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ENTRETIEN
DU FILM FRANCAIS
Renaud
Donnedieu de Vabres
Ministre de la Culture et de la Communication
Dans un entretien exclusif au Film français,
le locataire de la Rue de Valois évoque lensemble des
dossiers sensibles de la profession : réforme du soutien
à la production, crise des intermittents, piratage, télévision
numérique terrestre et réforme de la redevance. Premier
bilan, six mois après une arrivée controversée.
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Alors que va sortir Un long dimanche de fiançailles,
quelle est votre position sur la polémique liée à
2003 Productions ?
Mon sentiment est double. Tout dabord, je nai pas
à interférer dans un dossier actuellement examiné
par la justice. Mais quelle que soit lissue de cette procédure,
une question est néanmoins posée, celle de lemploi
et de lattractivité française en matière
de tournages. Je ne suis pas satisfait de la situation actuelle.
La France doit pouvoir accueillir le maximum de tournages et nous
devons réfléchir à adapter en ce sens notre
politique de soutien. Cest ainsi que jai obtenu que
le plafond du crédit dimpôt passe en 2005 de
500 000 à 1 ME pour favoriser laccueil de grosses productions,
génératrices demplois.
Quarrivera-t-il au cas où la justice tranche dans
le sens des plaignants dans ce dossier ?
La décision de justice, quelle quelle soit, posera
un problème pour lavenir. À nous de remettre
ensuite le dossier sur la table.
Cela signifie-t-il quil faudra changer de système
?
Cela voudra dire quil faut redéfinir le périmètre
de manière incontestable. Le soutien à la production
est pour moi un sujet essentiel et je souhaite donc quune
concertation sengage sous légide du CNC, avec
les uns et les autres, sur cette question.
Cette question figure sûrement dans la feuille de route
de Catherine Colonna, qui vient darriver au CNC ?
La mission de Catherine Colonna sinscrit directement
dans la lignée de celle menée par son prédécesseur
David Kessler. Pour moi, Catherine Colonna a dabord pour mission
de défendre tous les maillons de la chaîne cinématographique
et audiovisuelle. En effet, les bons chiffres observés cette
année ne doivent pas nous faire oublier la vigilance.
Et sur le fait que ce soit pour la première fois une
femme qui dirige le CNC
Jen suis très heureux ! Catherine Colonna a une
grande expérience des négociations internationales,
ce qui est précieux dans la période actuelle où
la défense de notre système daide au plan international
est cruciale. Jai pu men rendre compte la semaine dernière
à Shanghai où jai rencontré certains
de mes homologues étrangers qui considèrent encore
que la création na besoin daucune règle
!
Le fait quelle ne soit pas issue du secteur peut-il être
un avantage ?
Catherine Colonna saura défendre avec énergie
et talent les dossiers dont elle a la charge. Car je pense quelle
ne manque ni dénergie ni de talent.
Concernant les intermittents, où en sommes-nous aujourdhui
?
Jai fixé à mon arrivée un certain
nombre détapes dont celle dorganiser à
lissue des festivals dété un débat
national sur lavenir du spectacle vivant. Cest ainsi
que le 18 octobre, à mon initiative, 800 artistes et techniciens
ont parlé de leurs métiers, de leurs perspectives,
de leur enthousiasme, de leurs difficultés, pour mieux faire
comprendre à nos concitoyens les particularités de
leur vie professionnelle et donc les spécificités
de leur régime dindemnisation chômage. Mon but
est de parvenir à la mise en place dun système
nouveau et définitif. Dès le mois de juillet, des
mesures provisoires de soutien aux intermittents ont été
appliquées mais elles nont bénéficié,
pour linstant, quà un nombre encore limité
de personnes réintégrées dans le dispositif.
Un expert remettra au début du mois de novembre un rapport
sur lensemble des questions en suspens. Dans la continuité
des entretiens du spectacle vivant organisés le 18 octobre,
je tiens également à lorganisation dun
débat parlementaire sur les intermittents car le soutien
de la représentation nationale est indispensable à
la réussite de toute évolution. Ce débat aura
lieu le 7 décembre et il prouvera que la question de lactivité
culturelle est essentielle pour lavenir de notre pays. Et
ce nest pas moi, qui reviens de Chine pour le lancement de
lannée culturelle, qui vous dirais le contraire.
La question essentielle pour les intermittents demeure aujourdhui
encore les indemnisations
Pas uniquement car les questions de reconnaissance de la spécificité
des métiers culturels, de leur précarité, sont
aussi importantes. Si cela était seulement un problème
dargent, ce serait trop facile. Pour autant, toutes les Assedic
ont reçu début juillet une instruction afin de réintégrer
dans le dispositif les intermittents ayant réalisé
leurs 507 heures en 12 mois, contre 11 mois auparavant. Le budget
alloué à cette mesure était illimité
et les montants avancés au printemps ne létaient
quà titre indicatif. Il savère aujourdhui
quil y a moins de personnes que prévu à avoir
fait des démarches en ce sens. Jai reçu les
syndicats et réuni le Conseil national des professions du
spectacle en septembre. Et je me suis engagé sur une nouvelle
campagne dinformation afin que toutes les personnes concernées
soient bien informées. Nous travaillons actuellement sur
les mesures quil faudra mettre en place en 2005. Il ny
aura pas de no mans land.
