ACCUEIL < ENTRETIEN > ARCHIVES

PORTRAIT DU FILM FRANCAIS

Malgré l’absence de films suffisamment porteurs, la fréquentation fait preuve de résistance

Jean Labé et Marin karmitz

La Fédération nationale des cinémas et la Fédération nationale des distributeurs parient toutes deux sur les effets positifs d’une meilleure fluidité et d’une plus grande maîtrise économique des sorties de films. Au point d’espérer que la baisse de la fréquentation se limitera à 5% cette année. Rencontre avec leurs présidents.

 
 
Jean Labé et Marin karmitz, présidents respectifs des Fédérations des exploitants et des distributeurs.

Après avoir marqué le pas l’an dernier (-1,5%), la baisse de la fréquentation s’accélère en 2003. Êtes-vous inquiets ?
Jean Labé : Nous sommes dans une situation difficile à analyser car beaucoup de paramètres extérieurs au cinéma entrent en ligne de compte. Du coup, nous ne pouvons pas dire si la baisse de fréquentation est conjoncturelle ou structurelle. Les événements internationaux, les mouvements sociaux ou la canicule ont eu incontestablement un effet néfaste. Le cinéma n’est cependant pas le seul secteur en baisse : les musées, les théâtres, la restauration, les loisirs en général le sont aussi. 2003 n’est pas, pour le moment, un grand cru en terme de films. En revanche, la programmation du premier semestre 2004 peut nous faire espérer de meilleurs résultats avec des films comme Deux frères de Jean-Jacques Annaud en avril ou Harry Potter 3 en juin.
Marin Karmitz : J’irai plus loin que Jean Labé. Par rapport aux informations fournies par les médias sur d’autres secteurs, j’ai le sentiment que le cinéma se porte beaucoup mieux. L’ensemble de la consommation en France a considérablement baissé alors que le cinéma a relativement peu diminué. D’autant plus que nos éléments de comparaison sont les premiers semestres 2002 et même 2001 qui étaient très bons. Il y a donc une vraie résistance de la fréquentation malgré l’absence de grands films porteurs. Par ailleurs, le cinéma français se maintient très bien.

Si les entrées ont baissé en 2002, les recettes ont augmenté, suivant en cela l’exemple américain…
J. L. : Le phénomène est moins fort qu’aux États-Unis. Le prix des places a été très stable pendant longtemps, d’ailleurs certains distributeurs nous reprochaient que le prix moyen ne suive pas l’augmentation générale du coût de la vie. Il est vrai que nous avons un peu augmenté nos prix, mais ils restent tout de même très en deçà de l’inflation sur les cinq dernières années. Au cours de cette période, le coût de la vie a augmenté de 5,3% quand le cinéma augmentait de 3,5%. Le prix moyen des places est aujourd’hui de 5,57 €.

À Paris, certains cinémas dits de prestige ont tout de même passé le cap symbolique des 10 €
la place…

M. K. : Il faut là encore se replacer dans la situation générale de l’économie française. Il est important de rattraper au moins l’inflation, car il est vrai que les salaires augmentent et les dépenses aussi. Je vous rappelle cependant que le cinéma coûte moins cher en France qu’au Royaume-Uni, au Japon ou aux USA. L’augmentation constatée est aussi liée aux investissements réalisés par les exploitants pour améliorer les conditions d’accueil et de projection, ainsi qu’aux frais de sortie des films. Et si nous voulons assainir l’économie du cinéma, il faut que les recettes en salle puissent permettre de rentabiliser en partie les coûts de production.

L’augmentation du prix des places n’est donc pas un frein à la fréquentation ?
J. L. : Les exploitants ont développé une vraie politique tarifaire. Aujourd’hui, toute personne qui va régulièrement au cinéma peut facilement profiter de tarifs préférentiels. N’oublions pas que le cinéma coûte beaucoup moins cher que n’importe quel autre loisir.

Savez-vous quel est le poids exact des cartes illimitées dans les recettes ?
M. K. : Je vous rappelle que les cartes illimitées sont essentiellement utilisées à Paris. Ce n’est pas un système étendu à toute la France. Dans le contexte du GIE Le Pass – je ne peux pas répondre pour UGC –, cela représente 15% à 20% des recettes suivant les salles. Il est clair que les cartes illimitées sont plus utilisées dans les salles qui ont une programmation plus pointue. C’est un moyen important pour maintenir le pluralisme de la programmation parisienne.

Cet été, les distributeurs ont fait preuve de bonne volonté en proposant une offre variée de films. Or, le bilan n’est pas très probant…
J. L. et M. K. (ensemble) : Ah si !
J. L. : Il est vrai que les blockbusters américains ont été un peu décevants chez nous comme dans le reste de l’Europe et même aux Etats-Unis. En revanche, les films français ont bien fonctionné pendant l’été, et cela dès le mois de juin avec Le mystère de la chambre jaune, Les triplettes de Belleville, 7 ans de mariage, puis Le coût de la vie en juillet et Père et fils en août. Le meilleur échelonnement des sorties françaises a permis à la part de marché nationale de se maintenir en été. Malheureusement, une sortie en été n’est pas une garantie de succès. Le public ne veut pas de certains films pour des raisons complexes à déterminer quelle que soit la période de l’année.
M. K. : Nous faisons depuis longtemps un grand travail de pédagogie pour une meilleure régulation de notre métier. L’un de nos objectifs était ainsi de résoudre la pénurie de films français en été. Cette année, nous avons été écoutés par les distributeurs et aidés par les exploitants, nous avons ainsi assisté à des sorties importantes de films français. L’offre art et essai était aussi très significative. Les résultats de Nos meilleures années, Wanda, Soy Cuba ou Lost in la Mancha sont d’ailleurs très encourageants.


vendredi 10 octobre 2003

“Malgré l’absence de films suffisamment porteurs, la fréquentation fait preuve de résistance”

Jean Labé



  AccueilContactez-nousAbonnez-vousRecommandez ce sitePoints de vente
 © Le Film Français 2003