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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Roch Lener et Jean Labadie

Six mois après leur rapprochement, pour le moins inattendu, les dirigeants de Millimages, Roch Lener et de Bac Majestic, Jean Labadie dressent un bilan positif et prônent l’agrégation de métiers connexes et complémentaires.

 
  Pdg du groupe Millimages Dg de Bac Majestic

Quel est le bilan des six mois de mariage entre Millimages et Bac Majestic ?
Roch Lener : Très positif. Les liens se sont tissés entre les équipes, réunies dans des locaux adaptés à nos activités réciproques, bien placés géographiquement car proches de producteurs de cinéma, et très compétitifs. Le rassemblement des deux structures occasionnera en outre des économies d’échelle annuelles de 1,5 ME, ce qui n’est pas rien.
Jean Labadie : Outre le prix au m2 du XIe arrondissement de Paris, très économique par rapport au VIIIe, il y a le plaisir d’un quartier très vivant et, en effet, la proximité avec des amis tels que Mandarin ou Agat Films. Le déménagement de Bac Films est un vrai bonheur.
R. L. : Le rapprochement de Millimages et de Bac offre les moyens nécessaires pour affronter un marché à la fois plus tendu et plus complexe qu’en 2001.

Revenons sur les motivations de ce rapprochement, plutôt inattendu…
J. L. : Tout d’abord, nous nous connaissons depuis longtemps et avons tous deux des parcours parallèles. De la même génération, nous avons tous deux créé nos entreprises, et nous partageons des goûts éclectiques, à la fois pour le documentaire, l’animation, les grosses productions et les plus petites, françaises comme internationales. Enfin, l’intégration de Bac dans Millimages était d’autant plus naturelle qu’elle suivait une expérience totalement réussie : celle de Gédéon, société de production de documentaires sublimes.
R. L. : En termes de croissance, il est dangereux de vouloir à tout prix être le numéro 1 dans un secteur précis. Je crois plus à un modèle d’agrégation de métiers connexes et complémentaires, comme l’animation, le documentaire et le cinéma.

Pourquoi ne pas vous être rapprochés avant, quand Bac cherchait désespérément un nouveau partenaire ?
J. L. :
L’idée est née en juillet 2003. Pendant deux ans, ma priorité absolue a été d’éteindre l’incendie qui ravageait Bac-Majestic, de stopper les activités les plus dispendieuses et les moins stratégiques, comme l’exploitation de salles. Il fallait aussi démêler les liens avec StudioCanal dans Bac Distributions et régler les problèmes des participations croisées en matière d’achat de films. À l’époque, il s’agissait plus pour moi de survivre au quotidien que de raisonner à long terme. C’est pourquoi l’accord avec Millimages n’a pu se concrétiser qu’en décembre 2003.
R. L. : Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Fin 2002, l’endettement de Bac est supérieur à 56 ME. En 2003, il est de 21 ME. Et le travail fait depuis six mois a permis à l’endettement d’être réduit à 5,7 ME, dont 3,9 ME sont garantis par escomptes de contrats. Si en effet, Bac est passée par toutes les couleurs, c’est aujourd’hui une structure financièrement saine. Au-delà des aspects culturels et affectifs, ce qui explique la transition sans heurts, c’est que Millimages a toujours œuvré pour une continuation de l’entreprise.
J. L. : D’autant que Bac s’appuie sur un catalogue de 200 films environ. C’est l’inertie de la société qui lui assure des recettes vidéo et TV régulières.

Justement, pourquoi avoir cédé les labels d’édition et de distribution vidéo, Wild Side ?
J. L. :
Il y a eu une opportunité de cession à Exception Wild Bunch d’une structure d’acquisition et de distribution parallèle et filiale à 50% de Bac, comme ce fut le cas de Mars Films à StudioCanal. Mais, là aussi, Bac garde les droits de ses propres films. L’intégralité des droits d’édition du catalogue Bac nous sera revenue le 31 décembre 2004, seule la distribution restera externalisée. L’idée est de recentrer sur toutes les activités de Bac autour de son catalogue.

Après les pertes essuyées au premier semestre (12 ME), la production et la distribution de séries d’animation restent-elle le cœur de métier de Millimages ?
R. L. :
Les pertes du premier semestre sont indissociables des dotations aux amortissements passées sur cette période. En tant que société publique, cet ajustement à la baisse de la valeur du catalogue nous est imposé par les commissaires aux comptes. Cette nouvelle valeur est le reflet du marché des programmes d’animation qui est évidemment très différent de ce qu’il était en 2001 et 2002. Cette année, certes la crise n’est pas tout à fait passée, mais Millimages a un département de ventes basé à Londres qui fonctionne très bien au regard de la situation générale. L’activité de l’animation est “cash positive” au sein de Millimages. En 2001, Millimages était placée à la 10-12e position des producteurs d’animation européen. Aujourd’hui, nous faisons sans doute partie du trio de tête.

Le long métrage d’animation est-il votre nouvelle voie de diversification ?
R. L. :
Nous avons souvent participé à la fabrication de longs métrages par le passé, sans en être les initiateurs. Aujourd’hui, nous sommes coproducteurs de plusieurs projets, en 2D (Couac, le vilain petit canard qui sera livré début 2005), et en 3D (Renaissance, projet de 15 ME avec Onyx Films, attendu pour le printemps prochain et vendu à Buena Vista pour l’Amérique du Nord, ainsi que Piccolo, Saxo & Cie, avec Haut & Court, prévu pour fin 2005). Côté série TV, nous avons également de gros projets en développement : Didou d’après les albums publiés chez Albin Michel et la deuxième série de 13x26 minutes de Pitt & Kantrop. Et nous finalisons le montage financier de Dan et Mister Perfect, présenté au dernier Forum Cartoon. Une des choses dont je suis le plus satisfait est que la distribution internationale et les revenus du catalogue Millimages couvrent les coûts de commercialisation et préfinancent à 100% les productions nouvelles. L’idée que Millimages est une société très endettée, est totalement fausse. Il s’agit de crédits de production totalement garantis. En Europe, je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de société dans ce cas.

Les sorties des derniers films Bac ont été décevantes, Bad Boys et Génésis notamment…
J. L. :
Il est difficile d’échapper au rouleau compresseur des 600 films distribués par an. Cela dit, Bac Films a conservé ses équipes de marketing et de programmation et restera un acteur de référence pour les producteurs.

Comment se profile l’avenir pour chacun d’entre vous ?
J. L. : L’intégration humaine, technique et financière est réussie, avec pour concrétisation deux projets communs identifiés – Planète blanche et Pallawan, deux documentaires produits par Stéphane Millière et Gédéon Programmes qui vont sortir sous la banière Bac Films –, et la création d’une nouvelle activité : les ventes internationales, dont les premiers pas sont ultra positifs, avec la vente dans 25 territoires d’un titre : Les tortues volent aussi, un film irakien déjà récompensé.
R. L. : On voit que le modèle prévu fonctionne : trois marques fortes dirigées par leurs fondateurs, des structures légères et compétitives, des lignes éditoriales fortement identifiées, des sociétés dont la notoriété dépasse les frontières… Le tout reposant sur une situation financière saine. Avec de telles bases, on peut construire pour l’avenir.

Propos recueillis par Sophie Dacbert et Emmanuelle Miquet


vendredi 10 décembre 2004

“Nos premiers pas dans les ventes internationales sont ultra positifs" Jean Labadie



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