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ÉVENEMENT

Sony l’a (encore) fait

Le box-office 2004 a confirmé la main-mise de Sony sur la distribution US. Pourtant, les spectateurs se sont rendus un peu moins dans les salles qui s’en sortent grâce à l’augmentation du prix du billet. Les indépendants ont aussi su faire face aux studios hollywoodiens.

 
   

Avec une tête de pont comme Spider-Man 2 (et 373 M$ de recettes nord-américaines), Sony s’est une fois encore attribué la pôle position du classement des distributeurs américains 2004. Le studio de Culver City a distribué 18 films nouveaux l’an dernier qui, en plus de six autres en continuation, ont rapporté 1,342 Md$. C’est la troisième année consécutive que Sony franchit le Md$ de recettes, et la quatrième fois dans son histoire. C’est également le troisième meilleur total pour un studio hollywoodien, de toute l’histoire du box-office. Paradoxalement, ce résultat est intervenu dans un contexte de fréquentation en baisse. Selon les premières estimations, et avant la publication des chiffres officiels en mars par la MPAA (Motion Picture Association of America), 1,52 Md de spectateurs se sont rendus dans les salles d’Amérique du Nord en 2004. Soit une baisse de 50 millions par rapport à 2003 (1,57 Md), ainsi que par rapport à 2002 (1,64 Md). Le record appartenant toujours à l’année 1957, avec 1,64 Md de spectateurs. Mais l’augmentation des prix du ticket dans la quasi totalité des circuits américains a fait de 2004 une nouvelle année record en terme de box-office. Les spectateurs d’outre-Atlantique ont ainsi dépensé 9,52 Md$ dans les salles (contre 9,49 Md$ en 2003). Le nombre de cinémas a lui aussi augmenté, passant de 35 995 écrans en 2003 à 36 250 l’an dernier. Ces nouvelles salles n’ont pourtant pas permis de faire grimper le nombre d’entrées. Le parc doit se souvenir de la crise traversée il y a quatre ans, quand les salles fermaient les unes après les autres, envoyant des patrons de circuit directement à la banqueroute. Par ailleurs, les résultats de l’année, aussi vertigineux soient-ils (et toujours bien inférieurs à ceux engendrés par la vidéo et le DVD), sont en pleine stagnation, évoluant dans des fourchettes peu significatives. De plus, les résultats artistiques de l’année confirment que la mode des “suites” est en train de sauver Hollywood. En 2003, les deux premiers films (Finding Nemo et Pirates des Caraïbes) étaient des œuvres originales. L’an dernier, ce sont deux suites qui ont occupé les deux premières marches du podium : Shrek 2 et Spider-Man 2. La production 2004 a également connu une baisse d’intérêt des spectateurs qui ont moins rendu hommage aux efforts déployés par les studios. Ainsi seuls 21 films ont franchi le cap des 100 M$ de recettes, quand 25 longs métrages avaient passé cette barre en 2003. Enfin, les événements internes de l’année se sont reflétés sur les résultats, studio par studio. DreamWorks, avec seulement 10 films, prend une bonne quatrième place. Buena Vista recule un peu, en proie aux secousses internes. Paramount sort la tête de l’eau à la septième place, en dépit des remous annoncés par le départ de Sherry Lansing. Miramax régresse à la 10e position, touché de plein fouet par le divorce d’avec Disney. Universal, Warner Bros et New Line se maintiennent. MGM a disparu des radars, récemment avalé par Sony. C’est finalement du côté des indépendants qu’est venue l’étincelle, dans un box-office relativement convenu. Newmarket, qui a pris le risque de sortir The Passion of The Christ de Mel Gibson (370,2 M$), est aujourd’hui la plus convoitée des sociétés de distribution à Hollywood. Lions Gate a également réussi à s’imposer en sortant Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, le documentaire anti-Bush qui n’a pas eu l’effet escompté, mais est devenu le plus gros succès dans son genre (119,1 M$). À eux deux, ces distributeurs indépendants ont tout simplement sauvé le cumul global du box-office de la noyade. Une lame de fond qui pourrait pousser certains producteurs américains à oser des genres, dans un océan qui se rétrécit toujours plus pour les studios hollywoodiens.

Vincent Le Leurch

Vendredi 7 janvier 2005

 

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