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ENTRETIEN
DU FILM FRANCAIS
Alejandro
Amenabar
Le jeune prodige du cinéma espagnol et chéri
dHollywood ne compte plus les prix remportés par son
dernier film, Mar adentro, en salle le 2 février. Il revient
sur ses années de formation, nous parle de ses réalisateurs
fétiches et de son succès.
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Vous êtes très jeune, 32 ans, et
avez déjà trois blockbusters à votre actif,
Abre los ojos, Les autres avec Nicole Kidman et Mar adentro avec
Javier Bardem. Où avez-vous appris le cinéma ?
À Madrid, à luniversité. Je nai
pas été admis à lécole de cinéma
prestigieuse de Madrid mais jai suivi un cursus universitaire
de six ans. Cependant, jai vite décroché car
en fait nous ne touchions jamais à une caméra. Les
étudiants obtenaient leur diplôme sans rien connaître
de la technique ni jamais manipuler une caméra. En fait,
si jai arrêté les études, cest parce
quon ma proposé de faire un film, Tesis, mon
premier long métrage. Avant, javais déjà
pas mal séché les cours afin de financer mes trois
premiers courts métrages. Cétait le seul moyen,
lautoproduction. Jai gagné beaucoup dargent
en travaillant comme jardinier mais aussi comme technicien dans
une imprimerie! Je me disais qualler sur un plateau tous les
jours au lieu daller dans un amphithéâtre constituait
la meilleure éducation. Quand jai passé les
examens de fin dannée, je nai échoué
quà une seule matière : réalisation!
Cela ma vraiment déprimé.
À luniversité, appreniez-vous lhistoire
du cinéma ?
Oui, on voyait quelques films à la cinémathèque
mais pas tant que ça. Finalement, les professeurs se bornaient
à nous enseigner la théorie du cinéma et léconomie
de la production cinématographique. Cela ne mintéressait
pas du tout. Tout cela était très éloigné
de ma vision du cinéma. Je voulais faire, pas théoriser.
Enfant, quels sont les films qui vous ont marqué ?
Enfant, je nallais pas souvent au cinéma. Je me
souviens surtout de la collection de films vidéo de mon voisin.
Cétait au début des années 1980 et la
vidéo était encore un phénomène rare
en Espagne. Jallais chez lui voir des films quil rapportait
des États-Unis. Je ny comprenais rien car ils nétaient
pas sous-titrés. Je me souviens très bien du jour
où jai vu Alien, à lâge de 12 ans,
ou encore, E.T. et Les aventuriers de larche perdue. Je ne
regardais en fait que des films daction et dhorreur.
Adolescent, jai commencé à louer des cassettes
vidéo et à méquiper, jallais rarement
au cinéma.
Vous nêtes donc pas vraiment cinéphile...
Non, pas vraiment. Quand jai vu Psychose pour la première
fois, cétait le remake ! Jai été
étonné de savoir quil existait un autre Psychose,
celui dHitchcock. Je lai vu, bien entendu, et jai
adoré. Doù mon amour pour Hitchcock.
Quels sont vos autres réalisateurs fétiches ?
Steven Spielberg. Pour lui, jai fait leffort daller
au cinéma pour voir ses films. Au même moment, vers
17 ans, jai découvert Stanley Kubrick. Ces trois-là,
Hitchcock, Spielberg et Kubrick mont donné envie de
faire du cinéma, ont inspiré ma vocation.
Et du côté du cinéma espagnol ?
Luis Garcia Berlanga et Almodovar ont été importants
pour mon apprentissage. Pour ce qui est de Buñuel, je me
réserve ses films pour plus tard. De lui, je nai vu
que Le chien andalou et Viridiana. Je ne suis pas pressé
de voir ses autres films. Cest comme Bergman, on ma
offert ses films en DVD mais jattends pour les voir.
Vous semblez préférer les DVD au cinéma...
Bien sûr. Si lon est bien équipé,
cela me convient très bien. Mais il faut être discipliné
: voir le film de bout en bout, se retenir de répondre au
téléphone ou daller à la cuisine ou encore
dappuyer sur la touche pause. Le DVD, cest presque parfait.
Ne manque que cette communion desprit que représente
une séance de cinéma.
Le succès des Autres vous a propulsé au-devant
de la scène, notamment à Hollywood. Comment avez-vous
vécu cette évolution ?
Jadore les histoires de fantômes depuis que je
suis tout-petit. Cela me vient peut-être de mes premières
années que jai vécues au Chili. Javais
ce projet en moi depuis très longtemps mais je ne pensais
pas que ce film dhorreur intéresserait beaucoup de
gens. À lorigine, Les autres était un petit
film espagnol. Mon producteur ma convaincu quil fallait
le tourner en anglais dans une atmosphère et un décor
anglo-saxons. Jai eu peur évidemment den perdre
le contrôle artistique dautant que je ne parlais pas
langlais! Jai dû lapprendre en quelques
mois. Je craignais davoir à diriger des enfants dans
une langue que je ne maîtrisais pas. Je men suis sorti,
je crois, en dirigeant tous les acteurs de façon psychologique
plus que verbale.
Comment Nicole Kidman a-t-elle rejoint Les autres ?
Nous avions une réunion de travail avec Tom Cruise et
Harvey Weinstein quand Nicole Kidman a débarqué. Cest
elle qui ma choisi ! Elle voulait faire un film à résonance
psychologique. Cest une femme très intelligente, très
rationnelle qui sinvestit beaucoup dans un film.
Après Les autres, vous revenez à un film espagnol,
Mar adentro, grand succès commercial aux États-Unis
et en Espagne, financé entre autres par la Fox. Jimagine
quon vous a donné carte blanche.
Oui, en un sens. Je voulais raconter ce fait divers depuis
longtemps. Le cas de Ramon Sampedro, cet homme paraplégique
qui a demandé à mourir légalement, est très
connu en Espagne. Mais je ne savais pas comment raconter cette histoire
dun homme qui veut mourir de façon dynamique. Et puis,
lhistoire damour, ses rêves, la mer, mont
aidé à construire le scénario. Cette fois-ci,
rien naurait pu me convaincre de réaliser ce film en
anglais. Cette histoire est 100% espagnole. Il y a des faits, des
sentiments que lon ne peut travestir.
Vous avez à nouveau signé la musique de votre film,
pourquoi choisir cette musique celtique avec une surabondance de
cornemuses ?
Je tiens à dire que je nai jamais appris la musique.
Je suis un autodidacte. Jai été très
influencé par les musiques de films que jai aimées,
enfant. Je compose sur mon synthé une mélodie et la
technologie fait le reste. Les cornemuses, les violons ? Parce que
laction se situe en Galicie et que lhistoire a un côté
épique qui sy prête bien. Jai fait appel
à Carlos Nuñes, musicien de cornemuse très
réputé.
Quel est le dernier film français que vous avez vu ?
Le dernier tango à Paris peut-il passer pour un film
français ? Marlon Brando parle si bien le français
! Ah, je me souviens : Le goût des autres dAgnès
Jaoui. Splendides performances dacteurs et de ton. Vraiment
original !
Propos recueillis par Agnès Catherine Poirier
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