| ENQUÊTE
Court métrage : les clichés
ont la vie dure (fin)
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Frédérique amoureuse de Pierre
Lacan (Karé Productions).
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Les chaînes ont besoin du court
Pour Frédéric Joubaud, distributeur (Premium Films),
le court métrage est un genre télévisuel
par excellence. À lheure où les films font de
moins en moins daudience et où les programmateurs télé
privilégient les formats de fiction plus courts (cf. la forte
progression des séries et des 52), le court métrage
est un format promis à un bel avenir. Et à part
les derniers de la classe, TF1 et M6, les principaux hertziens en
diffusent. Mais, en dehors des efforts faits par Arte avec son magazine
Court circuit, la programmation en 3e partie de soirée reste
la règle sur le service public. Or, même à 1 h
du matin, il nest pas rare de voir un court fédérer
près de 200 000 spectateurs. Quant à Canal+, il reste
le principal diffuseur avec 250 films achetés par an, tous
genres confondus. Sans oublier CinéCinéma ou TPS, qui
offrent à leurs abonnés et aux réalisateurs
des diffusions de courts métrages en prime time. Avec
la généralisation du haut débit et larrivée
de linternet portable, il ne serait pas surprenant
de voir apparaître une nouvelle demande pour les formats courts.
La qualité technique et scénaristique des films séduira
sans aucun doute les diffuseurs de demain, poursuit Frédéric
Joubaud.
Le court métrage : une carte de visite pour passer au long
?
Une opinion bien ancrée qui a son fond de vérité.
Mais le court ne saurait se réduire au simple rôle de
marchepied, un terrain dexercice avant dentrer dans la
cour des grands. Il est comparable en ce sens à la pub ou au
clip, doù viennent certains réalisateurs, mais
avec, en plus, une certaine idée du cinéma. Les
courts métrages doivent être considérés
comme de vraies uvres de cinéma, insiste pour sa part
lAgence du court métrage. Peu importe que leurs réalisateurs
passent au long. Les films existent, doivent être vus et défendus
quelles que soient leurs durées. Les exemples sont nombreux
dans lHistoire du cinéma français, de classiques
qui durent moins dune heure (Un chien andalou, Lamour
existe, Partie de campagne, La jetée, etc.). Et noublions
pas les uvres de cinéastes contemporains qui nont
fait que des courts et ont été consacrés par
la critique sans être passés au long, tels que Pelechian,
Smolders ou encore Kobakhidzé. Mais, souligne le producteur
Axel Guyot (Films dAvalon), à force de nier la
dimension dapprentissage du film court, le secteur se referme
sur lui.
Pourtant, combien de réalisateurs prometteurs sont passés
avec succès au long métrage ? Pas tant que cela. Les
Jean-Pierre Jeunet, Erick Zonca, François Ozon ou encore Laetitia
Masson ne sont pas monnaie courante, même si une nouvelle génération
est en train démerger : Éric Guirado, Delphine
Gleize, Chad Chenouga, Joël Brisse, Pascale Breton entre autres.
Comme le rappelle le producteur Sébastien de Fonseca (Château
Rouge), les réalisateurs qui font des courts dont la
seule ambition est dêtre des cartes de visite arrivent
très rarement à leurs fins. Lair de rien, le milieu
a besoin de sincérité et de talent !
Pour une majorité de producteurs, le court nen demeure
pas moins un secteur recherche et développement.
Les courts métrages sont des entités cinématographiques
à part entière. Néanmoins, sur le long terme,
ils nous permettent de développer une relation, de travailler
à la maturation dun talent et éventuellement de
convaincre des partenaires financiers de nous suivre sur un long métrage,
précise ainsi Emmanuel Agneray (Bizibi).
Et si on parlait diversité ?
Mais pour développer quel type de cinéma ? Selon
Antoine Rein (Karé Productions), le milieu du court métrage
subit parfois un racisme par rapport au long : si le cinéma
dauteur a plus de mal à convaincre les investisseurs
en long, cest le cinéma de divertissement qui a plus
de mal à séduire les investisseurs de courts.
Faux débat, rétorque lAgence du court métrage.
Il y a des auteurs dans le genre et des tâcherons dans les films
intimistes. Peut-être est-il plus confortable de pointer du
doigt le soi-disant formatage induit par les commissions de lecture
de scénarios, de miser sur un soi-disant retour du film de
genre avec plein de pseudos jeunes talents piaffant dêtre
le nouveau Besson , plutôt que de reconnaître que
la plupart des comédies et des films de genre produits en France,
courts et longs confondus, ne sont pas aboutis. Réponse
du département court métrage dEuropaCorp animé
par Katia Sourzac et Julien Hossein : le film court de genre
ne peut en aucun cas exister, à part quelques exceptions, car
il est privé de subventions. Pour monter de tels projets, les
producteurs sont face à des obstacles financiers insurmontables.
Il est dommage quil ny ait pas une plus grande pluralité
dans le court métrage. Il y a un manque dambition
esthétique, artistique et politique incroyable chez les auteurs,
dans les commissions, sur les chaînes, dans les festivals, etc.
Heureusement quelques exceptions font toute la beauté de ces
métiers
, conclut Sébastien de Fonseca. Confirmation
ou démenti dans les films proposés cette année
par le 26e cru Clermontois.
Patrice
Carré
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