Les courts présentés à Cannes

Delphine Gleize, réalisatrice


 
 















 
               

 

Edition du
Vendredi 16 Juin 2000
 
 

ôté français, une jeune réalisatrice, à peine sortie de La femis, a été sélectionnée avec Le vent souffle où il veut. Claire Doyon est encore héberluée de se retrouver dans le Palais des Festivals. “Je suis sans doute naïve, mais je n’ai aucune idée de la façon dont ça peut se passer. Bénéficier d’une telle exposition fait un peu peur, mais en même temps, c’est la règle du jeu.” Pour la jeune femme, qui achève sa scolarité en section réalisation, La femis a permis avant tout de gagner du temps dans l’apprentissage de la fabrication d’un film. Parcours sensiblement identique, à deux promotions d’intervalle, pour Delphine Gleize. Ancienne de La femis, en section scénario, Delphine revient à Cannes avec un court métrage, pour la deuxième année consécutive. En 1999, Un château en Espagne était sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, nouvelle mouture qui réintégrait les films français en son sein. Cette année, Les méduses est présenté dans le cadre de la Semaine de la critique, qui montre un court métrage avant chacun des sept longs métrages au programme. “Cannes, c’est surtout un espace très convivial, qui permet notamment de rencontrer les autres réalisateurs et de prendre le temps de parler avec eux.” Difficile, en revanche, de mesurer l’effet cannois sur la carrière d’un court.

Formé sur le tas, Philippe Missonnier a longtemps produit les courts métrages au sein de Magouric. Ayant fondé sa propre structure, Nosy Be, il présente à la Quinzaine des réalisateurs, La pomme, la figue et l’amande, réalisé par Joël Brisse. “Cannes est avant tout honorifique, dit-il Les films se font dans les bureaux et sur les plateaux, le reste n’est que l’aboutissement de ce travail. Cannes est un forum très intense, mais les rencontres qu’on peut y faire, dans un cadre particulièrement agréable, ne sont pas des opportunités. Elles résultent d’un travail préalable.”

Reste que le festival constitue pour les films courts une vitrine exceptionnelle : “L’intérêt est surtout d’être confronté à une incroyable quantité de films, aux qualités évidentes. Lorsqu’on projette un film tout seul c’est généralement en présence d’un public acquis. Ici, en revanche, cette foison de films permet d’estimer les retours à leur juste valeur.”

Même enjeu pour la réalisatrice Souad El Bouhati. Son tout premier film, Salam, produit par Movimento, s’est révélé un coup de maître. Après avoir obtenu cinq récompenses au Festival de Clermont-Ferrand, dont le Grand Prix, elle se retrouve dans le programme court métrage de la Quinzaine. “Clermont a été tellement fort pour moi, que je me demande si Cannes peut être plus étrange. Ce qui compte pour moi, c’est que le film soit vu dans de bonnes conditions, par un maximum de monde. Cannes semble idéal. Il est tellement difficile de faire un film dans cette économie du court vraiment précaire, avec des équipes qui travaillent gratuitement, qu’on a forcément envie de les montrer le plus possible. La vie des courts se fait grâce aux festivals.”

Si Cannes n’est pas le meilleur endroit pour vendre un court métrage, c’est toutefois là que les projets long métrage des jeunes réalisateurs peuvent prendre corps. “Nous préparons le premier long métrage d’Éric Guirado, Antoine et ses nuages. Or le distributeur de ce film a découvert le travail d’Eric en voyant son court à la Quinzaine”, confirme Jean-Fabrice Barnault. De son côté, Philippe Missonnier a déjà prévu une attachée de presse pour travailler sur La pomme, la figue et l’amande. “C’est l’une des premières portes d’accès au film. Pour qu’il existe dans la multitude, un travail précis est nécessaire. Mais, encore une fois, il a été préparé avant le festival, dans les bureaux. Puis il faut penser à la suite. Nous allons tourner un autre moyen métrage avec Joël, cet été, et que le scénario du long est prêt. Cannes est le lieu privilégié pour en discuter avec tous les partenaires.” Comme le résume Jean-Fabrice Barnault : “Si le court est vraiment intéressant, on peut y rencontrer des regards sur le réalisateur qui lui serviront pour le reste de sa carrière.” Pour les trois jeunes réalisatrices, venir sur la Croisette sera l’occasion de parler sérieusement de l’avenir. Delphine, qui a écrit le scénario de son premier long métrage, Carnages, toujours accompagnée de son producteur des premiers jours, Jérôme Dopffer pour Balthazar, est en plein casting. Et si Les méduses est très attendu, c’est sans doute de Carnages que l’on parlera le plus. De leur côté, Souad et Claire travaillent déjà sur un scénario de long métrage.

Patrice Carré