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ÉVENEMENT

Venise et Montréal : à chacun sa tourmente

Premiers pas chaotiques pour Marco Muller à la tête de la 61e Mostra, où retards et problèmes techniques n’ont toutefois pas discrédité une sélection de qualité. Dans le même temps, le Festival de Montréal s’est clos sur le retrait de ses deux principaux bailleurs de fonds.

 
 
Au Lido, Johnny Depp à la “projection-petit déjeuner” de Finding Neverland… à 2 h du matin.

Samedi 4 septembre 2004 à Venise : il est 2 h 15 du matin quand Harvey Weinstein monte sur la scène de la Sala Grande pour présenter en première mondiale Finding Neverland. Le big boss de Miramax s’excuse alors du retard de la projection qui devait commencer à minuit. “Bienvenue à la projection-petit déjeuner de Finding Neverland, annonce-t-il. Tout à l’heure, Marco Muller vous servira les croissants et je lui apprendrai le sens du mot timing. Et puis, je le noierai dans la lagune après lui avoir coulé les pieds dans le béton.” L’attaque, en forme de boutade, n’en fustigeait pas moins l’organisation déficiente d’un festival qui se veut pourtant l’un des plus importants au monde.

Les retards s’accumulent en effet dans la salle accueillant les projections officielles de la compétition. Deux jours avant le dérapage de Finding Neverland, 5 x 2 Cinq fois deux avait déjà fait les frais d’une programmation trop serrée en commençant avec 1 h 30 de retard. Il faut dire que les organisateurs ont rarement prévu plus de 10 minutes de battement entre les projections, provoquant ainsi un embouteillage monstre dans la Sala Grande où il s’agit de faire sortir 1 500 personnes d’une séance et d’en faire rentrer 1 500 autres. D’autant plus que les équipes de films s’attardent sur le tapis rouge à la demande des photographes. Et si, de surcroît, des problèmes logistiques se cumulent au retard, on frise la catastrophe industrielle comme samedi dernier. La soirée était annoncée comme prestigieuse puisqu’elle débutait à 19 h 30 avec Le marchand de Venise interprété par Al Pacino. Seul problème et de taille, le Festival avait vendu 200 places de trop au public vénitien. Il a donc fallu deux heures pour arriver à un compromis et pouvoir lancer la projection. Du coup, le film suivant – Mar Adentro de Alejandro Amenabar –, annoncé à 21 h 45, a débuté à minuit, à l’heure même où était prévu Finding Neverland. Au cours de la conférence du lendemain, Marco Muller s’est excusé pour cet incident, mais il a aussi rejeté en partie la faute sur les majors américaines qui veulent être présentes le premier week-end pour migrer plus rapidement vers Toronto. Selon lui, elles seraient donc responsables de la programmation serrée du début de festival. Sûr que Harvey Weinstein a dû apprécier cette explication, d’autant qu’il se murmure que Miramax a failli annuler la projection de Finding Neverland si elle n’avait pas eu l’assurance que les photographes seraient encore là à 2 h du matin pour accueillir comme il se devait la star du film, Johnny Depp.

Les professionnels présents au Lido sont plus fatalistes et se contentent d’un laconique “c’est l’Italie et l’organisation à l’italienne”. Certains d’entre eux soulignent d’ailleurs que la Mostra a toujours été mal organisée, “même si c’est pire que d’habitude”, précisent-ils. Ils sont aussi nombreux à regretter la mauvaise qualité de certaines projections. Sous-titrage laser défaillant et mise au point hasardeuse étaient en effet les invités surprises du Festival, même si ces défaillances techniques étaient appelées à disparaître au fil des jours.

Les problèmes d’organisation de la Mostra ne doivent toutefois pas éclipser une programmation de très grande qualité. Et tant pis pour ceux qui fustigent l’invasion américaine, Marco Muller leur répond dans les colonnes du Figaro qu’il n’a fait que copier Cannes. Paradoxe vénitien, c’est le japonais Hayao Miyazaki qui s’imposait à mi-parcours avec Howl’s Moving Castle, une œuvre pleine de malice et de poésie où l’imaginaire débordant de l’auteur de Princesse Mononoke surprend à chaque image. De même, Arnaud Desplechin s’est distingué avec Rois et reine qui mêle humour et émotion avec habileté. Preuve que la Mostra à encore de beaux jours devant elle et son nouveau directeur peut-être aussi.

Anthony Bobeau

Vendredi 10 septembre 2004

 

"Les majors US coupables désignées par Marco Muller de l’embouteillage monstre du week-end."

 

 

 

 

 



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