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ENTRETIEN
DU FILM FRANCAIS
HARVEY
WEINSTEIN
Pdg de Miramax
Producteur de Retour à Cold Mountain (en
salle depuis le 18 février), Harvey Weinstein, la figure
emblématique de Miramax, évoque pour nous sa collaboration
avec Minghella, mais aussi Scorsese, Tarantino et ses relations
orageuses avec Hollywood, en général, et les Oscars
en particulier.
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Vous avez déclaré que Retour à
Cold Mountain était votre plus grand risque de producteur.
Pourquoi ?
Quand vous travaillez avec des réalisateurs comme Anthony
Minghella, cest un peu comme partir en safari dans une jungle
inconnue. Cela avait déjà été le cas
avec Le patient anglais et Le talentueux Mr Ripley qui avait suscité
la controverse. Pour Cold Mountain, je devais le produire avec la
MGM qui a finalement renoncé au projet. Jai fait le
tour des studios mais aucun na voulu sengager car le
film nétait pas assez commercial. Il y est question
en effet dun soldat assez courageux pour tourner le dos à
la guerre et rentrer chez lui. Je suis un pacifiste et cet élément
était essentiel pour moi. Dans le même temps, jai
toujours été attiré par lHistoire. Si
jai produit Gangs of New York, cest parce que Martin
Scorsese voulait raconter un pan de lhistoire américaine
dont personne navait jamais parlé
Pour revenir
à Cold Moutain, lironie est quaujourdhui,
le film sapproche des 100 M$ de recettes aux États-Unis.
Pourtant, avec Nicole Kidman, Jude Law, Minghella, vous aviez
tous les ingrédients dune superproduction
Mais Retour à Cold Mountain demeure un film indépendant
à 80 M$ de budget ! Si le film na pas convaincu les
majors, cest parce quil pose un regard européen
sur lHistoire américaine. Cétait essentiel
pour le succès du film davoir ce regard, je ne voulais
pas dun happy end quaurait imposé un réalisateur
américain. Pour moi, le meilleur film réalisé
sur Los Angeles est Chinatown de Polanski, Macadam Cow-boy de John
Schlesinger est le meilleur film fait sur New York, le meilleur
film de gangsters est Il était une fois en Amérique
de Sergio Leone. Ce sont tous des réalisateurs venus dEurope.
Cest pourquoi il faut continuer à défendre la
diversité culturelle en Europe. Sinon, le cinéma deviendra
rapidement très ennuyeux.
Produire des films hollywoodiens à la manière
européenne est la devise de Miramax
Tout à fait. Je vis à New York et non à
Los Angeles. Je crois que je me rends plus souvent en France quà
Hollywood.
Avec Pulp Fiction, Shakespeare in Love ou Le patient anglais,
vous êtes devenu le spécialiste des films rejetés
par les autres studios
Les studios ne croient pas assez aux projets, ils ont un défaut
danalyse. Je considère quil y a des films difficiles
au premier abord mais quil faut pourtant les défendre.
Cest le cas de City of God (La cité de Dieu) que jai
produit avec Wild Bunch. Il a fallu du temps pour imposer le film.
Je lai distribué en le maintenant pendant 54 semaines
dans les salles. Mon entourage ne comprenait plus rien, ils étaient
prêts à me tuer ! Jen parlais à tous les
journalistes que je rencontrais. Je considère aujourdhui
que la presse américaine ne fait plus son travail, elle ne
défend plus les metteurs en scène. Tout est question
de business, ce qui me dégoûte. La critique est un
art qui est en train de mourir aujourdhui aux États-Unis.
Vous nêtes pas déçu que Cold Moutain
soit absent cette année des principales catégories
des Oscars ?
Cest ma faute. Le film est sorti trop tard, en décembre,
et les gens nont pas eu le temps de le voir. Regardez les
autres films en compétition, ils sont tous sortis à
la rentrée. Je ne voulais pas envoyer de cassette du film
car je considère quil doit être vu sur grand
écran. Dans le cas de City of God, les votants avaient reçu
les cassettes dès novembre et le film était en salle
depuis déjà un long moment.
