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PORTRAIT DU FILM FRANCAIS

Noémie Lvovsky : full sentimentale

Cinéaste issue de la vague “auteur” du début des années 90, le parcours de Noémie Lvovsky est jalonné de rencontres avec des figures du cinéma. Avec son troisième film, Les sentiments, produit par Claude Berri (Hirsch) avec Michèle et Laurent Pétin (Arp), qui le distribuent le 5 novembre, elle signe un huis clos autour de quatre personnages dans un univers très personnel, où la musique est omniprésente… et les sentiments aussi. Portrait d’une femme très sentimentale.

 
 

Noémie Lvovsky en 5 dates

-1964 Naissance à Paris.
-1995 Oublie-moi, premier long métrage.
-1997/99 Les petites pour Arte et La vie ne me fait pas peur au cinéma.
- 2001 Second rôle dans Ma femme est une actrice d’Yvan Attal.
- 2003 Les sentiments.

Dans un univers éclatant de couleurs et à la frontière du kitsch, Noémie Lvovsky réussit à communiquer toutes les subtilités des sentiments amoureux éprouvés par quatre personnages : Carole/ Nathalie Baye, son mari Jacques/Jean-Pierre Bacri, sa voisine Édith/Isabelle Carré et le mari de celle-ci François/Melvil Poupaud. Le tout rythmé par les interruptions musicales d’une chorale, “le cinquième personnage, qui représente aussi bien le monde extérieur, le regard des auteurs et celui des spectateurs”, précise la cinéaste. Elle rend tragi-comique et incomparable une banale histoire d’adultère. Pour Jean-Pierre Bacri, “Noémie et Florence Seyvos, la coscénariste, ont un talent incroyable pour observer la vie, dans ses moindres détails”. En passant un moment avec Noémie Lvovsky, on est marqué en effet par ce souci de la précision qui l’anime. Et sentimentale, elle l’est assurément à sa manière d’évoquer les gens. Sa véritable rencontre avec le cinéma vient justement “d’un truc très sentimental” : un coup de foudre amical au début des années 80. Par l’intermédiaire d’une amie, elle se retrouve figurante sur le court métrage de jeunes gens encore à l’Idhec : Éric Rochant est à la réalisation, Arnaud Desplechin chef opérateur, Pascale Ferrand scripte, ou encore Jean Touitou au casting… “C’était eux, plus que le cinéma, qui m’intéressaient. Je ne voulais pas les quitter !” Cet épisode survient quelques années après le premier déclencheur, la découverte de Baisers volés de François Truffaut vers l’âge de 11 ans. Elle veut alors être comédienne puis change d’avis. Elle a récemment retrouvé ce goût pour la comédie, notamment dans Ma femme est une actrice. Étudiante, elle s’oriente d’abord vers l’écriture. Par élimination, elle choisit le théâtre et le cinéma. Sortie de la fac de cinéma, elle intègre la première promotion de La femis dans le nouveau département scénario : “Je n’aurais pas osé aller directement dans la section réalisation”, précise-t-elle. Elle mettra des années avant d’assumer sa vocation de réalisatrice… En attendant, elle ne parvient pas à écrire le scénario de long métrage exigé à la sortie de l’école. Elle aboutit quand même à un scénario de moyen métrage qu’elle décide de réaliser. Elle en fera plusieurs dont Dis-moi oui, dis-moi non en 1989 qui fera le tour des festivals. Elle s’entoure de la même bande de techniciens et de comédiens, dont Valeria Bruni-Tedeschi, Emmanuelle Devos ou Emmanuel Salinger… Elle signe aussi plusieurs scénarios dont ceux de La vie des morts et de La sentinelle, moyen métrage et premier long qui révèlent Arnaud Desplechin.

