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Le Sénat bloque sur le numérique hertzien
Le Sénat a rejeté le projet de loi sur l’audiovisuel en seconde
lecture s’opposant aux députés sur le numérique hertzien. Ce qui
ne devrait pas remettre en cause l’adoption de la loi fin juin.

ne
journée de débats, plus de 300 amendements et une commission mixte
paritaire de conciliation n’y auront rien fait : la majorité RPR-UDF-DL
du Sénat a rejeté une nouvelle fois en bloc les projets du gouvernement
en matière de numérique hertzien lors de l’examen en seconde lecture
lundi 5 juin du projet de loi sur l’audiovisuel défendu par Catherine
Tasca. Si les membres de la Haute Assemblée saluent l’arrivée
de ce nouveau mode de diffusion – qui devrait permettre à l’horizon
2002 de passer de 6 à 36 chaînes moyennant un équipement spécifique
–, ils contestent pourtant les projets de la ministre de la Culture
et de la Communication pour ce qui est de l’attribution de ces
nouveaux canaux regroupés en 6 multiplexes de 6 chaînes. Le Sénat
a ainsi adopté un amendement qui prévoit l’attribution d’un multiplexe
entier à chacune des grandes chaînes déjà existantes en diffusion
analogique : TF1, France 2, France 3, Canal+ et M6.
Les députés avaient eux en revanche suivi les projets du gouvernement
qui souhaite un système d’attribution canal par canal, piloté
par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et qui donnerait la
priorité aux chaînes du service public. Rentabilité rapide contre
diversité de l’offre, loi du marché contre régulation, les deux
approches politiques du dossier du numérique hertzien semblent
pour l’heure difficilement conciliables. “Nous privilégions les
opérateurs privés car nous pensons que le système imaginé par
le gouvernement est complexe”, a précisé le rapporteur de la commission
des Affaires culturelles du Sénat, le sénateur gaulliste de Saumur,
Jean-Paul Hugot. Et son collègue RPR de Côte-d’Or, Louis de Brossia
de renchérir : “Nous voulons donner priorité aux opérateurs qui
seront à même de couvrir l’ensemble du territoire dans le délai
le plus rapide et en couvrant les zones d’ombre qui affectent
certains téléspectateurs de régions reculées.” A cela, Catherine
Tasca s’est opposée, regrettant que les sénateurs privilégient
les opérateurs déjà en place, sans faire une place suffisante
aux nouveaux entrants.
Pour la sénatrice socialiste Danièle Pourtaud (cf. encadré), “la
droite sénatoriale préfère faire confiance aux seules lois du
marché, déniant tout rôle au législateur et au CSA”. Tour Mirabeau
justement, Hervé Bourges n’apas
souhaité commenter ce nouveau rebondissement dans le feuilleton
déjà très long du projet de loi sur l’audiovisuel. Concernant
la mise en place du numérique hertzien, le CSA prévoit toujours
l’attribution d’un multiplexe et demi (soit 9 canaux) pour le
service public, un second pour les nouveaux entrants (où se retrouveraient
des chaînes locales et associatives ainsi que les projets de groupes
comme Lagardère, Pathé ou AB) et enfin un multiplexe pour chacun
des grands opérateurs français : TF1, Canal+ et M6. Mutisme encore
du côté de France Télévision où l’on s’en tient aux déclarations
de Marc Tessier qui avait demandé en octobre dernier, lors du
Mipcom, l’attribution de deux multiplexes pour les chaînes du
service public. Quant aux opérateurs privés, chacun se contente
d’observer la conjoncture. Pour ces derniers en effet, le numérique
hertzien représente certes une nouvelle opportunité de développement
mais son coût sera sans commune mesure avec l’expansion récente
du câble et du satellite. D’où la nécessité d’une offre numérique
rémunératrice et d’une certaine liberté de mouvement. Pour tous
les acteurs de ce dossier, il est donc urgent d’attendre.
Attendre notamment l’adoption définitive (toujours prévue pour
la fin du mois de juin) du projet de loi sur l’audiovisuel initié
par Catherine Trautmann il y a presque trois ans et aujourd’hui
repris par Catherine Tasca. Après une ultime navette entre le
Sénat et l’Assemblée nationale, le texte sera soumis une dernière
fois au vote des députés dans les derniers jours de juin. La majorité
gouvernementale devrait en profiter pour rétablir le texte dans
sa forme initiale, faisant donc table rase des amendements votés
par le Sénat.
D’ailleurs, la ministre de la Culture et de la Communication ne
s’en est pas cachée lundi dernier au Sénat : “C’est un texte d’avenir
et je le mènerai à son terme”, a conclu Catherine Tasca.
Fabrice LECLERC
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