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Mifed : une édition charnière pour un avenir incertain

L’AFM s’étant positionné à l’automne, le Mifed fait face à une concurrence qui pourrait remettre en cause sa raison d’être. Malgré les doutes et les incertitudes, l’édition 2003 a été bien suivie par les professionnels qui n’ont pas encore tous choisi entre Milan et Los Angeles.

 
Acquis par une dizaine de territoires, Card Player de Dario Argento est l’une des meilleures ventes du dernier marché de Milan.

Cette édition sera-t-elle la dernière ? Dans les couloirs du Mifed, chaque participant se posait la question. Le changement de date de l’AFM (American Film Market qui se tient au printemps à Los Angeles), qui vient se poser en concurrent direct du marché du film de Milan, pourrait avoir raison de l’existence de ce dernier. Infrastructures défaillantes, conditions de projection jugées mauvaises, les reproches ne manquent pas envers le Mifed dont les organisateurs ont pourtant fait preuve de dynamisme cette année. Peut-être est-il déjà trop tard pour sauver une manifestation que d’aucuns considèrent comme surnuméraire dans un calendrier déjà bien chargé.

Les premiers chiffres de l’édition 2003, qui s’est déroulée du 9 au 12 novembre, sont pourtant en faveur du Mifed. Le nombre de participants a augmenté de 15,8% par rapport à 2002 : 5 163 personnes venues de 71 pays. L’affluence est particulièrement significative en provenance d’Europe de l’Est (+12%) et d’Asie (+10%). Le nombre de films présentés est aussi en hausse avec 495 titres contre 487 l’an dernier. Si aucune surprise n’est à relever, quelques films se sont distingués comme The Story of the Weeping Camel ou Old Boy. Remarqué au Festival de Toronto, le premier est un film d’école réalisé par Luigi Falorni et Byambasuren Davaa qui se déroule dans le désert de Gobi. Il a été acquis par ARP Sélection pour la France, Dendy pour l’Australie, UGC Films UK pour le Royaume-Uni et Think Film pour l’Amérique du Nord. Le second est le nouvel opus du Coréen Park Chan-wook (JSA et Sympathy for Mr Vengeance). Il a été vendu pour 2,5 M$ au japonais Toshiba, conjointement au film Mutt Boy. Cineclick Asia faisait part aussi de quatre propositions pour le Royaume-Uni. Parmi les meilleures ventes, il faut aussi mentionner RRRrrrr!!! d’Alain Chabat (Can., Corée, Esp., Grèce, It., Port., Rus., Turq., Eur. de l’Est et pays du Golfe), Nathalie d’Anne Fontaine (All., Can., Esp., Grèce, Israël, It., Parag., Port., R.-U., Rus., Scan., Turq. et Urug.), Card Player de Dario Argento (All., Benelux, Fr., Gr., Jap., P.-B., Rus., Scan., Thaï. et Turq.), Le marchand de Venise avec Al Pacino (Esp., Jap., R.-U., Rus., Eur. de l’Est et Am. lat.), The Life and Death of Peter Sellers avec Geoffrey Rush (Gr., Isr., Jap. et Port.), Tais-toi ! de Francis Veber (Corée, Hongkong et Taïwan), Gente di Roma d’Ettore Scola (All., Esp., Fr., Israël et P.-B.) ou Alexandre le grand d’Oliver Stone (Hongkong, Isr., Malaisie et Warner pour l’Austr., la Nelle-Zél. et le R.-U.).

Mais cela ne suffit pas à assurer la pérennité du Mifed dont l’avenir est, de l’avis général, entre les mains des principaux acheteurs et vendeurs. De leur choix entre l’AFM et le Mifed dépendra un nouveau calendrier qui passera au préalable par Cannes et Berlin qui prend de plus en plus d’importance. “Il est important que le marché de Berlin se structure pour devenir un vrai rendez-vous qui bénéficiera de la vitrine du Festival”, estime Jacques Roldan, directeur de la distribution de Sogepaq. Les principaux vendeurs américains que sont Miramax, New Line et Focus ont déjà annoncé qu’ils ne participeraient pas au prochain Mifed. Une décision qui sera étudiée de près par les autres vendeurs. Le Mifed possède pourtant un atout de poids face à l’AFM : il est moins cher. Les Canadiens d’Alliance Atlantis reconnaissent ainsi qu’il est moins coûteux d’aller en Italie qu’en Californie. De plus, le Mifed est mieux adapté au cinéma européen. Adrianna Chiesa, vendeuse italienne, explique que “l’atmosphère culturelle américaine ne favorise pas la vente des films européens à l’AFM”. Satoko Ishida de la société japonaise Shochiku confirme que “le Mifed est plus adapté au cinéma art et essai”. De même, Sesto Cifola, directeur des ventes de Rai Trade, estime pouvoir faire de meilleures affaires à Milan, notamment auprès des acheteurs asiatiques venus en nombre.

L’équilibre consisterait-il entre un Mifed tourné vers le cinéma d’auteur et un AFM dévolu au cinéma commercial ? C’est en tout cas l’un des scénarios possibles afin d’éviter la disparition du marché milanais qui fêtait ses 70 ans cette année.

Anthony Bobeau

Vendredi 5 décembre 2003

  Carlo Bassi

 


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