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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

François Ozon
Réalisateur

Véritable stakhanoviste, réalisant un film par an, François Ozon s’est imposé comme l’un des chefs de file du cinéma français. Sélectionné au prochain Festival de Venise, son nouvel opus, 5 x 2 cinq fois deux sort le 1er septembre 2004 dans 200 salles.

 
 

Vous avez choisi de parler du couple dans 5x2 cinq fois deux. Pourquoi ?
J’avais déjà abordé ce thème dans Gouttes d’eau sur pierre brûlante, en adaptant une pièce de Rainer Werner Fassbinder, mais ce n’était pas ma propre vision du couple. J’avais envie avec 5x2 de faire un état des lieux, une autopsie du couple d’aujourd’hui.

Vous donnez l’impression de régler son compte au couple…
Je montre simplement des gens qui essaient de vivre à deux, ce qui est difficile. Beaucoup de couples se font et se défont très vite.

Pourquoi avez-vous opté pour une narration à l’envers, allant du divorce à la rencontre amoureuse ?
Cela m’a semblé logique puisque j’ai choisi de raconter l’histoire d’un couple qui se sépare. Lors d’une séparation, on se souvient facilement des mauvais moments, il fallait donc remonter aux instants idylliques comme le mariage ou la rencontre. Le contraire n’aurait pas eu beaucoup d’intérêts.

Christopher Nolan avec Memento ou Gaspars Noé avec Irréversible avaient déjà raconté des histoires à l’envers. Ne craigniez-vous pas d’être faussement original en adoptant ce principe ?
Je ne cherche pas à être original à tout prix. J’ai essayé de trouver le meilleur moyen de raconter mon histoire. La plupart des films fonctionnent de manière chronologique et personne ne leur reproche d’utiliser toujours la même méthode.

5x2 cinq fois deux marque le retour de l’homme dans votre cinéma après trois films dominés par des figures féminines…
C’est vrai. Et ce le sera encore plus dans le prochain où le personnage principal est un homme. Peut-être ai-je eu besoin à un certain moment de ma carrière de me consacrer à des personnages féminins.

Pourquoi avez-vous choisi Valeria Bruni-Tedeschi et Stéphane Freiss ?
J’ai cherché deux comédiens qui pourraient former un couple auquel le public croirait dès le début. J’ai vu beaucoup de comédiens et j’ai essayé différentes combinaisons. Valeria Bruni-Tedeschi et Stéphane Freiss m’ont semblé parfaits pour ce film.

Vous avez tourné 5x2 cinq fois deux dans l’ordre des scènes telles qu’elles étaient écrites…
Je voulais commencer par la fin de l’histoire sans en connaître le début. C’est un peu le côté expérimental du film : me lancer dans cette aventure sans savoir comment les personnages s’étaient rencontrés.

Vous avez commencé le tournage sans avoir terminé le scénario ?
Oui. Nous avons tourné les trois premières parties avant de nous arrêter pour cinq mois. J’ai écrit la suite pendant cette période. J’ai pu alors m’inspirer des acteurs pour nourrir mes personnages et leur histoire. Cette interruption a aussi permis à Valeria de se transformer physiquement pour les dernières scènes. De son côté, Stéphane a tourné un autre film.

Vous aviez déjà tourné Sous le sable en deux parties…
Sauf que je l’avais fait pour des raisons financières et non pas artistiques. J’ai tourné 20 minutes de Sous le sable avant que tout ne s’arrête. Nous devions reprendre un mois après, mais la production a coulé. Fidélité a repris le film et le tournage a recommencé quatre mois plus tard.

Vous bénéficiez maintenant d’une grande liberté artistique…
C’est un luxe que le succès de 8 femmes et Swimming Pool m’a permis d’avoir. Je pourrais en profiter pour faire des films à gros budgets, mais ce n’est pas le cas. 5x2 cinq fois deux a coûté 5,3 ME. De toute manière, je n’ai pas envie de films chers.