Et au niveau des contrôles dans les entreprises ?
Beaucoup de contrôles sont en cours et il y a plusieurs
cas de figure. Il faut parfois requalifier les contrats de travail
en emploi permanent. Et puis, il y a des cas de fraude patente qui
nécessitent une exclusion du système et des sanctions.
Mais, le plus compliqué demeure la reconversion de nombreux
emplois. Cela nécessite des budgets absolument colossaux.
Nous procédons donc par étapes. Jai pour objectif
de maintenir lintermittence et les annexes 8 &10. Je ne
veux pas quelles disparaissent. Un certain nombre dactivités
artistiques, et tout particulièrement le cinéma, reposent
en effet sur un emploi partiel. Je veux un système pérenne
et équitable.
Le court métrage pourrait être le plus touché
par la réforme de lintermittence. Que comptez-vous
faire à ce sujet ?
Je peux vous dire que le court métrage ne sera pas la
cible privilégiée des contrôles menés
actuellement par les inspecteurs du travail. Le court métrage
est un genre qui doit être soutenu car il participe à
la découverte de nouveaux talents et à la formation
des créateurs. De plus, il sera bientôt aidé
par les fonds régionaux que lÉtat va abonder.
En renfort de laction de soutien du CNC, ces fonds régionaux
apportent une aide dautant plus déterminante et légitime
quelle sinscrit dans les politiques de formation professionnelle
dont les régions ont la responsabilité. Je suis confiant
dans laction conjuguée de lÉtat et des
régions au service de lemploi culturel et, dans le
cinéma, cela passe par le court métrage. Noubliez
pas quen tant que député, jai largement
aidé à la création dans ma région de
lAPCVL, un organisme à la pointe dans laide à
la production régionale.
Le piratage est un problème essentiel. Mais y a-t-il pour
autant des mesures réglementaires réellement capables
dendiguer un tel phénomène ?
Cest un dossier difficile qui suppose du courage et de
lintelligence. Lintelligence, cest de nêtre
ni censeur ni castrateur. Je pense quil peut y avoir une large
exposition de la culture via Internet, contrairement à ce
que certains veulent me faire dire. Je pense que les internautes,
pour la plupart des jeunes qui pianotent et téléchargent
sur Internet, ne se rendent pas compte des enjeux. Pour bien les
faire comprendre aux plus jeunes, je les compare à ceux de
lenvironnement. Il faut dans les deux cas des mesures de protection
afin déviter lépuisement des ressources.
Il nous appartient également de qualifier les pratiques frauduleuses,
notamment vis-à-vis des auteurs. Aujourdhui je nattends
quune chose : quil y ait un maximum de diffusion en
ligne légale et payante. Dans le domaine de la musique, jorganiserai
dès ce que cela sera possible, une nuit de la musique en
ligne afin de montrer que le ministère de la Culture nest
pas la maison des ringards mais celles des responsables. Dans le
domaine du cinéma, les choses nont pas été
aussi vite car il était jusquà maintenant plus
difficile et plus long de télécharger des films. Mais
avec la brutalité des évolutions technologiques, le
décalage est en train de se combler. Nous avons donc lancé
des groupes de travail avec les professionnels du cinéma
et les fournisseurs daccès. Nous devrions, à
nouveau, nous réunir début novembre.
Quand sera signée cette charte avec les professionnels
du cinéma ?
Aucune date nest fixée mais quil prenne
la forme dune charte ou pas, un accord serait souhaitable
avant la fin de lannée car cest une question
urgente, étroitement liée à la chronologie
des médias.
Est-ce que le gouvernement envisage de taxer les fournisseurs
daccès, notamment France Télécom, comme
on avait taxé auparavant la K7 vidéo ou le CD enregistrable
?
Nous verrons le moment venu quelles sont les mesures les plus
efficaces. Rien nest exclu. La réunion sur le piratage
au Festival de Cannes, en mai dernier, nous a montré quil
y avait des convergences desprit entre lEurope et Hollywood.
Mais, encore une fois, je ne serai jamais lennemi dInternet.
Passons aux dossiers audiovisuels. Les ministres se succèdent
et le discours des producteurs sur la carence des moyens octroyés
à la création audiovisuelle demeure, notamment pour
Francetélévisions.
Je sais que les recettes de Francetélévisions
viennent aux deux tiers de la redevance et au tiers à la
publicité et que la logique daudience simpose
aussi au président de la holding. Jai tout de même
veillé à laugmentation des moyens de la création
audiovisuelle via le budget de Francetélévisions mais
aussi par lextension du crédit dimpôt du
cinéma à laudiovisuel. 34 ME, ce nest
tout de même pas rien ! Cela devrait aider à relocaliser
les tournages de fiction en France.
