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ÉVENEMENT
Jean-Pierre Jeunet dénonce le jeu de la concurrence
Invité par Unifrance au 5e festival du
film français de Moscou où Un long dimanche
était présenté en ouverture, Jean-Pierre Jeunet
a tenu à sexprimer au sujet des polémiques qui
entourent son film.
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Même si Un long dimanche
a perdu son soutien, il peut néanmoins concourir aux
César et aux Oscars dans toutes les catégories
hors film étranger. |
Quelle est votre réaction
à la décision dannulation de lagrément
?
Jean-Pierre Jeunet : Je ne suis ni étonné, ni
choqué. Nous sommes dans une société ultra-capitaliste
où tous les coups sont permis. Au fond, le vrai débat
est un problème de concurrence. Nous avons affaire à
des gros requins et à quelques poissons pilotes, qui voient
arriver un autre gros poisson sur leur territoire et font tout pour
lempêcher davoir une part du gâteau.
Vous aviez pourtant des affinités avec les gros poissons
dont vous parlez ?
J.-P. J. : En effet, je connais bien ces gens pour les avoir
fréquentés. Dabord, il y a Pathé qui
na rien compris au projet dAmélie Poulain, ce
qui peut nous permettre de douter de leur compétence. Ensuite,
UGC ma accueilli. Ni lun ni lautre ne sont des
enfants de chur. Quand je me lève le matin, cest
dans lidée de faire le plus beau film possible. Eux,
cest pour faire le plus de profits possibles. On ne fait tout
simplement pas le même métier.
Cest-à-dire ?
J.-P. J. : Il ne faut pas se leurrer : leur business, cest
avant tout de vendre le maximum de pop-corn et de louer des sièges
dans des locaux. Malheureusement pour eux, il faut quil y
ait une bobine qui soit projetée sur lécran
Évidemment, sils peuvent monter les marches de Cannes
avec un film, cest encore mieux...
Pourtant, laventure Amélie Poulain semble sêtre
merveilleusement passée
à lépoque
J.-P. J. : Avec UGC, jai connu une aventure idyllique.
Ils ont été plus que corrects au niveau financier
pour Amélie. Et ils savent très bien que si les droits
du livre de Japrisot avaient été libres, jaurais
fait Un long dimanche de fiançailles avec eux. Mais ça
sest passé autrement.
Nest-on pas, au fond, au cur du paradoxe français
où, à linverse des Etats-Unis, le financier
et lartistique ne font pas bon ménage ?
J.-P. J. : La seule chose qui ménerve dans toute
cette histoire, cest le cynisme. Ça me fait penser
à Patrick Le Lay et sa phrase sur le temps de cerveau disponible.
Ce qui se passe est une injure faite au cinéma français.
Parce que ce sont tout de même 600 techniciens et 2 000 figurants
qui ont bossé sur Un long dimanche de fiançailles.
Je pourrais presque prendre tout cela pour une insulte personnelle,
tant je me suis investi dans le film. On a été tenté
de délocaliser la production, mais on sest rendu compte
quen pleine grève des intermittents, il était
judicieux de profiter du financement américain pour continuer
de travailler. Et puis, jai laissé une énorme
part de mon salaire pour que le film puisse se faire en France.
Est-ce quun avenir avec Pathé et UGC est définitivement
exclu pour vous ?
J.-P. J. : Il ny a rien de personnel dans cette histoire.
Mais la calculette en main, ils ont plus intérêt à
éliminer un gros concurrent que de travailler avec moi.
Ce débat, aujourdhui, ne ternit-il pas un peu laventure
dUn long dimanche de fiançailles ?
J.-P. J. : Tout ce qui passe aujourdhui ne me fait pas
oublier la vraie raison, au départ, de faire un film français
: cest un choix artistique. Je ne regrette pas ce choix. Dautant
moins que jai eu une liberté totale. Je vais vous dire
: si cela avait été un film américain, comme
certains le prétendent, je naurais jamais eu le final-cut.
Vous vous retrouvez également au cur dune
polémique concernant le personnage corse du film...
J.-P. J. : Certes, dans le livre, il sagit dun
Marseillais dorigine italienne. Je lai transformé
en Corse parce que jadore ce pays. Si le personnage était
resté marseillais, il ny aurait eu aucune polémique.
Que va-t-il se passer maintenant ? Pourquoi est-ce que je naurais
pas de problèmes concernant le personnage de Benoît
Notre Dame qui vient de Dordogne et tue un officier de sa compagnie
? Pareil pour le personnage de Manech qui est breton ? Cest
sûr quà lépoque de Delicatessen,
quand je nétais pas connu, on navait pas ce genre
de problèmes...
On vous a prêté la réalisation dun
épisode dHarry Potter que vous avez finalement déclinée.
Quel sera votre prochain film ?
J.-P. J. : Seul le sujet décidera si le film sera américain
ou français.
Propos recueillis par Vincent Le Leurch
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