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DÉJEUNERS DU FILM FRANCAIS

Ce mois-ci, Le film français a invité au Flora Danica les comédiens Olivia Bonamy pour Mariage mixte, Clément Sibony pour Osmose et Emma de Caunes pour Ma mère mis en scène par Christophe Honoré, ainsi que Pierre Schoendoerffer, réalisateur de Là-haut, un roi au-dessus des nuages.

Christophe Honoré

Pas trop déçu que Ma mère ne soit pas en compétition au prochain Festival de Cannes ?
Je suis surtout triste et furieux de l’inconséquence avec laquelle nous avons été traités. Nous sommes victimes d’une lutte qui nous dépasse entre Gilles Jacob et Thierry Frémaux. Nous avions présenté Ma mère voici un mois en précisant au comité de sélection que nous le sortirions en mai. Le Festival s’est alors engagé à nous dire suffisamment tôt si nous serions retenus ou pas. Alors qu’ils nous avaient fait part de leur intérêt pour le film, les organisateurs nous ont laissés mettre en place notre sortie comme prévu. Le week-end précédant l’annonce de la sélection, il nous a été proposé de présenter le film hors-compétition à minuit. Cela nous a été reconfirmé plus tard. Or, au dernier moment, le film n’a pas été retenu. Le conseil d’administration du Festival nous a évincés.

Pensez-vous que ce refus cannois puisse porter préjudice à votre sortie le 19 mai dans 150 salles ?
La sortie est périlleuse. J’espère qu’elle se passera bien. Il n’était pas possible de changer de date car les salles sont réservées, tout comme les emplacements publicitaires. En tant que jeune cinéaste, je me suis retrouvé dans un panier de crabes où je n’ai rien à faire. Tout le monde sait que c’est difficile pour un film français d’être en compétition à Cannes, et maintenant cela devient risqué de proposer simplement un film à la sélection. Je me demande aussi pourquoi les Américains apprennent leur sélection à l’avance et peuvent ainsi mieux profiter de l’effet d’annonce que les films français. Cannes doit être une vitrine du cinéma français.

Pour revenir au film, pourquoi avez-vous choisi de vous attaquer au roman Ma mère de Georges Bataille ?
Bataille a été un de mes guides d’écriture pour mes premiers livres. Et puis, je n’avais pas envie de m’installer dans la routine après 17 fois Cécile Cassard. Le radicalisme de Bataille pouvait me permettre d’aller dans une direction inattendue pour un deuxième film. Cela m’obligeait à rester ambitieux. Il est vrai aussi que les rapports mère/fils font aussi partie des thèmes que j’explore dans mes romans.

Comment s’est déroulé votre travail d’adaptation ?
Il fallait pouvoir incarner les idées et les théories de Bataille car Ma mère est un livre très philosophique sur le désir et le lien consanguin. Je devais aussi respecter l’esprit de transgression, or les tabous ne sont plus les mêmes aujourd’hui qu’à l’époque de Bataille. J’ai donc transposé l’action dans un lieu de tourisme industriel.

Ma mère a-t-il été difficile à monter ?
Il a été refusé à l’avance sur recettes et par les chaînes de télévision. Arte a cependant fini par le préacheter, et Canal+ est venu. Dès que vous voulez faire un film qui échappe à la ligne de conduite générale, tout devient beaucoup plus compliqué. Certains producteurs m’ont demandé de faire un film plus aimable. Il fallait bien la force de Paulo Branco pour porter un tel film.

Des projets ?
Je monte deux pièces au Festival de Dijon. Je prépare aussi un nouveau roman. Quant au cinéma, je dois avouer que je suis un peu découragé en ce moment.

Propos recueillis par Anthony Bobeau

 

Vendredi 14 mai 2004
   Christophe Honoré
   Clément Sibony
   Pierre Schoendoerffer
   Olivia Bonamy
   Emma de Caunes

 

 

 

 


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