Les producteurs et créateurs viennent de lancer une pétition
estimant que les exonérations de redevance portent
un coup fatal au service public. Que leur répondez-vous
?
Je comprends tout à fait quils demandent plus
de moyens. La seule limite est le cri dAntigone : Tout,
tout de suite, ou alors je refuse. Je trouve un peu audacieux
de dire que le produit de la redevance est figé alors que
jai fait en sorte que son évolution soit garantie en
adossant son recouvrement à la taxe dhabitation, qui
permet tout de même un meilleur contrôle et un meilleur
taux de recouvrement. Cest déjà une victoire
davoir maintenu une ressource affectée au secteur.
Les modes de consommation de la télévision vont évoluer
du poste de télévision vers lordinateur ou dautres
supports mais les téléspectateurs resteront concernés
par la redevance. Ce nest plus tout à fait une taxe
fondée sur le téléviseur mais plutôt
sur la réception de la télévision. Nous nous
sommes battus dans le même temps pour que les exonérations
sociales soient plus importantes et soutenues par lÉtat.
Il ne sagissait pas dintégrer directement le
financement de laudiovisuel dans le budget de lÉtat,
ce qui aurait été perçu par lopinion
publique comme une privatisation. Je rappelle que la privatisation
de laudiovisuel public nest pas à lordre
du jour des réflexions gouvernementales.
Lexonération de redevance des résidences
secondaires est, pour sa part, très mal perçue
Nous avons juste pris en compte une réalité :
trois quarts des foyers français ne paient quune redevance.
Je sais que plusieurs amendements parlementaires vont demander à
ce que les résidences secondaires soient taxées à
50% du coût de la redevance. Je donnerai alors la position
du gouvernement à ce sujet.
Dautres projets damendements, provenant de lUMP,
visent à relever le montant de la redevance de 3 € afin
de financer le projet de chaîne dinformation internationale
Le gouvernement répondra à cela devant les députés
en séance
Selon vous, ces amendements vont-ils dans le bon sens ?
Jai toujours dit que je me ferai porteur des besoins
de financement de laudiovisuel public. Je le dis et je le
redirai en séance. Il est évident quen contrepartie,
la notion de service public doit être très clairement
intelligible. Il ne doit pas y avoir duniformisation des programmes
entre les chaînes publiques et privées
Concernant la TNT, un report de quelques mois, comme il pourrait
samorcer, ne serait-il pas finalement une bonne chose pour
ne pas en rater le lancement ?
Il est tout dabord essentiel que le lancement de la télévision
numérique terrestre se fasse dans une clarté financière,
juridique et technologique. Il nest pas possible de lancer
ces nouvelles chaînes dans un climat de confusion. Jattends
donc les conclusions du rapport de monsieur Boudet de Montplaisir.
Il appartiendra alors au Premier ministre, au gouvernement et au
CSA de prendre en temps et en heure les décisions qui simposent.
Il faudra notamment que la norme choisie soit la meilleure pendant
un nombre dannées suffisant. Mais surtout, il est nécessaire
que les Français comprennent quils auront à
disposition une offre élargie gratuite. La sémantique
a beaucoup dimportance. De même que vous ne mentendez
pas parler dintermittents mais dartistes et de techniciens
du spectacle vivant, du cinéma et de laudiovisuel,
je ne parlerai jamais, concernant la TNT, de décodeur. Je
pense que ce mot, dans lesprit des Français, est connoté
à la télévision payante. Il faut trouver un
autre mot (boîtier ou adaptateur par exemple) afin que la
compréhension soit parfaite.
La date de lancement, fixée encore aujourdhui à
mars 2005, ne vous paraît-elle pas utopique ?
Je reconnais que lactualité contentieuse et technologique
ne nous facilite pas la tâche. Mais je reste très volontariste
sur ce dossier.
Vous avez, en six mois de responsabilité, été
très présent, notamment sur le terrain. Quel premier
bilan tirez-vous de votre action ?
Ma volonté première est mettre la vie culturelle
au cur de lactivité et du rayonnement dans notre
pays. Comme je lai dit récemment de manière
un peu polémique, je ne suis pas le ministre des vieilles
pierres et des troubadours
Je ne suis pas non plus Monsieur
La Fête ou Monsieur La Distraction
Jadore tout
cela mais dans le contexte actuel de mondialisation et de violence,
la culture doit être avant tout un lieu de rayonnement. Elle
demeure un domaine régalien de lÉtat. En passant
de la danse classique au hip hop ou de la musique électronique
aux archives nationales, je privilégie le décloisonnement,
louverture, la reconnaissance des uns par rapport aux autres.
Vous avez plutôt séduit la profession après
un accueil pour le moins circonspect lors de votre nomination
Cest vrai. Jai beaucoup lu et entendu sur mon compte
Peut-être ai-je finalement un peu plus de discernement et
de racines culturelles que les gens ne pouvaient limaginer.
Mais jai conscience de diriger une maison qui peut rapidement
devenir très électrique. Il faut rester
sur le qui-vive !
Propos recueillis par Sophie Dacbert et Fabrice
Leclerc
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