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DÉJEUNERS DU FILM FRANCAIS

“Le film français” à la table d’Unifrance

Le film français était présent à Toronto au traditionnel déjeuner organisé par Unifrance autour des comédiens et réalisateurs français sélectionnés au Festival, de la presse et des distributeurs nord-américains. Compte rendu à chaud.

Bruno Dumont
Réalisateur

Présenté hier soir au public de Toronto, Twentynine Palms a reçu un meilleur accueil qu’à Venise…
Je pensais effectivement que les spectateurs allaient tous partir ! ça n’a pas été le cas. Présenter un film est toujours une situation étonnante, et pas forcément agréable ! Et je ne sais pas ce qu’est le grand public. C’est une notion politiquement totalitaire. Un public, c’est une foule, c’est donc dangereux… Comme à Venise. En revanche, je ne me fous pas de l’individu. J’ai besoin de son regard. Ce qui compte pour les gens, c’est soit le spectacle, soit l’impression qui reste. Pour moi, comme vous le devinez, c’est la seconde option qui compte.

Vous comparez vos films au chien à trois pattes présent dans Twentynine Palms, et attribuez la quatrième patte au spectateur...
Oui, je fais exprès de ne pas finir les films car je pense qu’il faut laisser de la place au spectateur. J’aime bien la conversation avec lui. Et pour converser, un auteur ne doit pas être un gourou mais un égal. Mais c’est un risque avec les réactions que ça peut provoquer.

Comment est né Twentynine Palms ?
J’étais sur le repérage d’un autre film, The End, un gros projet que je ne désespère pas de faire. J’arrivais avec mon petit mental d’Européen. Et devant l’espace et le désert en particulier, j’ai compris pourquoi les Américains avaient inventé le cinémascope ! J’ai ressenti à la fois un sentiment d’exaltation et de peur. J’ai alors écrit le scénario de Twentynine Palms en quinze jours pour exprimer ça. Mon intention était de faire un essai cinématographique. Il y a tellement de films avec une bonne histoire et de bons acteurs, mais qui ne sont pas pour autant réussis. L’alchimie est plus complexe. J’ai essayé de réduire la prééminence du sujet, de l’histoire, des acteurs pour laisser la place au fond. Dans un livre intitulé Petite histoire de la peinture, l’auteur explique qu’en regardant une toile de Manet, si on enlève les personnages, on découvre derrière un Rothko. De même, j’ai essayé d’aller vers le fond perdu en neutralisant la lumière et le jeu des acteurs. Pour laisser la place au désert et sa puissance cinématographique.

Vous mettez quand même en scène un couple pendant tout le film ?
Oui, car le couple permet à la fois de dégager une immense beauté et de la violence. La perte de l’être aimé ou la jalousie renvoient à l’idée de mort.

Il y a besoin d’autant de violence pour exprimer la peur ?
Le cinéma a aussi un rôle de catharsis : on a besoin de sang, de sexe. Laissons-le nous purger ! Je ne cherche pas à rationaliser. Il ne faut pas avoir peur au cinéma d’aller contre la moralité. Si elle m’intéresse dans la vie, elle ne m’intéresse pas au cinéma.

Ne redoutez-vous pas de présenter le film aux États-Unis avec autant de scènes de sexe et une telle vision du pays, empreinte de peur ?
La vision politique n’est pas du tout le propos du film. Il a par ailleurs déjà un distributeur américain.

Propos recueillis par Sarah Drouhaud

 

Vendredi 10 octobre 2003
   Pierre Brousseau
   Nathalie Baye
   Noémie Lvovsky
   Bruno Dumont
   Solveig Anspach
   Benoît Cohen
   Michael Barker
 

 

 

 

 


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