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Hollywood sur la Lagune

Marquée par pléthore de productions hollywoodiennes et le retour de grandes signatures internationales, la 61e sélection de la Mostra de Venise (du 1er au 11 septembre), la première de Marco Muller, est avant tout ouverte au plus grand nombre. Avec Desplechin, Ozon, Denis mais aussi Chabrol ou Fonteyne, le cinéma français n’est pas en reste.

 
Présenté hors compétition, Collateral de Michael Mann
Après les soubresauts de la cuvée 2003, le départ forcé de l’ancien directeur du festival Moritz de Hadeln et son remplacement il y a seulement 4 mois par Marco Muller, après les menaces à peine voilées du gouvernement de Silvio Berlusconi sur une réduction de son budget, la Mostra de Venise se devait de tout faire pour redorer son image de doyenne des grands rendez-vous annuels du cinéma. Sur le papier en tout cas, Marco Muller a réussi à aligner en seulement quatre mois de mandat, une sélection pétrie de stars et de grands réalisateurs. Quitte à faire ressembler cette 61e édition de la Mostra à un annuaire du cinéma mondial, et plus particulièrement hollywoodien.

Il y aura ainsi cette année pas moins de 20 films américains sur un total de 71 longs métrages (toutes sélections confondues), soit autant que de films italiens ! La liste donne a elle seule le tournis : Steven Spielberg, Tom Hanks, Tom Cruise, Jude Law, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Colin Farrel, Tony Scott, Denzel Washington, Meryl Streep, Johnny Depp, Dustin Hoffman, Kate Winslet, Steven Soderbergh, Spike Lee ou Michael Mann auront, parmi beaucoup d’autres, les honneurs d’une invitation au Lido ! D’où quelques mauvaises langues pour voir Venise s’instaurer désormais en rampe de lancement de la campagne pour les Oscars 2005… Pour ce qui est des 21 films en compétition officielle, là encore, le dosage subtil de Marco Muller est un bel exemple de consensus : il y a des représentants du cinéma d’auteur (Amos Gitaï avec Promised Land, Mira Nair avec Vanity Fair, Wim Wenders avec Land of Plenty), quelques fortes têtes (Palindromes de Todd Solondz, Mike Leigh et son Vera Drake, Mar adentro d’Alejandro Amenabar), une belle affiche (le duo Nicole Kidman/Lauren Bacall dans Birth de Jonathan Glazer), une belle délégation asiatique (dont les derniers films de Hou Hsiao-Hsien et Im Kwon Taek), des productions iraniennes, russes et grecques ainsi que trois films italiens d’auteurs reconnus (dont Gianni Amelio et Michele Placido). La France, enfin, aligne trois auteurs aux univers assez différents : François Ozon, Arnaud Desplechin et Claire Denis. À noter qu’un certain nombre de ces films avaient été soumis sans succès il y a quelques mois à une sélection cannoise, d’autres en revanche n’ont pas été terminés à temps pour rejoindre la Croisette. Même si Cannes et Venise préfèrent voir leurs relations pacifiées, il est clair que Marco Muller tient à marquer son territoire en accueillant quelques films rejetés par Thierry Frémaux. En revanche, le premier s’est aussi inspiré du second en ouvrant cette année la compétition à un film d’animation, et pas des moindres : Howl’s Moving Castle du maître japonais Hayao Miyazaki. Une présence complétée, après la présentation cannoise de Shrek 2, par le nouveau dessin animé des studios DreamWorks, Shark Tale, même si ce dernier est, lui, présenté hors compétition. Le programme des séances spéciales n’est pas en reste : on pourra y voir un film à sketchs, Eros, emmené par le trio Antonioni/Soderbergh/Wong Kar-wai, les derniers Spike Lee, Jonathan Demme ou Michael Mann, la présence toujours savoureuse de Claude Chabrol avec son dernier opus, La demoiselle d’honneur. Sans oublier l’éternel retour de Manoel de Oliveira. Et, bien sûr, Steven Spielberg qui ouvrira les festivités avec sa dernière petite perle, Le terminal.

La sélection parallèle Horizons (sorte de Certain Regard vénitien) présentera 20 films dont trois français : Les revenants de Robin Campillo, Les petits fils de Ilan Duran Cohen, La femme de Gilles de Frédéric Fonteyne. Peter Greenaway viendra à Venise clore son triptyque de The Tulse Luper Suitcases (commencé à Cannes en 2003, puis poursuivi à Berlin) dans le cadre de la section Cinema Digitale, dévolue au cinéma sur support numérique. Enfin, Venise accueille cette année pour la première fois Venise Days, nouvelle section parallèle (hors du champ d’action de Marco Muller) qui s’affiche comme le pendant italien de la Quinzaine des réalisateurs.

Reste à savoir maintenant si cette sélection riche sur le papier saura se tranformer en bonnes surprises sur grand écran. En effet, après le coup de poing Fahrenheit 9/11 reçu depuis le palmarès du dernier Festival de Cannes, la Mostra se doit aujourd’hui de trouver en son sein un Lion d’or emblématique et pas une récompense par défaut. On saura donc le 12 septembre si Marco Muller a réussi son entrée. Et transformé son pari.

Fabrice Leclerc

Vendredi 10 septembre 2004


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