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Sophie Dacbert

 

 

Amalgame

La décision du tribunal administratif d’annuler l’agrément de L’ex-femme de ma vie laisse pantois. En l’état des choses, le film de Josiane Balasko, produit par Josiane Balasko et Louis Becker, interprété par Karin Viard et Thierry Lhermitte, se retrouve du jour au lendemain, non seulement exclu juridiquement du système français, et donc apatride au moins au niveau du CNC, mais aussi frappé de plein fouet, économiquement parlant. Car sans agrément, tous les partenaires financiers sont menacés, notamment les diffuseurs (en l’occurrence France 2) qui sont de fait privés de soutien. Autant dire qu’il leur faudra un bel esprit de solidarité pour ne pas remettre en cause leur contrat de coproduction. La décision du TA appelle à bien d’autres observations, dont la première est l’amalgame fait entre le cas de L’ex-femme de ma vie et celui d’Un long dimanche de fiançailles. Est-il besoin de rappeler que c’est 2003 Productions, dont la première production déléguée est le film de Jean-Pierre Jeunet, l’objet originel du litige, en tant que société contrôlée par des Américains. Alors que les dossiers étaient censés être traités indépendamment, il est clair que c’est bien le second qui a soufflé la décision concernant le premier. Ubuesque, la situation l’est tout particulièrement pour les producteurs de L’ex-femme de ma vie, tous deux indépendants, dont on pouvait logiquement estimer qu’ils étaient à l’abri de la justice, au point d’ailleurs qu’ils n’ont même pas été convoqués par le tribunal. Passée la stupeur, l’imbroglio aura au moins le mérite de mettre l’accent sur l’urgence d’une redéfinition des règles de l’agrément, dont la dernière réforme remonte à 1998. À l’époque, il s’agissait avant tout d’inciter les producteurs à effectuer des dépenses en France. Aujourd’hui, il s’agit aussi de leur permettre – les indépendants en particulier –, de palier à la sélection de plus en plus rigoureuse des télévisions. Face à une mutation de l’environnement, amenée à s’accélérer, on ne pourra échapper, sinon à une réforme en profondeur, du moins à une véritable adaptation.

Vendredi 12 novembre 2004



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