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Cottet chez Lagardère : pour quoi faire ?

Il arrive enfin ! Après des semaines de rumeurs et de tractations, Jean-Pierre Cottet est annoncé officiellement au sein du groupe Lagardère à compter du 5 avril. Sa mission : consolider les activités TV du groupe et construire une véritable stratégie à long terme.

 
Jean-Pierre Cottet
Arnaud Lagardère
Entre Lagardère et la télévision, c’est encore une timide histoire d’amour. Il est vrai que le groupe garde en mémoire une précédente histoire, celle de La Cinq, douloureuse et quasi meurtrière. Pas facile, donc, de replonger quand on sait que le premier saut a failli vous être fatal (400 ME de pertes en deux ans) ! Mais Arnaud Lagardère aime les médias. Dès son retour des États-Unis, en 1998, il monte deux gros dossiers qui le légitiment rapidement sur le secteur : le développement puis la vente à bon prix, avant l’explosion de la bulle internet, de Club-internet à T-Online ; et l’entrée du groupe Lagardère dans le capital de CanalSatellite (34%), et de Multithématiques (24,7%). On est au début du millénaire. Et on se dit alors que l’héritier est ambitieux et que l’audiovisuel devra très vite compter avec lui… D’autant qu’il décide de prendre directement la responsabilité de cette branche, remerciant, début 2001, l’homme qui s’en occupait jusqu’alors, Jean-Pierre Ozannat. Mais les années qui suivent ne sont pas aussi convaincantes. De saut de puce en saut de puce, les incursions du groupe Lagardère dans l’audiovisuel redeviennent timides. Et malgré le discours offensif et volontaire du jeune Pdg, on ne compte plus les dossiers sur lesquels le groupe travaille sans aboutir : Canal+ évidemment, mais aussi M6, Paris Première, TMC, Expand, etc.

La nomination de Jean-Pierre Cottet, brillant professionnel de la télévision, auréolé de quelques beaux succès comme France 3 et France 5, directement rattaché à Arnaud Lagardère, signe, a priori, le redéploiement du groupe dans l’audiovisuel. Mais une question s’impose : au-delà de la consolidation des actifs du groupe, Jean-Pierre Cottet a-t-il les moyens de développer des projets à la mesure de son ambition ? Et surtout, lesquels ?

Et demain, de quoi sera fait le groupe Lagardère ? “Nous avons la volonté d’investir annuellement 4 à 6 ME dans l’audiovisuel, a indiqué, lors de la présentation des résultats de son groupe, Arnaud Lagardère. Mais notre objectif est d’atteindre, sur ce secteur, une marge de 10% contre 4,7% aujourd’hui. Pour y arriver, il nous faudra donc changer de taille…” Et aux modestes investissements annuels énoncés par Lagardère se font écho les réelles capacités d’investissements du groupe si l’occasion s’en présentait : 2 MdE ! Alors, forcément, on se repose la question : quelle stratégie à long terme va bâtir Jean-Pierre Cottet ? En France, depuis la réorganisation progressive des activités médias après l’explosion de la bulle internet, les opportunités se font de plus en plus rares. Sur le hertzien, Vivendi Universal semble désormais installer Canal+ comme l’un des fers de lance du groupe, et la participation de Suez dans M6 n’a pas intéressé Lagardère. Sur le câble et le satellite, le groupe semble aujourd’hui plus dans une logique de repli ou de consolidation des acquis que de développement. Sur la TNT, il s’interroge au vu du spectre actuellement dessiné par les pouvoirs publics… À court terme, donc, le groupe Lagardère risque de ronger son frein s’il se contente de regarder dans l’Hexagone. C’est d’ailleurs pour cela qu’Arnaud Lagardère a indiqué vouloir s’intéresser aux marchés étrangers, “dans les pays de l’Est ou en Asie”. N’oublions pas que le groupe réalise aujourd’hui 57% de son chiffre d’affaires à l’international. Jean-Pierre Cottet peut donc compter sur cette piste pour développer sa stratégie…

Ceci dit, au-delà de toute opportunité existante ou non, une étude d’octobre 2003 élaborée par le Crédit Lyonnais dresse trois directions possibles pour le groupe Lagardère. Fort de son acquisition, même partielle, d’Editis et confortant sa position de leader mondial sur le marché de la presse et de l’édition, Lagardère pourrait choisir la voix du 100% média écrit, un peu à l’image d’un Pearson français. Mais la banque souligne le peu d’intérêt boursier que les places financières accordent au groupe anglais, pourtant auréolé de résultats financiers exceptionnels ces dernières années… Autre piste possible : celle d’un groupe plurimédias, empruntée par Viacom qui a constitué une “famille d’entreprises médias diverses et autonomes”. Mais, là aussi, problème. Pour y accéder, il faudrait que Lagardère multiplie par dix le poids de l’audiovisuel dans le développement de son groupe. Or, à court terme, on l’a vu plus haut, les opportunités françaises de gros rachats sont inexistantes ! Enfin, la troisième voie est celle qui interpelle le plus la banque et qui semble avoir plus ou moins les faveurs du groupe Lagardère : sur le modèle de General Electric, tracer une ligne droite et développer le groupe dans ce qu’il a toujours été, c’est-à-dire “un conglomérat d’actifs industriels français, trouvant son équilibre entre les médias et des actifs stratégiques comme la défense et l’aéronautique”. Les résultats 2003 du groupe Lagardère montrent d’ailleurs qu’EADS est la première source de profit et de croissance du groupe et que, du coup, s’en séparer pourrait conduire Lagardère à perdre de sa superbe et de son influence. L’étude du Crédit Lyonnais va même plus loin : elle élabore une stratégie à plus long terme, qui, s’il elle n’a pas les honneurs de plaire au groupe Lagardère, mérite néanmoins réflexion. En imaginant que Lagardère, loin de se désengager de l’aéronautique, décide au contraire de s’y renforcer en acceptant de racheter les parts de l’État français dans EADS, la banque se demande “ce que le groupe pourrait demander à l’État pour garantir la pérennité du contrôle français d’EADS et de ses 42 000 employés directs en France…”. Et les regards se tournent presque naturellement vers la seule grande opportunité française à l’horizon 2007, susceptible de donner au groupe Lagardère le poids espéré dans l’audiovisuel : France 2 ! Et ce dossier, Jean-Pierre Cottet, ancien directeur général de la chaîne, le connaît particulièrement bien…

Enquête réalisée par Carole Villevet

Vendredi 9 avril 2004

 


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