Son parcours est jalonné de rencontres avec des figures du cinéma. Ainsi c’est Jean-Luc Godard, après avoir vu un de ses courts métrages, qui parle de ce jeune talent à Alain Sarde. Le producteur propose tout simplement à Noémie de produire son premier long métrage. “C’était un tremblement de terre : je ne m’étais pas encore dit que je serais metteur en scène ! J’avais une chance inouïe à 25 ans. En même temps, cela s’avérait très pesant par rapport à mes camarades qui voulaient l’être depuis longtemps.” Et cette chance lui apparaît d’autant plus lourde avec “l’adoubement” de Jean-Luc Godard. L’aventure d’Oublie-moi sera marquée par l’antagonisme entre l’énergie du tournage et le poids de la culpabilité qu’elle ne parviendra pas à écarter. Les questionnements sur son statut de réalisateur, elle va les dépasser grâce à une autre figure de l’image, Pierre Chevalier. Le directeur de la fiction d’Arte d’alors lui propose un film dans la collection Tous les garçons et les filles. “Il fallait aller vite et avec peu de moyens, sans avoir le temps de se projeter”, se souvient-elle. Elle rencontre alors la romancière Florence Seyvos qui deviendra sa coscénariste. Après divers rebondissements, le projet se transforme finalement en deux films grâce au producteur Bruno Pesery (Arena Films), un pour Arte, Les petites, sorti de la collection, et un second pour le cinéma avec les mêmes personnages un an après, La vie ne me fait pas peur.

La suite ? Encore une rencontre avec une figure du cinéma, le producteur et réalisateur Claude Berri. Il lui propose d’abord de réaliser une très grosse production en anglais avec des vedettes américaines. Elle refuse : “Je n’avais pas envie de risquer de faire une dépression pendant 15 ans et ne plus jamais faire de films après !”, lâche-t-elle. La possibilité de pouvoir continuer à réaliser la préoccupe constamment. Ils gardent contact. Quelque temps plus tard, elle lui apporte Les sentiments. Elle parle de Claude Berri avec beaucoup de tendresse. Ils se fâchent pourtant pendant le tournage, pour se rabibocher au cours du montage. Ils auront au départ des divergences sur le casting pour finalement aboutir à ce quatuor de comédiens. Là encore, elle évoque les personnes avec beaucoup d’humanité. “Je travaille avant tout avec des acteurs que j’adore, que j’ai envie de connaître. J’ai besoin de beaucoup de temps pour bien faire connaissance avec eux”, explique-t-elle. Et ajoute : “Il paraît que je suis très directive sur le plateau.” Isabelle Carré dit en effet “qu’elle est super exigeante”. Melvil Poupaud la compare à “une Formule 1, une bombe explosive. Elle est incroyablement tenace et persévérante, elle ne démord pas de ce qu’elle veut. Mais elle est toujours dans le travail, pas dans l’hystérie”. Jean-Pierre Bacri reconnaît que “la rumeur, cette belle imbécile, m’avait promis l’enfer… Noémie a du caractère, et une construction mentale particulière. Elle est souvent dans l’excès, mais bon, cela reste contenu… Elle est vivante quoi !” “Noémie est une vraie directrice d’acteurs. Elle nous aime beaucoup, elle pense qu’il faut nous pousser à bout pour obtenir ce qu’elle désire… Elle doute, elle s’angoisse. Elle a toujours peur qu’on ne lui donne pas tout. On lui donne 95% et elle en veut au moins 240… Mais à l’arrivée, elle a obtenu de nous tous des choses fortes, explique Nathalie Baye. Elle est toujours dans la vie, c’est quelqu’un d’authentique.”

Noémie Lvovsky ne cache pas qu’elle aimerait être “plus comédienne”. En attendant des rôles plus importants, on l’apercevra dans France Boutique de Tonie Marshall et Roi et reines de son ami Arnaud Desplechin. Dans ses projets d’écriture, elle va aussi s’entourer de proches, en travaillant sur le deuxième film réalisé par Valeria Bruni Tedeschi, après avoir coécrit le premier, Il est plus facile pour un chameau… sorti cette année, et sur son prochain long métrage avec Florence Seyvos. Mais laissez-lui le temps…

Sarah Drouhaud


vendredi 7 novembre 2003

“Noémie a du caractère, et une construction mentale particulière. Elle est souvent dans l’excès, mais cela reste contenu… Elle est vivante, quoi !



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