Pourquoi ?
Je veux garder ma liberté et je ne me sens pas encore capable de partir dans quelque chose d’épique. Cela viendra peut-être un jour. Je sais aussi qu’un gros film prend beaucoup de temps, plusieurs années. Je ne suis pas sûr d’avoir la patience de travailler longtemps sur le même projet.

Justement, vous enchaînez les films à un rythme effréné, un par an…
Quand le montage d’un film est achevé, j’ai besoin de partir immédiatement sur l’écriture d’un autre projet. C’est important de me libérer d’un film terminé, cela me permet de prendre du recul. Cette méthode me paraît plutôt saine. C’est un truc de survie. François Truffaut disait qu’il faut toujours avoir un film d’avance.

Combien avez-vous de projets en avance ?
Aucun. Je n’ai pas besoin d’un long temps d’écriture. Certains travaillent pendant un ou deux ans sur un scénario, moi deux à trois mois. L’écriture n’est pas une angoisse, plutôt un moment où je mets les choses à plat. Le scénario est un moyen de communiquer avec une équipe, pas une fin en soi.

Le succès de vos trois derniers films vous a imposé comme une valeur sûre. Cela vous impressionne-t-il ?
Je ne me suis jamais posé cette question.

Vous redoutez l’échec ?
Mes films sont faits dans une telle économie qu’ils ne mettent jamais en péril le projet suivant. Je sais combien peut coûter un film et je sais aussi que mes films ne sont pas archis populaires. J’agis donc en fonction de ces paramètres. Si je me lance un jour dans une production plus importante, je ferai en sorte qu’elle soit viable.

En sortant un film par an, n’avez-vous pas peur de lasser le public ?
Le problème n’est pas là. En fait, tout est médiatisé dans notre société, du coup le réalisateur est trop mis en avant.

Cela vous gêne-t-il d’être médiatisé ?
Oui. J’aimerais que les films se suffisent à eux-mêmes. Si c’était possible, je garderais seulement le titre et les noms des comédiens. Je ne fais pas de films pour la reconnaissance. Le succès ne m’intéresse que s’il me permet de continuer à travailler.

Vous êtes aussi très discret sur vos projets. Aimez-vous cultiver le secret à ce point ?
Il ne s’agit pas d’un secret mais d’une volonté de ne pas communiquer. C’est aussi une manière de pouvoir travailler en paix. Pour ma part, moins j’en sais sur un film, plus j’ai envie de le voir.

Pouvez-vous tout de même parler de votre prochain film ?
Il s’intitule Le temps qui reste. Melvil Poupaud tient le rôle principal et il est entouré de Jeanne Moreau et Valeria Bruni-Tedeschi.

Comment expliquez-vous le succès international de vos films, notamment Swimming Pool qui a enregistré plusde 10 M$ de recettes aux États-Unis ?
Le travail de Celluloïd Dreams qui a vendu tous mes films à l’étranger. J’ai rencontré Engameh Panahi au moment de Regarde la mer. C’est elle qui a eu l’idée de sortir ce moyen métrage dans les salles. Elle a ensuite créé de vrais liens avec les distributeurs étrangers.

La fidélité est importante pour vous, notamment avec vos producteurs…
Fidélité a produit tous mes films, y compris les courts métrages. Je suis juste parti faire Sous le sable avec IMA Production. Il s’agissait au départ d’une série proposée par Chantal Poupaud qui s’appelait Toutes les femmes sont folles. Quand IMA s’est arrêté, Fidélité a repris le film. Je travaille aussi toujours avec les mêmes techniciens. Pourquoi changer une équipe quand tout se passe bien ? Surtout quand on fait un film par an !

Propos recueillis par Anthony Bobeau


vendredi 10 septembre 2004

"Mes films sont montés de telle sorte qu’ils ne mettent jamais en péril le projet suivant”



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