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Les César ont 30 ans : que sont nos espoirs devenus ?

Le César du meilleur espoir a été créé huit ans après la naissance de la manifestation. Abonnés aux nominations sans jamais recevoir la précieuse statuette, ou sacrés dès leur premier rôle, le destin des espoirs du cinéma français reste aléatoire.

 
 
Après son César pour L’effrontée, de Claude Miller en 1986, Charlotte Gainsbourg reçoit celui du meilleur second rôle féminin pour son interprétation dans La bûche, de Danièle Thompson, en 2000.
Créés en 1983, en hommage à Romy Schneider et Patrick Dewaere qui avaient disparu l’année précédente, les César du meilleur jeune espoir féminin et du meilleur jeune espoir masculin ont révélé une nouvelle génération de comédiens dont certains figurent parmi les têtes d’affiche du cinéma français d’aujourd’hui. Pourtant, tous les élus n’ont pas tiré le même profit de ce trophée prestigieux, et l’effet César ne s’est pas toujours fait ressentir uniformément sur la suite de leur carrière. Les choix stratégiques, les opportunités et la personnalité des uns et des autres, mais aussi parfois les aléas de la vie en ont décidé.

Seuls trois filles et trois garçons (en comptant Gaspard Ulliel et Malik Zidi nommés cette année) ont obtenu le nombre maximum tacitement autorisé de trois citations à ce César. Parmi eux, Guillaume Depardieu, qui a fini par l’emporter en 1996 pour Les apprentis de Pierre Salvadori, l’année où il obtenait le prix Jean Gabin, après avoir été nominé successivement en 1992 pour Tous les matins du monde d’Alain Corneau, puis en 1994 pour Cible émouvante, également sous la direction de Salvadori. En revanche, malgré ses nominations pour Van Gogh de Maurice Pialat, en 1992, Beau fixe de Christian Vincent, en 1993, et Mina Tannenbaum de Martine Dugowson, en 1995, Elsa Zylberstein n’a jamais obtenu la précieuse statuette. Cela ne l’a pas empêchée pour autant de poursuivre sa carrière et de décrocher d’autres récompenses, à commencer par le prix Michel Simon en 1992, le prix Romy Schneider en 1993, et le prix de l’actrice romantique de l’année à Cabourg. Virginie Ledoyen n’a guère été mieux lotie. Elle a été citée consécutivement en 1994 pour Les marmottes d’Elie Chouraqui, en 1995 pour L’eau froide d’Olivier Assayas et en 1996 pour La fille seule de Benoît Jacquot… sans la moindre consécration à la clé. En revanche, elle a obtenu en 1998 le prix Suzanne Bianchetti et le prix d’interprétion féminine du Festival de Paris pour Jeanne et le garçon formidable d’Olivier Ducastel et Jacques Martineau. Enfin, elle a partagé un prix d’interprétation collectif à Berlin et un trophée du cinéma européen pour 8 femmes de François Ozon. Autre marathonienne de la nomination, Isabelle Carré a elle aussi accumulé les nominations pour Beau fixe de Christian Vincent, en 1993, Le hussard sur le toit de Jean-Paul Rappeneau, en 1996, et La femme défendue de Philippe Harel, en 1998. Elle s’est rattrapée par la suite en décrochant le César de la meilleure actrice pour Se souvenir des belles choses de Zabou Breitman, en 2003, et une nomination pour Les sentiments de Noémie Lvovsky, en 2004.

