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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Dominique Baudis

Au terme d’une genèse chahutée, la télévision numérique terrestre fera finalement son apparition en France le 31 mars prochain. L’occasion de faire le point avec le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel sur ce grand chantier audiovisuel et ses développements à venir.

 
  Président du CSA

Comment avez-vous vécu l’avènement de la TNT ?
Je l’ai vécu comme un chantier passionnant. C’est le dossier le plus important de mon mandat. Important car il va concerner la quasi-totalité des téléspectateurs et il permettra d’élargir l’offre de chaînes par voie hertzienne avec trois fois plus de programmes gratuits et une qualité d’image et de son numérique. C’est d’ailleurs pourquoi la TNT est baptisée “télévision numérique pour tous”.

Cela aura été quand même une véritable épopée, avec ses bons et ses mauvais moments...
Il y a eu des moments difficiles. Élargir de cette manière le paysage audiovisuel est dans l’intérêt du téléspectateur. Mais passer de deux à six opérateurs privés et de cinq à quinze chaînes remet en cause certaines situations acquises. Je m’attendais donc à me heurter à certaines oppositions, mais je suis resté confiant dans l’aboutissement de la TNT. C’est en effet un projet d’intérêt général.

Patrick Le Lay, qui qualifiait la TNT de projet “marxiste”, est aujourd’hui est un acteur important du numérique terrestre...
Il avait d’ailleurs déjà déposé des dossiers de candidature lorsqu’il a tenu ces propos… Mais le scepticisme était général, des opérateurs jusqu’aux journalistes. Pour le CSA, il s’agissait avant tout d’appliquer la loi d’août 2000 initiée par le gouvernement Jospin, suivie d’un nouveau texte en 2004 sous le gouvernement Raffarin. Plusieurs majorités et gouvernements ont tracé le cadre législatif. Et finalement, nous avons mis le projet en œuvre avec moins de retard que ce qui a été souvent dit… Le premier calendrier précis, celui du rapport Boyon durant l’été 2002, évoquait un lancement en décembre 2004. Nous n’aurons pris que trois mois de retard, ce qui n’est pas grand-chose pour une opération de cette importance.

Les bâtons dans les roues n’ont pas manqué, d’où qu’ils viennent...
Je n’ai jamais pensé que nous n’aboutirions pas. J’ai certes redouté parfois que nous prenions un retard trop important. Certains acteurs ont tout fait pour retarder le projet, d’autres ne s’y intéressaient pas du tout. Mais le Conseil dans son ensemble a réussi à mener à bien ce dossier.

La TNT commence dans 10 jours. Comment voyez-vous le PAF dans 10 ans ?
Difficile de savoir ce que sera le paysage audiovisuel français dans 10 ou 15 ans ! Grâce à la TNT, tous les Français recevront en tout cas la télévision hertzienne par voie numérique, le parc de téléviseurs aura été renouvelé à cette date. L’analogique sera sur le point de disparaître. Je pense que les offres gratuites et payantes vont perdurer, que la haute définition aura trouvé sa place, tout comme la télévision sur les mobiles et les chaînes locales.

Venons-en à l’offre qui sera lancée le 31 mars. Combien reste-t-il aujourd’hui de canaux à attribuer ?
Il reste huit canaux. Nous venons de recevoir des dossiers de candidatures et nous allons les étudier. Il n’est pas dit que nous ne délivrerons qu’une seule nouvelle autorisation pour les chaînes gratuites. Nous n’avons pas de limite intangible, si ce n’est une approche réaliste du marché publicitaire qui empêche de multiplier à l’infini le nombre de chaînes privées gratuites.

Y a-t-il aujourd’hui une date de démarrage précise pour l’offre payante de la TNT ?
Les chaînes peuvent se lancer entre septembre 2005 et mars 2006. Il n’y a pas de date obligatoire, sauf si bien sûr, les chaînes retenues arrivent à s’entendre sur une date de lancement unique.

La différence de norme de diffusion entre le gratuit (Mpeg-2) et le payant (Mpeg-4) ne pourrait-elle pas selon vous représenter un frein dans la démarche d’abonnement ?
Non, c’est une question technique qui, je le crois, n’intéresse pas les téléspectateurs. Celui qui veut recevoir les chaînes gratuites pourra acheter un adaptateur à brancher sur son téléviseur. Celui qui voudra disposer de chaînes payantes recevra, comme cela se fait déjà dans la télévision à péage, un décodeur fourni dans le cadre de son abonnement.

Le CSA était pourtant en faveur du Mpeg-2 pour l’offre payante...
Un arrêté ministériel préconisait le Mpeg-2, à l’instar d’ailleurs de l’ensemble des pays européens. Mais en juin dernier a été soulevée en France la question de la norme. Le CSA pensait qu’il serait impossible de changer de norme de diffusion quelques mois avant le lancement de l’offre gratuite. C’est pourquoi nous avons conseillé au Premier ministre de conserver le Mpeg-2 pour l’offre gratuite.

Quid de l’offre de télévisions locales sur la TNT ?
C’est un dossier sur lequel nous avons du retard, mais qui sera au centre de nos préoccupations dans les prochains mois. Nous devons aujourd’hui trouver une place pour l’offre locale sur la TNT. Tout comme nous devrons trouver également des capacités de diffusion sur les mobiles ou en haute définition. Le Mpeg-4 sur l’offre payante permet une capacité plus grande et devrait donc nous permettre de répondre à ces questions.

La communication actuelle faite sur la TNT repose sur la gratuité totale alors que chaque foyer devra quand même investir dans un adaptateur. Cela ne pourrait-il pas semer le trouble dans l’esprit du public ?
Non, car les téléspectateurs n’auront pas à souscrire d’abonnement. À terme, les adaptateurs coûteront entre 50 et 100 E, ce qui n’est quand même pas une dépense hors d’atteinte pour multiplier par trois le nombre de programmes reçus. C’est un investissement raisonnable. Il faut voir cet adaptateur comme une pièce rajoutée qui transforme le récepteur classique en téléviseur numérique.

Quittons le dossier TNT. L’élection du président de Francetélévisions sera l’autre grand dossier du CSA en 2005. Avez-vous déjà mis en place un calendrier ?
Non, pas encore. Je crois que l’intérêt de Francetélévisions n’est pas de vivre dans un climat d’incertitude et je pense qu’il serait préjudiciable d’anticiper. Nous aurons besoin de quelques semaines pour que les choses se fassent de manière transparente.

Vous avez vécu personnellement une période difficile l’année dernière. Ces événements ne font-ils pas relativiser les petits problèmes de l’audiovisuel ?
J’ai la chance de faire un métier qui me passionne. Mon activité m’a empêché d’être totalement absorbé par ces horribles histoires.

En lisant votre livre, on se rend compte que cette affaire vous a grandement marqué...
Qui ne le serait pas ?

Propos recueillis par Fabrice Leclerc


vendredi 8 avril 2005

“Élargir le PAF remet en cause certaines situations acquises”

 



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