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Un cru assaini autour de 203 films agréés

Le dynamisme de la production agréée par le CNC se confirme avec un recentrage sur les budgets moyens, et s’ajoute aux belles performances en salle des films français .

 
  Man to Man de Régis Wargnier, un des neuf devis supérieurs à 15 M€.

Avec 203 films agréés dont 167 d’initiative française (FIF), les premières statistiques tirées de l’agrément du Centre national de la cinématographie confirment le dynamisme de la production, franchissant la barre des 200 films pour la quatrième année consécutive. Certes, ces chiffres sont en diminution par rapport à 2003, avec neufs films en moins au total et surtout un recul de 16 FIF. Toutefois, l’année 2003 constituait un record historique, avec 212 films dont 183 FIF. Et elle attestait d’une tendance inquiétante depuis plusieurs années : la bipolarisation de la production entre les films à très gros budgets et ceux à petits et tout petits budgets, au détriment des devis moyens, considérés traditionnellement comme le cœur de la production française et souvent les plus rentables.

Plusieurs éléments en 2004 vont dans le sens d’un meilleur financement des films et un relatif recentrage de la production vers des devis moyens. D’abord, la baisse des FIF s’accompagne d’une augmentation des investissements français (+45,3 M€), signifiant un meilleur financement global par film. Et si les investissements étrangers diminuent (bien que l’agrément d’Alexandre en 2003 avec ses 180 M€ fausse en partie les statistiques), la progression des fonds français dans les FIF (+65 M€) compense le recul des apports étrangers (-38M€) sur ces films.

La répartition par devis affiche un meilleur équilibre, avec une forte progression des films entre 5 et 7 M€ (33 contre 20, tous à 5,34 M€, seuil de la fameuse clause de diversité). La tranche la plus élevée, de +15 M€, diminue légèrement (9 films contre 11), et celle de 10 à 15 M€ progresse fortement de 7 à 15 films. Au total 21 films présentent des devis supérieurs à 10 M€, ce qui constitue un record sur les cinq dernières années. À l’opposé du spectre, les plus petits budgets, de moins de 1 M€, dont le nombre avait explosé depuis 2001, chutent de moitié (20 contre 41) ! Parmi eux, la moitié sont des documentaires. Pour les autres, on pourra y voir les conséquences d’un meilleur financement, mais peut-être aussi les premiers effets de la réforme des intermittents sur ces films les moins bien financés ? Le renforcement des devis moyens et des budgets de 10 à 15 M€, combiné au recul des petits budgets conduit à une progression sensible du devis moyen à 5,34 M€ contre 4,63M€, comme du devis médian (3,92 contre 2,6 M€).

Autre élément marquant de ce premier bilan statistique : le succès du crédit d’impôt cinéma. Les producteurs français ont largement sollicité ce nouveau mécanisme : 111 films sur les 167 FIF en ont bénéficié. Du coup, le nombre de coproductions majoritaires françaises avec l’étranger recule nettement : 37 films contre 78 en 2003, 57 en 2002 et 46 en 2001. À noter qu’en 2004, les restrictions d’accès au “Sale and lease” ont obéré le nombre de coproductions britanniques. Il reste que la création du crédit d’impôt a produit l’effet recherché en terme de lutte contre la délocalisation des tournages (les coproductions étrangères entraînant souvent des contreparties de dépenses locales), en plus de son objectif de complément de financement. Ainsi, si le nombre de semaines de tournages diminue corrélativement au nombre total de films, les producteurs français ont eu moins besoin de tourner à l’étranger : le nombre de semaines de tournage sur notre territoire augmente sensiblement, passant de 785 à 913 semaines en 2004 (+16%), et celui des semaines de tournage à l’étranger de 516 à 317.

Ce premier bilan positif de la production en 2004 est conforté côté exploitation par les bonnes performances des films français. Avec une part de marché de 38,4% pour 74,7 millions d’entrées, ils réalisent leur deuxième meilleure performance depuis 1985, après 2001. La hausse de la fréquentation (194,4 millions d’entrées selon le CNC) a donc largement bénéficié à la production française. Outre Les choristes avec 8,6 millions d’entrées et Un long dimanche de fiançailles avec 4,5 millions d’entrées, six autres films ont dépassé 2 millions de spectateurs (Podium, Deux frères, Les 11 commandements, L’enquête corse, Les rivières pourpres et Mariages). Sans compter 33 films qui ont engrangé plus de 500 000 spectateurs. Des résultats qui confirment un mouvement amorcé en 2001 d’un retour des spectateurs vers un cinéma français plus ouvert sur le public, au risque de quelques ratages exemplaires parmi les plus gros budgets (San Antonio, Les fils du vent) et au détriment certes d’un cinéma d’auteur plus pointu. On ajoutera aux bons résultats en production et en exploitation une meilleure audience (enfin) des films français sur les chaînes généralistes. Bref, des performances encourageantes en ce début d’année.

Sarah Drouhaud

Vendredi 14 janvier 2005

 

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