Daniel
Toscan du Plantier
Président
d’Unifrance depuis 12 ans, Daniel Toscan du Plantier est partant
pour un nouveau mandat. Car si beaucoup a déja été fait, les nouveaux
défis ne manquent pas. Notamment celui de la collaboration européenne
dont l’Académie franco-allemande pourrait constituer les bases.
"Unifrance, mission impossible... Mais passionnante"
Un
7e mandat, est-ce bien raisonnable ?
Quand je regarde autour de moi, de Jack Valenti à Patrick
Le Lay et Nicolas Seydoux, en passant par Gilles Jacob, Pierre
Lescure ou Guy Verrecchia, les entreprises qui marchent sont celles
qui ont le même patron depuis longtemps. Celles qui ont le plus
de problèmes, ce sont celles qui changent de patron tout le temps,
les entreprises publiques par exemple. Alors 12 ans… Sur la forme,
ce n’est pas moi qui ai limité la durée des mandats électifs d’Unifrance
à deux ans. Les statuts existaient avant moi et si j’ai souvent
eu la volonté de les modifier – sur ce point et sur d’autres –
force est de constater que je n’y suis point parvenu. Donc je
fais avec, y compris avec cette étrange agitation qui, tous les
deux ans, donne l’occasion de me remettre en cause, dans la toujours
charmante atmosphère de la Croisette.
Il
y a deux ans, vous aviez pourtant dit que ce serait votre dernier
mandat.
Mais c’est toutes les semaines que je dis que je m’en vais
! Parce que Unifrance est épuisante et assez souvent insupportable.
Pourquoi une association qui reçoit 49 MF de subventions, serait-elle
chargée de résoudre un problème que l’industrie et les pouvoirs
publics ont ignoré depuis 50 ans ? Je ne connais pas une industrie
aussi peu responsable de son destin international que le cinéma.
C’est l’effet pervers de l’exception française : l’international,
on s’en fout ! Quand j’étais candidat à Unifrance il y a douze
ans, on m’a dit: “Tu ne vas pas faire ça !”– tellement cela paraissait
pathétique ! Et on me proposait la Cinémathèque, comme quelque
chose de convenable…
C’est
pour cette raison qu’Unifrance est épuisante ?
Entre autres. On confie à une association, avec un mandat
très étroit, toute la charge de notre irresponsabilité. Ajoutons
que c’est une entreprise qui demande le consensus que les débats
naturels du cinéma français rendent fragile. Il me faut à la fois
résoudre un problème qui demanderait une vision économique mondiale
et recréer tous les jours une unité que le reste du cinéma passe
sa vie à rendre difficile. Alors, forcément, l’envie de partir
est quotidienne. Unifrance, c’est “mission impossible”. Et c’est
sans parler de l’ambiance qui peut parfois amener des gens de
haut niveau à nous menacer, moi et mes collaborateurs, qui sont
payés moins cher qu’un directeur de production et se dévouent
à une cause commune qui, par ailleurs, n’intéresse qu’épisodiquement
le secteur. Mais comme j’ai une capacité ludique illimitée, que
je sais encaisser des coups, cela m’amuse. Et puis, surtout, la
passion est toujours intacte.
Qu’est-ce
qui fait que votre passion reste intacte alors ?
D’abord, je pense que l’exception française s’affirme magnifiquement
dans Unifrance. Parce que, justement, cette drôle d’association
impossible est l’expression de notre différence. Elle est à la
fois la mesure de nos échecs, mais aussi celle de cette réussite
charismatique du cinéma français qui n’a pas seulement à faire
avec les chiffres. C’est tout de même le cinéma le mieux défendu
et le plus diffusé au monde, en dehors du cinéma américain. Et
puis, au-delà des harcèlements plus ou moins sympathiques, l’intérêt
général du cinéma sait se retrouver autour des rendez-vous d’Unifrance.
Le consensus est considérable parmi les artistes. Il ne manque
jamais personne aux manifestations d’Unifrance, même sur des petites
opérations. Avoir réuni à ce point le monde de la création, c’est
notre plus belle réussite. Je suis très frappé par la force de
cette relation, y compris dans les reproches, les explications
et les lettres passionnelles que je reçois. Et ce lien aux talents,
leur mobilisation, leur compréhension des choses, leur passion
pour le monde, leur curiosité incroyable de tous les publics,
c’est notre vraie réussite.
Avez-vous
un programme pour votre réélection ?
Soyons clairs
: à Unifrance, il n’y a pas de programme présidentiel. On élit
un président pour son style, pour son attitude, pour ce qu’on
sait de lui, pour ce qu’on attend de lui. Pour sa capacité à mettre
en œuvre une politique, un programme qui sont issus de l’association,
des discussions qui animent ses instances. Et aussi de l’expérience
de sa direction que je trouve étrangement gommée dans tout ce
que j’entends. Comme si l’effet médiatique de la présidence enlevait
la réalité du travail. Ce n’est pas moi qui suis en relation avec
les distributeurs étrangers, qui monte les dossiers de soutien
que gère le CNC, qui signe les chèques ou traite les sous-titrages.
Si je participe à l’esprit de la sélection des films, ce n’est
qu’après toutes sortes de filtres. En revanche, je fixe les lignes
et le style, j’assure une présence médiatique et politique, je
défends le budget. Mais il n’y a pas de programme Toscan. Il y
a une politique définie par le comité directeur et son bureau,
souvent enrichie par les commissions. Et il y a une assemblée
générale qui, tous les deux ans, à travers les représentants choisis
par chacun des quatre collèges qui composent l’association, renouvelle
la composition du comité directeur et des commissions.

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