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ENTRETIEN
DU FILM FRANCAIS
Michael
Winterbottom
Réalisateur
Réalisateur éclectique et imprévisible,
le Britannique Michael Winterbottom revient en grande forme avec
Nine Songs à laffiche dès le 9 mars 2005. Un
véritable ovni cinématographique, mêlant sexe
explicite et extraits de concerts des meilleurs groupes anglo-saxons
du moment, qui vient de faire les frais dune interdiction
aux moins de 18 ans en France.
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Nine Songs est un film singulier qui mêle
sexe et rockn roll comme lannonce sans détour
son accroche. Comment est né un projet aussi audacieux ?
Il y a plusieurs raisons à ce projet. Tout dabord,
laspect musical mest venu après avoir réalisé
24 Hour Party People qui était centré sur la culture
musicale de Manchester. Je me suis dit quil serait intéressant
de filmer de vrais concerts plutôt que de les recréer.
Ensuite, laspect sexuel est né dune réflexion
sur la manière de montrer le sexe à lécran.
Après Code 46 (inédit en France) qui racontait une
histoire damour, je voulais décrire une relation du
point de vue charnel. Et cest là que je me suis rendu
compte quil serait plus facile, plus naturel et surtout plus
honnête de filmer deux personnes qui feraient vraiment lamour.
A-t-il été difficile de convaincre vos comédiens
de sexposer aussi radicalement devant la caméra ?
Pas vraiment, même si le casting a été
long. Après avoir choisi Kieran OBrien avec lequel
javais déjà travaillé et Margo Stilley
dont cest le premier rôle au cinéma, jai
su que lalchimie serait parfaite entre eux. Nous avons passé
beaucoup de temps ensemble à discuter du projet et à
répéter leurs scènes. Pendant le tournage,
nous faisions des pauses pour sassurer que tout allait bien
pour eux et aussi pour moi. Ils étaient libres dabandonner
le projet sil était devenu trop lourd à porter.
En tant que producteur du film, je nétais pas lié
par un contrat qui mobligeait à finir le film. Dautant
plus que le risque financier était minime au regard des sommes
investies.
Comment avez-vous choisi les groupes qui apparaissent à
lécran ? En fonction de vos goûts personnels
?
En partie, mais aussi en fonction des disponibilités
de chacun. Les groupes qui sont à lécran sont
ceux qui avaient prévu de jouer sur la scène londonienne
au moment du tournage. La plupart des groupes que je souhaitais
filmer ont donné leur accord. Lidée était
de plonger le spectateur dans lambiance si particulière
de ces concerts. Nous avons tourné avec trois caméras
à lépaule au milieu de la foule. Il fallait
que nous soyons invisibles car notre présence ne devait pas
perturber les musiciens ni le public.
Les groupes connaissaient-ils toute la teneur du projet, à
savoir les scènes damour non simulées qui allaient
alterner avec leurs performances ?
Ils savaient que je voulais raconter une histoire damour,
et rien dautre. Jaurais pu être plus explicite,
mais je ne voulais pas quils associent Nine Songs à
un film pornographique. À partir du moment où vous
choisissez de montrer la sexualité sans détour, beaucoup
de gens pensent que vous faites de la pornographie. Or, ce nest
pas ça en loccurrence. Jai simplement voulu raconter
une histoire damour dune manière différente.
Dailleurs, les membres des groupes que jai filmés
ont vu le film, et ils ne lui ont fait aucun reproche.
Nine Songs est réalisé en DV. Ce choix est-il
financier ou artistique ?
La taille réduite de la caméra DV me donnait
une plus grande liberté car elle me permettait de travailler
de façon intime avec les comédiens. Ce support était
nécessaire au ton et à la nature du film. En fait,
jadapte ma manière de filmer à lhistoire
que je veux raconter. Par exemple, jai fait plusieurs tests
en DV, en HD, en 16 mm et en 35 mm pour Code 46, et jai fini
par retenir le 35 mm qui était plus adapté au film.