À l’opposé, plusieurs candidats se sont vus sacrés dès leur premier vrai rôle à l’écran, qu’il s’agisse de Sandrine Bonnaire pour À nos amours de Maurice Pialat, en 1984, Laure Marsac pour La pirate de Jacques Doillon, en 1985, Charlotte Gainsbourg pour L’effrontée de Claude Miller, en 1986 (confirmée par le César du meilleur second rôle féminin obtenu dans La bûche de Danièle Thompson, en 2000, et deux nominations en tant que meilleure actrice). Également, Catherine Mouchet pour Thérèse d’Alain Cavalier, en 1987, Thierry Frémont pour Travelling avant de Jean-Charles Tacchella, en 1988, Vanessa Paradis pour Noce blanche de Jean-Claude Brisseau et Yvan Attal pour Un monde sans pitié d’Eric Rochant, en 1990. Sans oublier Gérald Thomassin pour Le petit criminel de Jacques Doillon, en 1991, Géraldine Pailhas pour La neige et le feu de Claude Pinoteau, Manuel Blanc pour J’embrasse pas d’André Téchiné, en 1992, et Stanislas Merhar pour Nettoyage à sec d’Anne Fontaine, en 1998. Les uns ont poursuivi une brillante carrière, les autres… se sont perdus en chemin. Comme le souligne justement le directeur de casting Stéphane Foenkinos, il s’est souvent agi pour les votants de “photographier une époque”.

Comme leur nom l’indique, les espoirs sont des futures vedettes en puissance. L’un des critères de leur présélection par le comité des directeurs de casting réside d’ailleurs dans leur envie réelle de poursuivre leur carrière. D’où l’absence remarquée cette année du petit garçon qui joue le rôle principal des Choristes et qui ne semble pas vouloir faire de la comédie son métier au-delà de cette expérience pourtant faste, à l’inverse de Damien Jouillerot (Les fautes d’orthographe) ou de Jules Sitruk (Moi César…). En plus de vingt années d’existence, les espoirs ont mûri et accédé naturellement aux catégories supérieures, confirmant ainsi un potentiel décelé dès l’origine. Il convient ici de citer les prouesses de Richard Anconina et de Julie Depardieu, couronnés également la même année comme meilleurs seconds rôles, respectivement en 1984 pour Tchao pantin de Claude Berri et en 2004 pour La petite Lili de Claude Miller. Ici intervient un point de règlement à méditer. Comme le précise l’article 9 : “Si un acteur ou une actrice reçoit suffisamment de voix pour être nommé dans la catégorie ‘meilleur espoir masculin’ ou ‘meilleur espoir féminin’ pour un film, il ou elle peut être nommé pour le même rôle dans la catégorie ‘meilleur acteur’ ou ‘meilleure actrice’ pour un film et dans la catégorie ‘meilleur acteur dans un second rôle’ ou ‘meilleure actrice dans un second rôle’ pour un film, à condition qu’il ou elle ait obtenu pour chaque film suffisamment de voix pour être classé dans les cinq premiers de chaque catégorie.”

La voie royale a conduit Sylvie Testud du César du meilleur espoir pour Les blessures assassines de Jean-Pierre Denis (“Sans cette nomination et malgré sa notoriété et son expérience, elle n’aurait pas été sacrée pour ce rôle”, souligne Stéphane Foenkinos), en 2001, à celui de la meilleure actrice pour Stupeur et tremblements d’Alain Corneau en 2004, comme elle avait valu ces deux mêmes statuettes à Sandrine Bonnaire en 1984 et 1986 (pour Sans toit ni loi d’Agnès Varda), ainsi que cinq autres nominations, à Élodie Bouchez pour Les roseaux sauvages d’André Téchiné et La vie rêvée des anges d’Erick Zonca, en 1995 et 1999. En revanche, seulement nominée comme espoir pour Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin, Emmanuelle Devos s’est rattrapée avec le César de la meilleure actrice pour Sur mes lèvres et une nouvelle nomination pour Rois et reines cette année. Lauréate dès sa première citation comme espoir pour Vénus Beauté (institut) de Tonie Marshall, en 2000, Audrey Tautou a été nominée pour Le fabuleux destin d’Amélie Poulain et Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, en 2002 et 2005. Sacrée meilleure actrice pour Haut les cœurs ! de Solveig Anspach, en 2000, puis meilleur second rôle féminin pour Embrassez qui vous voudrez de Michel Blanc, en 2003, Karin Viard a, quant à elle, été nominée au César du meilleur espoir pour La nage indienne de Xavier Durringer et Les randonneurs de Philippe Harel, en 1994 et 1998. Nommé la même année comme espoir et comme meilleur acteur pour Capitaine Conan de Bertrand Tavernier, Philippe Torreton remporte la seconde catégorie en 1997. Cité l’année précédente pour La haine de Mathieu Kassovitz, Vincent Cassel avait pour sa part échoué sur les deux tableaux. Tout est affaire d’opportunités, car c’est le succès des films qui rejaillit sur leurs interprètes, même si le contraire devrait être tout aussi vrai. L’exception qui confirme cette règle est sans doute Dominique Blanc. Consacrée meilleure actrice en 2001 pour Stand By de Roch Stephanik (un film confidentiel sorti en plein été), elle avait déjà obtenu deux nominations comme espoir pour La femme de ma vie et Je suis le seigneur du château de Régis Wargnier, en 1987 et 1990, et trois César en tant que second rôle féminin pour Milou en mai de Louis Malle, en 1991, Indochine, en 1993, et Ceux qui m’aiment prendront le train de Patrice Chéreau, en 1999.

