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PORTRAIT
DU FILM FRANCAIS
Nicolas
Vanier, lhomme qui aimait le froid
Le réalisateur aime les espaces enneigés
du Grand Nord et aussi les difficultés. Il ne lui en fallait
pas moins pour tourner Le dernier trappeur dans des conditions climatiques
extrêmes. Le film est à son image : généreux
et sincère.
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Pour
Nicolas Vanier, le déclic du film est venu de sa rencontre
avec Norman Winther (à gauche), un trappeur à
lancienne qui vit et chasse dans le Grand Nord. |
Nicolas Vanier est un aventurier avant même
dêtre un cinéaste, et ce nest pas lui faire
injure que de lécrire
Bien au contraire ! Depuis
lâge de 16 ans, ce passionné de nature et de
grands espaces parcourt le Grand Nord canadien, les steppes de Sibérie
et les forêts de Laponie. De ces voyages et autres expéditions,
il a tiré des livres et des documentaires pour la télévision
et le cinéma qui lont imposé comme lun
des porte-parole dun monde en voie de disparition. Dans la
droite ligne de Jean-Louis Étienne, Nicolas Hulot ou Yann-Arthus
Bertrand. Aujourdhui, il sattaque à la fiction,
et tant pis si son film a des allures de documentaire appliqué
sur la vie dans les montagnes du Yukon. Cest une fiction
à 100% qui est animée par la volonté constante
dêtre authentique affirme lauteur prêt
à défendre son uvre. Le dernier trappeur est-il
aussi un film écolo ? Nicolas Vanier confie ne pas aimer
ladjectif écolo, mais il reconnaît
volontiers que son travail a valeur de message sur lavenir
de la planète et les maux que lhomme lui inflige. Et
ce message est clair : Il faut aujourdhui changer de
mode de vie et adapter notre consommation à ce que la terre
peut nous donner. Nicolas Vanier na pourtant rien dun
intégriste vivant en ermite dans les montagnes
Bien
au contraire ! Pour lui, il sagit tout simplement de
faire attention à la nature pour vivre mieux et non pas se
priver pour vivre moins bien.
De son enfance dans la ferme de son grand-père en Sologne,
il conserve son amour de la forêt et des animaux sauvages.
En revanche, il ne peut pas expliquer son attirance pour les espaces
enneigés et il préfère plaisanter en parlant
dune réaction à un hypothétique coup
de chaud attrapé à sa naissance à Dakar en
1962, car lhomme qui a apprivoisé le froid est bien
né sous le soleil du Sénégal. Il est en revanche
plus loquace quand il sagit de raconter son premier voyage
en Laponie dès lâge de 16 ans : Jai
pris le train à la gare du Nord et je suis descendu au dernier
arrêt à Kiruna après le cercle polaire.
Là, sa rencontre avec les éleveurs de rennes agit
comme un révélateur. Je nai pas eu de
coup de foudre, mais plutôt limpression davoir
toujours vécu là, se souvient-il. Je ne connaissais
rien à ce monde et pourtant jétais dans mon
milieu naturel. À lépoque, cette passion
est vécue comme une souffrance, car il ignore encore quil
pourra en vivre. Je pensais que ma vie serait faite de longues
périodes de travail qui me serviraient à mettre un
peu dargent de côté pour méchapper
un mois par an dans le Grand Nord. Ayant pris lhabitude
de ramener de nombreuses photos et des films en super 8 de ces expéditions
polaires, il suit les conseils dune connaissance et présente
lun de ses travaux dans un festival à Versailles. Il
remporte un prix et une bourse pour pouvoir repartir avec une caméra
16 mm. Cétait il y a vingt-cinq ans et depuis Nicolas
Vanier a passé les deux tiers de sa vie dans le Grand Nord.
Au fil des ans, il a publié de nombreux ouvrages et réalisé
plusieurs documentaires dont Lenfant des neiges est peut-être
lun des meilleurs exemples à la fois en livre et en
film. Ce travail, aussi noble et généreux soit-il,
a toutefois généré une frustration, celle dun
homme qui voulait raconter une histoire sans jamais pouvoir être
libre de le faire. Le dernier trappeur est ainsi né de cette
frustration. Jimaginais des plans et des scènes
que je ne pouvais pas faire quand je réalisais mes documentaires,
précise Nicolas Vanier. Le déclic est venu de sa rencontre
avec Norman Winther, un trappeur à lancienne qui vit
et chasse dans le Grand Nord. Je recherchais un personnage
qui puisse me permettre de concrétiser mon rêve de
cinéma, explique-il. Quand jai vu Norman, jai
su que je tenais mon sujet. Cette rencontre est à limage
du film, peu banale et profondément singulière. Il
faut en effet remonter à lhiver 2000 quand Nicolas
Vanier traverse le nord du Canada du Pacifique à lAtlantique
avec ses chiens et son traîneau. Dans le no mans
land des montagnes rocheuses, il tombe par hasard sur Norman Winther
: Je suis passé par plusieurs cols et vallées
en ne croisant que des caribous et des élans, et puis je
suis tombé à un moment sur une trace qui nétait
pas animale mais humaine, je lai suivie et au bout se trouvait
Norman. Après quelques jours passés avec ce
trappeur qui lui raconte sa vie et son rapport unique à la
nature, Nicolas Vanier continue son périple et commence à
réfléchir à une idée de film. Un an
plus tard, il retourne voir Norman Winther, et là il lui
parle pour la première fois du Dernier trappeur. Je
suis arrivé au bon moment, car Norman souhaitait laisser
une trace de sa vie et de sa philosophie de la vie, précise-t-il.
Je nai donc pas eu besoin de le convaincre. De retour
en France, il part en quête de financement. TF1 Cinéma
senthousiasme pour le projet et débloque largent
nécessaire aux premiers repérages. La coproduction
avec lAllemagne et lItalie est finalisée en quelques
jours au Festival de Cannes. Le film a été aussi
facile à monter quil a été difficile
à tourner, remarque Nicolas Vanier. Celui-ci est tout
de même conscient de sa chance : Quand je suis allé
voir TF1, mon roman Le chant du Grand Nord figurait parmi les meilleures
ventes de lannée. Ce succès ma permis
de prouver que jétais capable de raconter des histoires
qui pouvaient intéresser le public. Le tournage du
Dernier trappeur sest étalé sur deux ans, dont
deux hivers dans le Grand Nord où les conditions climatiques
ont rendu lentreprise périlleuse. Les Canadiens
pensaient quil était impossible de tourner au Yukon
entre décembre et février quand la nuit est permanente
et les températures inférieures à -30 °C,
tient-t-il à préciser, non sans une pointe de satisfaction
au regard du travail accompli. Pour respecter le cahier des charges
quil sétait fixé, il a fallu que lui et
ses collaborateurs développent des trésors dimagination.
Le matériel de prise de vue a dû ainsi être repensé
pour pouvoir fonctionner par -52 °C, la température la
plus basse que léquipe a connue au nord du cercle polaire.
Le pari est toutefois gagné, et le film existe bel et bien
comme Nicolas Vanier lavait rêvé, pour la plus
grande joie de son producteur Jean-Pierre Bailly. Maintenant, laventurier
devenu cinéaste sapprête à repartir pour
une nouvelle aventure en solitaire : la traversée de la Sibérie
prévue pour lhiver 2005/2006. Chasser le naturel
Propos recueillis par Anthony Bobeau
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