Et puis, il me faut être honnête : lutilisation
de la DV réduit considérablement les coûts de
production, ce qui était dautant plus nécessaire
sur un projet aussi risqué que Nine Songs. Personne naurait
voulu financer un film pareil en Angleterre, à part Revolution
Films.
En France, plusieurs cinéastes ont filmé le sexe
de manière explicite. Avez-vous vu ces films avant de commencer
le vôtre ?
Jai vu Romance et Intimité. Ces films sont différents
de Nine Songs car le sexe y est épisodique. Du coup, les
scènes explicites retiennent plus lattention que les
films eux-mêmes. Je voulais éviter cet écueil,
cest pourquoi jai choisi daborder la sexualité
de manière frontale.
Nine Songs est frappé dune interdiction aux moins
de 18 ans en France, ce qui est plutôt rare. Quest-ce
que cela vous inspire ?
Je tiens à dire que ce film nest en rien dégradant,
choquant ou même pornographique, il raconte simplement lhistoire
dun homme qui se remémore une liaison amoureuse et
donc les moments charnels qui y sont liés. À bien
y regarder, le sexe est omniprésent dans les journaux et
à la télévision, mais il est encore tabou au
cinéma. Dès quun cinéaste aborde ce thème
de façon réaliste, il crée la polémique.
Or il serait temps de laccepter. Quand jai commencé
à le tourner, je craignais que la censure anglaise ne lui
permette pas dêtre exploité en salle. Or le film
a néanmoins été autorisé en Angleterre
où le système de classification est pourtant beaucoup
plus dur quen France.
Rencontrez-vous des difficultés dans lexploitation
internationale du film ?
Le premier pays au monde où Nine Songs a été
montré à une commission de classification avant
même lAngleterre était lIrlande
qui est réputée pour son conservatisme. Et là,
le film a été autorisé sans problème.
En Espagne, pays très catholique, nous navons eu aucune
difficulté. Nous avons écopé dun classement
X en Australie, mais cela ne pose aucun problème au distributeur.
En revanche, je crois savoir que le X aurait été fatal
à la carrière du film en France.
Vous produisez vos propres films depuis plusieurs années.
Pourquoi avez-vous choisi de vous lancer dans cette activité
?
Pour avoir plus de liberté. Jai fondé Revolution
Films avec Andrew Eaton en 1994. À lépoque,
javais déjà le scénario de Jude, mais
il fallait encore pouvoir financer sa production. Lidée
de Revolution Films était de créer un lieu où
nous pouvions développer des projets sans avoir à
subir les contraintes inhérentes au montage financier. Par
ailleurs, la société fonctionne plus comme un groupe
de collaborateurs réguliers qui peuvent se sentir en famille.
Entre les comédies romantiques de Working Title et les
films sociaux de Ken Loach ou Mike Leigh, avez-vous limpression
dexplorer une troisième voie dans le cinéma
britannique ?
Étant donné que lexpression troisième
voie a été utilisée pour décrire
le gouvernement et la politique de Tony Blair, je préférerais
ne pas y être associé (rires). Plus sérieusement,
je ne pense pas avoir une place à part dans le cinéma
britannique, même si je ne fais pas partie de lestablishment.
Depuis Butterfly Kiss en 1995, vous aimez changer de style et
de genre à chaque film...
Ce serait très ennuyeux pour moi de faire toujours le
même film. Chaque projet est comme une réaction au
précédent. Par exemple, après avoir passé
des mois sur un film en costumes, jai forcément envie
de faire un film ancré dans lactualité.
Justement après Nine Songs, quel sera votre prochain
film ?
Je travaille à lécriture dun scénario
adapté dun roman du XVIIIe siècle intitulé
Tristram Shandy. Ce sera une comédie interprétée
par Steve Coogan avec lequel javais travaillé sur 24
Hour Party People. Une partie sera consacrée à la
difficulté de transposer le roman à lécran,
et lautre à ladaptation elle-même.
Propos recueillis par Anthony Bobeau
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