Le passage par la case du meilleur espoir peut mener à tout… à condition d’en sortir. Parmi les acteurs passés à la réalisation, on peut citer Pierre-Loup Rajot (Jeunes gens), Gaël Morel (trois films dont Le clan), Valeria Bruni-Tedeschi (Il est plus facile pour un chameau…), Guillaume Canet (Mon idole et, bientôt, l’adaptation de Ne le dis à personne de Harlan Coben), Laure Marsac (Le quatrième morceau de la femme coupée en trois). Ésgalement Laure Duthilleul (À ce soir), Mathieu Amalric (trois films dont La chose publique), Pascal Légitimus (Antilles sur Seine), Éric Caravaca (Le passager, sortie en juin), Yvan Attal (nommé au César de la première œuvre avec Ma femme est une actrice), Vincent Perez (Peau d’ange et bientôt The Secret, le remake de Himitsu de Yojiro Takita), Zabou Breitman (Se souvenir des belles choses), Valérie Stroh (Un homme et deux femmes), Julie Delpy (citée cette année pour l’Oscar du meilleur scénario pour Before Sunset de Richard Linklater et réalisatrice de Looking for Jimmy), Isild Le Besco (Demi-tarif), Isabelle Nanty (Le Bison), Lucas Belvaux (cinq films dont sa trilogie, qui a obtenu le prix Louis Delluc, le prix du Syndicat de la critique et lui a valu deux nominations aux César). L’atavisme aidant, Thomas Langmann est devenu producteur, Christopher Thompson scénariste (nominé à ce titre pour La bûche). D’autres ont toujours joué sur les deux tableaux, comme Mathieu Kassovitz (lauréat de trois César, un comme espoir pour Regarde les hommes tomber de Jacques Audiard, deux pour la réalisation et le montage de La haine, et d’une demi-douzaine de nominations, il prépare son sixième film, Babylon Babies) ou de Xavier Beauvois (nommé comme espoir et comme réalisateur pour son premier film, Nord, en 1993, il vient d’achever son quatrième, Le petit lieutenant).

En instaurant les meilleurs espoirs féminins et masculins, les César se sont démarqués des autres compétitions équivalentes, y compris de celles dont ils s’étaient eux-mêmes inspirés à leur naissance, à commencer par les Oscars, qui ne misent toujours pas l’ombre d’une statuette sur leurs futures vedettes. Le détail est révélateur. Par ailleurs, si l’on consulte la liste des 17 garçons et des 27 filles présélectionnés en 1983, parmi ceux qui n’ont pas accédé au dernier carré, on relève les noms de Victoria Abril, Arielle Dombasle, Pascale Ogier, Valérie Kaprisky (pour Aphrodite !), Jean-Hughes Anglade, Christophe Lambert, Robin Renucci, ainsi que deux futures vedettes de la chanson, Florent Pagny et Patrick Bruel (pour Les diplômés du dernier rang !). On pourrait rêver plus mauvaise compagnie !

Jean-Philippe GueranD

Vendredi 11 mars 2005

 



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