La présence aux Oscars de City of God a dû être
une bonne surprise pour vous ?
Jai cru en ce film dès le début mais jai
été surpris. Javais gardé un très
mauvais souvenir du Festival de Cannes qui a préféré
sélectionner Irréversible plutôt que City of
God. Jétais furieux ! Ce qui est positif me concernant
car cela ne fait que redoubler ma détermination ! Quelques
mois plus tard, lAcadémie des Oscars a fait la même
chose en ne le sélectionnant pas pour le meilleur film étranger,
puisque le Brésil lavait retenu comme candidat. Jai
donc sorti le film en salle en 2003 pour avoir une troisième
chance. Je compte dailleurs faire la même chose cette
année avec un film français superbe, Les choristes
de Christophe Barratier avec Gérard Jugnot. Je pense que
les Américains vont ladorer.
En avançant la date des Oscars dun mois, lAcadémie
a souhaité réduire limportance des dépenses
marketing dont on vous a accusé. Quen pensez-vous ?
Cest totalement idiot. Les films pour lesquels je me
bats sont ceux que les majors ont souvent refusé de produire.
Je men fiche. Quand je défends Les invasions barbares,
je préfère avoir une grosse voix pour défendre
un petit film ! Toute cette polémique contre moi sur les
Oscars sexplique tout simplement parce quavant que Miramax
existe, les grands studios contrôlaient totalement les Oscars.
Quel souvenir gardez-vous de la production homérique
de Gangs of New York ?
Il ny a pas meilleur endroit quand vous produisez un
film difficile que Rome ! Car la nourriture y est excellente ! Plus
sérieusement, jai été enchanté
de faire ce film avec Martin, Leonardo et Daniel Day Lewis qui est
un de mes amis. Tout ce qui a été dit sur ce film
était faux. Quand le film est sorti, nous voulions, Marty
et moi, nous retrouver à Central Park pour nous affronter
en duel, juste pour nourrir la faim des paparazzi ! Scorsese est
un génie et un vrai professeur, il a une connaissance infinie
du cinéma. Scorsese mavait donné une liste de
80 films à voir lorsque nous avons commencé à
travailler sur Gangs of New York ! Tarantino lui ressemble un peu
dans ce sens. Ces hommes parlent cinéma du matin jusquau
soir. Et jadore les écouter. Nous avons dailleurs
un projet avec Marty, Quentin et peut-être Spieblerg de reprendre
une salle de cinéma à New York pour y projeter les
films que nous aimons.
Venons-en à Kill Bill. Le Volume 2 serait un western long
de 2 h 30
Sera-t-il projeté à Cannes ?
Je ne peux rien dire pour le moment. Si ce nest que le
Volume 2 sera plus proche de Pulp Fiction que ne lest le premier.
Il y a dans le film des dialogues extraordinaires. Cest pourquoi
nous avons finalement fait deux films. Je ne voulais pas que Quentin
ait à couper quoi que ce soit du scénario original.
Alors que Disney est dans la tourmente, quels sont vos rapports
avec votre maison mère ?
Avec Disney, il faut savoir que les rapports changent chaque
minute ! Si vous faites des succès, ils sont contents, si
vos films sont des échecs, ils le sont moins. Mais il y a
beaucoup de gens très bien chez Disney.
Êtes-vous satisfait de votre entente avec TF1 en France
dans TFM ?
Tout va bien. Lentente est parfaite. Nous sortons les
films issus de nos deux catalogues, nous achetons dautres
films en commun comme The Aviator de Martin Scorsese. Nous sommes
une véritable équipe. Patrick Le Lay est un passionné
de cinéma, cest un homme incroyable. Malgré
ses occupations, nous nous voyons à chacun de mes voyages
à Paris et nous parlons de cinéma. Si les networks
américains pouvaient tous avoir à leur tête
un homme comme Le Lay, la télévision américaine
irait vraiment mieux.
Propos recueillis par Vincent Le Leurch et Fabrice
Leclerc
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