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“Nous
verrons, l’important, c’est le contenu. Ce que nous voulons, c’est
avoir rapidement, c’est-à-dire avant la fin de l’année, 5 à 6
séries avec des inédits chaque semaine. N’oublions pas que ce
sera aussi un moyen de tester des futures séries pour le média
télé lui-même”, avance Robert Réa. L’économie du futur portail
reposera, classiquement, sur un dosage de publicité, de vente
en ligne et de sponsoring.
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ANNECY
2000
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Un modèle
que s’apprêtent à appliquer – pour la plupart – les autres projets
de mise en ligne d’animation. Entre les plans des groupes intégrés
et les initiatives décalées de petites structures, quelques tentatives
audacieuses de producteurs indépendants se font jour, en effet,
de Millimages à Télé-Images, en passant par Duran Duboi ou Alphanim.
Les producteurs de longs métrages n’en sont pas absents. “L’industrie
a un avenir préoccupant en télévision, donc il nous faut penser
à d’autres vecteurs. Et puis, internet se marie tellement bien
avec le court et l’animation”, note Didier Brunner, le producteur
des Armateurs, qui compte bien placer “très vite, avant la fin
de l’année, un site convivial et jubilatoire, à la fois professionnel
et grand public”. Kirikou sur le net ? “Nous devons vérifier qui
détient les droits. Les chaînes ont beaucoup d’avance. Mais une
négociation est à prévoir. Et la plus grande difficulté concerne
à mon avis les auteurs. Sans parler du piratage. Je suis très
étonné que l’on me signale des images de Belphégor sur internet,
alors que nous n’avons rien dévoilé officiellement”, regrette
Didier Brunner. Chez Millimages, on entend bien maîtriser complètement
la chaîne des droits des futures productions destinées au web.
Millimages a créé son département internet en avril dernier, avec
l’arrivée de Serge Ewenczyk, qui avait piloté la création du site
de TVFI, l’organisme de promotion des programmes français à l’étranger.
“L’objectif n’est pas de diffuser, mais bien de produire pour
des tiers, explique-t-il. Il y a un énorme besoin, les sites web
des chaînes de télévision et la plupart des sites qui visent le
grand public sont des clients potentiels. Nous pensons aussi que
les institutionnels, et les marques commerciales vont devenir
de gros utilisateurs d’animation pour doper la notoriété et la
convivialité de leurs vitrines internet.” Tout cela sera bien
sûr réalisé en Flash.
À côté de ces produits, Millimages engage la mise au net de ses
propres séries, pour les sites des chaînes diffuseurs. Pablo le
petit renard (Disney Channel) et 34, rue du zoo (Canal J, La Cinquième)
auront ainsi bientôt des suites sur le web. “Et nous planchons
aussi sur des séries originales, pour lesquelles nous serons producteurs
exclusifs, car nous comptons bien maximiser nos revenus, à terme,
avec des diffusions sur les prochains supports grand public, du
wap au webphone ”, prévient Serge Ewenczyk, qui estime que le
coût moyen d’une production pour le net devrait être de deux à
trois fois inférieur à celui d’une série télé. “C’est à voir,
car le problème est que peu de gens maîtrisent à la fois Flash
et l’animation classique. La formation est indispensable et renchérit
les coûts”, note Christian Davin, le pdg d’Alphanim. La société
de Christian Davin est sans doute l’une de celles qui ont aujourd’hui
mené l’expérience le plus loin. Un projet qui va au-delà de la
diffusion d’animation. Verysmalltv, le bouquet de programmes pour
internet d’Alphanim, s’intégrera en effet dans Verysmallcity,
une communauté en ligne qui devrait voir le jour pour la rentrée.
Adoptant un ton “décalé ” dans un décor urbain, et destinée aux
jeunes adultes, cette communauté offrira, en plus d’une “télévision”,
des forums, du chat, des événements de toute nature autour de
thèmes fédérateurs des 18-25 ans (vidéo, sport, musique, mode,
etc.), et favorisera même, éventuellement, de vraies rencontres
entre ses membres. La Verysmalltv elle-même diffusera pour ses
débuts commerciaux (Annecy en dévoilera toutefois des images,
à l’occasion du parrainage du site par Magelis, le pôle image
d’Angoulême) 5 à 6 séries, dont 4 d’animation de 13 fois une à
trois minutes. Trois séries sont en cours de produc- tion à Angoulême,
dans un studio qui devrait compter une trentaine de personnes
à la fin de l’année. Les deux modules vidéo (en streaming) sont
aussi deux créations : un roman-photo, Love Noveal, et un sitcom,
Urgent, dont le montage fera intervenir l’avis des spectateurs-surfeurs.
L’ensemble du projet Verysmallcity, sur lequel Christian Davin
planche depuis de longs mois, s’avère l’un des plus ambitieux
dans ce domaine. “C’est une entreprise pionnière, c’est clair.
Nous serons à la fois fournisseurs de contenu, diffuseurs et créateurs
d’une communauté. Nous n’avons pas droit à l’approximation, avoue-t-il.
Mais je crois à ce média et à sa dimension internationale, un
terrain sur lequel nous disposons d’une expérience précieuse.”
L’économie de Verysmallcity.com reposera non seulement sur la
publicité et des commissions via l’affiliation à des sites marchands
(le site d’achats groupés Akabi, le testeur de prix Toobo ont
déjà signé), mais aussi sur la valorisation du portefeuille de
productions. “Nous ne sommes pas vraiment dans une logique de
start-up, et d’ailleurs, entrer en Bourse n’est pas si simple.
Alphanim, société média, n’est pas à vendre, et nous comptons
financer seuls les premiers développements de Verysmallcity. Ce
que je trouve honteux, en revanche, c’est de n’avoir pas reçu
un franc d’aide publique”, lâche Christian Davin.
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Vivendi, actionnaire
d’Alphanim,“reste au capital” mais n’a pas voulu accompagner davantage
le projet, même si un futur partenariat avec Vizzavi n’est pas
exclu. “Nous aurons engagé une dizaine de millions de francs dans
quelques semaines, et une vingtaine sur l’exercice 2000. Il est
difficile de prévoir les besoins avant d’avoir une idée de la
réception qu’aura le site, mais nous aurons probablement besoin
de 40 MF supplémentaires. Le moment voulu, nous chercherons aussi,
sans doute, des associés pour créer des versions internationales.”
Les difficultés d’Alphanim à réunir des financiers autour de son
projet viennent certainement des craintes des investisseurs après
les récents déboires boursiers de la nouvelle économie. Mais elles
illustrent aussi l’incertitude plus fondamentale des observateurs
sur la structuration de ce marché naissant de l’exploitation d’images
sur le net. Des diffuseurs, des créateurs et des producteurs,
il est encore délicat de dire qui en détiendra les clés économiques,
même si chacun s’accorde à souligner la primauté du contenu. Les
chances des producteurs dans cette course ? Aucunes, si l’argent
et le marketing sont déterminants, assène un analyste. Quoi qu’il
en soit, on va assister à de nouveaux mariages spectaculaires,
avec le rapprochement des mondes du jeu vidéo et de l’audiovisuel
classique. Annecy n’a pas fini de parler nouvelles technologies.
Jean-Michel
Cedro
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