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DÉJEUNERS DU FILM FRANCAIS

Des courts dans la cour des grands

Juan Solanas présentera L’homme sans tête en sélection officielle ; Ron Dyens proposera Derrière les fagots à la Semaine de la critique ; Dans la forêt noire de Joséphine Flasseur et Petits pas de Thomas Salvador seront projetés à la Quinzaine des réalisateurs.

Juan Solanas

L’homme sans tête

Vous êtes d’origine argentine ?
Je suis argentin. Après le coup d’État de 1976, mon père, le cinéaste Fernando Solanas, a dû s’exiler à Paris pour sauver sa vie. J’avais alors dix ans. Ma culture est française, mais ce que je ressens est profondément argentin. On me dit d’ailleurs que mon film, qui est une fable poétique sur l’apparence, est teinté de surréalisme latino-américain. Je ne le renie pas. L’Argentine me manque mais je vis ici. Dans ce sens, L’homme sans tête intègre bien mes deux origines.

Comment vous est venue cette histoire de L’homme sans tête ?
Simplement, j’ai vu cette image d’un homme sans tête assis, les mains croisées entre les jambes, complexé. 60% du film se sont imposés dans les cinq minutes. J’ai tout de suite senti ce personnage mal dans sa peau et imaginé qu’il allait s’acheter une tête pour séduire une femme. J’ai écrit le scénario en dix jours. Ensuite, j’ai voulu faire le film. J’ai rencontré Aton Soumache d’Onyx Films avec qui on a coproduit le film et avec qui nous préparons Air, mon premier long métrage. Mais aucun de nous ne pouvait imaginer à quel point sa fabrication allait virer au péplum. J’ai écrit l’histoire en mai 1999, tourné en décembre 2000 et on a mixé il y a deux mois.

Comment fait-on un casting de corps et de têtes ?
Je cherchais d’abord celui qui allait incarner le corps de M. Phelbs et faire vivre ce personnage sans la tête. J’ai passé des mois à faire des castings et un jour, je suis tombé sur Alain Hocine. Il est venu chez moi, on a parlé, je lui ai mis une musique de jazz, il s’est mis à danser et c’était lui. Après, j’ai cherché les autres qui devaient incarner Phelbs en essayant différentes têtes.

Pour l’image, vous avez utilisé plusieurs techniques ?
C’est un mélange total de réel, mate-painting, 3D. Je voulais que le film garde sa dimension poétique et éviter une froideur trop technique. Concrètement, tous les décors ont été réalisés en studio et la plupart des extérieurs tournés à Marseille où j’avais vu des décors industriels qui me plaisaient beaucoup. Ensuite, comme je suis un fou d’étalonnage, j’ai travaillé avec Franck Voiturier. Ce film m’a permis d’aller au bout de mon image en quelque sorte.

Aller à Cannes récompense tous ceux qui ont prêté leur concours ?
C’est le travail de toute une industrie qui est valorisée, tous les plus grands prestataires français y ont participé. Ce projet aurait été impossible sans les gens qui m’ont suivi, particulièrement La Maison, coproducteur. C’est un pari fou rendu possible parce que nous sommes dans un pays qui possède une industrie forte et une vraie culture de l’image. Je pense que cette passion de mettre la technique au service de l’artistique est une particularité française. Ce film aurait été irréalisable dans un autre pays.

Propos recueillis par Patrice Carré

Vendredi 10 octobre 2003
   Ron Dyens
   Juan Solanas
   Thomas Salvador
   Joséphine Flasseur
   
 
 
 


 

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