il ressortait qu’en 1996, ce type de film était déjà le plus rentable. Alors que les budgets moyens se sont raréfiés dans les films agréés en 2003, les plus petits budgets se multiplient et les gros sont plus nombreux. Or, la rentabilité en salle en 2003 illustre une nouvelle fois la difficulté pour ces gros films à trouver une cohérence sur le seul territoire national…


Gros budgets : performances et contre-performances
Si Taxi 3 avec 14,49 ME atteint largement ses objectifs rien qu’en France, peu de grosses productions parviennent à un taux de rentabilité satisfaisant. À côté du carton réalisé par Chouchou, et des bonnes performances de 7 ans de mariage, des Sentiments ou encore de 18 ans après, Tais-toi est en-deça des attentes malgré le budget le plus important de l’année (27,44 ME). Même constat pour Michel Vaillant (22,89 ME) bien que ce film ait vocation à s’exporter. Dans une économie moins importante Ni pour, ni contre est également une déception. Plus grosse contre-performance encore, celle de Bon voyage de Jean-Paul Rappeneau (27,27 ME pour 8,5%). Au chapitre aussi des plus gros échecs au regard des budgets importants des films, il y a aussi dans le bas du classement (qui n’apparaît pas dans notre tableau), Ginostra de Manuel Pradal (13,5 ME pour un taux de rentabilité de 0,31%), Le temps du loup (8,82 ME pour 1% de rentabilité) de Michael Haneke qui ne réitère pas le succès de La pianiste, L’outremangeur (7,26 M€ pour 3,14%) de Thierry Binisti, Le pacte du silence ( 7,73 M€ pour 2,18%) de Graham Guit ou encore Lovely Rita de Stéphane Clavier (13,82 M€ pour 2,37%).
À l’exception du Mystère de la chambre jaune, qui s’impose avec un budget moyen, les résultats des films de reconstitution, ou en costume, qui nécessitent des coûts de production importants sont un nouvelle fois décevants, voire très décevants : Effroyables jardins n’affiche qu’une rentabilité de 19% et Pas sur la bouche de 15%. Viennent ensuite Bon Voyage, suivi de 24 h de la vie d’une femme (10,56 M€ pour 7,78%), Rencontre avec le dragon (10 M€ pour 3,76%), Monsieur N. (15,93 M€ pour 3,66%), ou encore The Dreamers (Les innocents) de Bernardo Bertolucci, un film majoritaire français (13,99 M€ pour 1,62%).


Deux films d’animation se distinguent
2003 était une année test pour les films d’animation avec les sorties de films attendus. S’ils ont vocation à voyager, deux films, le premier “plus” pour adultes, le second pour le plus jeune public, prouvent aussi la pertinence de leur économie sur le marché hexagonal : Les Triplettes de Belleville et La prophétie des grenouilles affichent tous deux des taux de rentabilité proches de 40%. En revanche, Kaena, la prophétie, le premier film français en image de synthèse est une déception (7,88 ME pour 3,98%), ainsi que Les enfants de la pluie, dans une moindre mesure, avec 19%. Coproduction minoritaire, Le chien, le général et les oiseaux réalise, lui, 15% de rentabilité en France.


Producteurs : deux outsiders au milieu des confirmés
Dans le haut du classement des films les plus rentables, deux films sont produits par des nouveaux venus, Attention Moteur et Shadows Films en coproduction, et PJP Production. Indépendants ou non, liés à des groupes pour un film ou non, tous les autres producteurs sont des confirmés. En revanche, quasiment tous les films étaient soutenus en distribution par des grosses structures de distribution indépendantes (EuropaCorp), ou intégrées (UGC, Pathé, Gaumont). Les plus petits se sont quand même distingués grâce à Nos enfants chéris avec Pyramide, Il est plus facile pour un chameau… avec Gémini, La prophétie des grenouilles avec Folimage, Les corps impatients avec Pan Européenne ou encore Les Triplettes et la trilogie de Lucas Belvaux avec Diaphana. Même si cette trilogie, à part étant donné le caractère atypique du projet, est une exception, il est difficile de trouver une vraie rentabilité en dessous de 150/200 copies France en première semaine.

À côté de Nos enfants chéris, Pyramide est aussi l’heureux distributeur et le coproducteur du film minoritaire le plus rentable de l’année : Les invasions barbares, avec un taux de 77% pour un budget de 4,55 M€. En deuxième position, Respiro, succès surprise de l’hiver dernier, réalise une belle performance de 59% pour un budget de 3,11 M€, coproduit par Les Films des Tournelles et distribué par Pan Européenne. Des exemples qui illustrent la tendance à la multiplication des échanges avec des partenaires étrangers, y compris pour le secteur indépendant.

Sarah Drouhaud

Vendredi 5 mars 2004

 


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