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ENQUÊTE

Exploitant : un seul métier pour des réalités multiples

5. Salles municipales ou associatives
Assurer un lien avec la collectivité

François Aymé
(37 ans)
Jean Eustache
à Pessac (Gironde)
3 salles et 365 places
162 000 entrées
en 2002
Christine Beauchemin-Flot
(39 ans)
Sélect à Antony
(Hauts-de-Seine)
1 salle et 225 places
94 000 entrées en 2002
Colette Périnet
(55 ans)
Les Alizés à Bron
2 salles et 345 places
100 000 entrées
en 2002
Ramuntxo Garbizu
(35 ans)
Atalante à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques)
1 salle et 180 places
75 000 entrées en 2002
Bruno Boyer
(47 ans)
Cinéma du Palais Armand Badéyan à Créteil (Val-de-Marne)
3 salles et 402 places
56 966 entrées en 2002
   

Si les salles municipales sont souvent gérées par des associations, les salles associatives ne sont, en revanche, pas toutes les propriétés des municipalités. Passé cet état de fait, les salles municipales et/ou associatives ont un objectif commun : être ouvertes sur la vie des quartiers et des villes où elles sont implantées. “Il s’agit d’assurer un service public en s’adressant à tous les publics”, explique Christine Beauchemin-Flot qui exploite le Sélect à Antony. Une opinion partagée par Marianne Piquet, exploitante du Rex à Chatenay-Malabry : “Nous défendons le cinéma dans toute sa diversité en programmant à la fois les films que les gens veulent voir et aussi des œuvres plus difficiles.” S’il est parfois reproché aux salles municipales de vivre de leurs subventions sans tenir compte de la rentabilité, les exploitants qui s’occupent de telles structures s’en défendent unanimement. “Un exploitant n’a pas intérêt à voir sa salle vide, et une municipalité n’a pas intérêt à cautionner un lieu culturel en perdition, affirme Christine Beauchemin-Flot. Si mes entrées baissent, je devrai en rendre compte à la mairie.” De son côté, Colette Périnet, exploitante des Alizés à Bron est très claire : “Si je ne fais pas d’entrées, je ne peux pas payer mon personnel et ce serait indécent de demander à la municipalité de le faire.” De même, Bruno Boyer, exploitant du Cinéma du Palais Armand Badéyan, estime que s’il demande un film à un distributeur, il se doit avant tout de le faire marcher. Les subventions versées par les municipalités servent surtout à financer des politiques d’animation très dynamiques. “Elles nous permettent une marge de manœuvre plus importante”, explique François Aymé, exploitant du Jean Eustache à Pessac. Et d’ajouter que “le risque financier existe toujours, il faut donc respecter son budget.” Grâce aux subventions, Bruno Boyer emploie ainsi deux animateurs chargés de s’occuper des groupes scolaires. De son côté, Christine Beauchemin-Flot organise “deux à quatre débats par mois”. Elle a aussi mis en place une animation appelée “Ciné Goûter” qui lui permet d’offrir aux enfants une collation à la suite d’une projection. Quant à Marianne Piquet, elle propose un rendez-vous sur les métiers du cinéma. S’il est arrivé que certaines municipalités, notamment d’extrême-droite, entravent la liberté de programmation des salles qui leur étaient rattachées comme ce fut le cas à Vitrolles où la directrice du cinéma de la ville a été limogée après avoir présenté un programme de courts métrages sur l’homosexualité, les exploitants reconnaissent aujourd’hui jouir d’une totale indépendance. Colette Perinet cite ainsi l’exemple d’une séance spéciale du documentaire de Bertrand Tavernier sur la double peine qui, selon elle, “pouvait ne pas correspondre à l’époque aux positions politiques de certains membres du conseil municipal”. De son côté, Ramuntxo Garbizu qui exploite l’Atalante de Bayonne, salle associative qui n’est pas directement subventionnée par sa municipalité, envisage son exploitation comme “une tribune ouverte sur des thématiques qui dépassent parfois le cinéma”. Suivant cette logique, il accueille par exemple José Bové en octobre. Pour lui, c’est “un lieu d’effervescence à mi-chemin entre le service public et l’exploitation indépendante responsable”.

Dossier réalisé par Anthony Bobeau

Vendredi 10 octobre 2003

 

 

 

 


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