| ENQUÊTE
DVD : un nouveau marché pour
la fiction télé ?
Alors que le poids du film de
cinéma a diminué par rapport au hors film dans lédition
vidéo en 2003, les éditeurs misent de plus en plus
sur les séries télé, même si la fiction
française peine encore à trouver son public.
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Sissi, limpératrice rebelle
fait partie de lopération Sagas de
FTD. Les premiers épisodes de Joséphine ange
gardien sont édités par LCJ en DVD.
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Une fois nest pas coutume, cest la fiction télévisée
qui domine lactualité du marché du DVD en France
: la sortie controversée de Colette par Gaumont Columbia Tristar,
avant la diffusion de la fiction réalisée par Nadine
Trintignant sur France 2 (programmée la semaine prochaine)
a donné un coup de projecteur involontaire sur ce secteur.
Or, depuis le lancement du DVD en 1998, le développement du
secteur des téléfilms français et étrangers
a connu un ralentissement. Comme lexplique Jean-Yves Mirski,
le délégué général du Syndicat
de lédition vidéo (SEV), au début,
cest le cinéma qui a bénéficié de
larrivée du DVD car il a été vu comme le
support idéal pour les longs métrages. Du coup,
le secteur du hors film a souffert. Il représentait globalement
20% du marché au temps de la VHS et plus que 6% du secteur
DVD en 1999 (cf. tableau A). Limpact sur les séries télé
est encore plus significatif : celles-ci représentaient en
effet de 4 à 6% en moyenne à lépoque de
la VHS et 0% du marché DVD en 1999. Mais quen est-il
aujourdhui ?
Si le hors film a progressé en 2003, les résultats des
séries télé sont relativement nuancés
: de 2002 à 2003, la fiction télévisée
a augmenté de 4,61% à 5,41% du marché DVD en
valeur (cf. tableau B). Cette croissance est essentiellement due aux
bonnes ventes de séries étrangères. Cependant,
comme cest souvent le cas, les chiffres sont à manier
avec prudence. De lavis général des éditeurs,
la fiction télévisée étrangère
et française se vend mieux depuis quelque temps en DVD, même
si le succès est loin dêtre automatique. Il
faut avoir une politique dédition volontariste et convaincre
la grande distribution que cela vaut la peine de mettre en avant des
téléfilms français car le marché est très
encombré, affirme Jean-Paul Commin, le directeur général
adjoint de Francetélévisions Distribution. FTD prévoit
donc de se mobiliser sur la fiction dans les prochains mois, à
commencer par une opération Sagas, regroupant plusieurs
téléfilms prestigieux dans une collection spéciale
en vente à partir du 12 mai. On y trouvera notamment Princesse
Marie et Sissi, impératrice rebelle, récemment diffusés
sur les chaînes publiques. Lun et lautre seront
lancés sur 10 000 à 15 000 exemplaires. Autre opération
de FTD sur la fiction : la sortie de La San Felice des frères
Taviani, en juin, soit un mois environ après sa diffusion sur
France 2. Nous aurons réussi notre pari si nous parvenons
à augmenter de 10% en 2004 nos revenus issus des ventes vidéo
des téléfilms et des documentaires, indique Jean-Paul
Commin.
Chez Warner Home Vidéo, le discours est moins prudent. Il faut
dire que la major américaine est lheureux éditeur
de Friends, la série culte, dont la saison 9 fait partie des
meilleures ventes de DVD en 2003 (700 000 exemplaires à ce
jour). Olivier Wolff, le directeur marketing de Warner Home Vidéo
France, ny voit pas larbre qui cache la forêt. Friends
nest pas un cas particulier, nous notons un réel engouement
pour les séries et même la fiction française,
que nous distribuons pour le compte de Koba ou de FTD. La croissance
de notre chiffre daffaires sur les séries télé
a progressé de 63% alors que laugmentation globale du
CA est de 41%, confirme-
t-il. La major prévoit dailleurs de lancer un grand classique,
Les dames de la Côte, pour le compte de Koba plus tard cette
année. Daprès Olivier Wolff, lintérêt
accru pour la fiction sexplique par la baisse du prix des DVD
et des lecteurs, générant un plus grand nombre de consommateurs
sur le marché, et une demande plus différenciée
que par le passé.
Larrivée en force des majors dans un secteur quelles
ont négligé au lancement du DVD ne fait pas forcément
les affaires de petits éditeurs indépendants qui, depuis
de nombreuses années, se sont spécialisés dans
le hors film. Parmi eux, LCJ a notamment été une des
sociétés pionnières de lédition
des séries télé sur le nouveau support. Nous
avons lancé Sans famille en DVD fin 1999. Il fallait absolument
nous positionner dès le départ, même si le pari
était risqué, explique le Pdg de la société,
Serge Salve. Le terrain étant inoccupé à lépoque,
cest un risque qui a payé. Nous en avons vendu
3 000 unités, une surprise très agréable. Cela
nous a montré que nombre de nos acheteurs de VHS étaient
prêts à nous suivre en DVD, indique-t-il.
Pour Serge Salve, une des explications à cet engouement du
public (au-delà de la baisse des prix les DVD de fiction télé
chez LCJ dépassant rarement les 15 e) est une sorte de nostalgie
pour la télé dantan. Nos clients sont surtout
des seniors qui se sentent un peu dépassés par la télé-réalité.
Ils veulent regarder des classiques en famille.
Un des effets pervers de ce nouvel intérêt du public
pour la fiction réside désormais dans une compétition
de plus en plus acharnée pour lachat de droits entre
éditeurs. Du coup, quand on acquiert quelque chose, on
doit le sortir assez vite, reconnaît Serge Salve. Cest
ainsi le cas de Zodiaque, le prochain feuilleton dété
de TF1 que léditeur va lancer en DVD, avant même
la diffusion sur le petit écran du dernier épisode (cf.
Le film français 3040). Les autres éditeurs ne sont
pas en reste : si la sortie de Colette (contestée devant la
justice par France 2) demeure pour le moment une exception, les sorties
DVD des fictions suivent la diffusion de façon de plus en plus
rapprochée. À titre dexemple, Napoléon
a été distribué en DVD par FTD un jour après
la diffusion du quatrième et dernier épisode de la saga
sur France 2. Ce genre de sortie rapprochée permet à
léditeur de capitaliser sur le succès daudience
mais aussi sur la campagne de publicité télé
qui a précédé la diffusion de la fiction. En
revanche, cela lui laisse très peu de temps pour inclure des
bonus intéressants. Le premier DVD de Lodyssée
de lespèce, (un documentaire, certes, mais qui sapparente
au genre intermédiaire du docu-fiction), sorti par FTD un mois
après sa diffusion, ne contenait ainsi aucun bonus, alors que
le collector qui a suivi quelques mois plus tard en était truffé.
Mais on trouve aussi des cas inverses : ainsi Cinégénération,
une société qui a démarré dans lédition
DVD en décembre, va éditer le 2 mai Ladieu, le
téléfilm de François Lucciani, produit par Kien
pour France 2, et diffusé il y a plusieurs mois. Daprès
son dirigeant Éric Delbart, une des raisons pour lesquelles
nous avons décidé déditer ce téléfilm
en DVD est que le sujet de la Guerre dAlgérie se prêtait
à linclusion de bonus et nous voulions prendre le temps
de faire un véritable travail dédition.
Catherine Wright
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