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Télé par ADSL : la bataille ne fait que commencer !

La télévision via ADSL en est à ses début. Quelques semaines après le lancement des trois premières offres, et alors que la technologie semble désormais au point, les premiers chiffres d’abonnement tombent. Avec eux, les premières mesures juridiques aussi ! Quid d’un marché qui ne demande qu’à se développer...

 
La TV via ADSL entend percer progressivement dans un marché en plein développement : 3 millions d’abonnés à l’ADSL fin 2003, 4 millions espérés à fin 2004.
Il y a quelques mois à peine, la télévision par ADSL – Asymetric Digital Subscriber Line/Internet rapide par les fils du téléphone – était encore inconnue des téléspectateurs. Il aura fallu la détermination légendaire de Patrick Le Lay et sa farouche volonté à contrer le développement de la TNT pour que la technologie sorte de l’ombre. En mars 2003, lors d’un colloque organisé par NPA Conseil et Satellifax sur le thème de la télévision sur ADSL, le président de TF1 affirmait vouloir lancer la commercialisation de son offre fin 2003, début 2004 : “TF1 travaille depuis plus de trois ans à la télévision via ADSL. Ce n’est pas une idée en l’air. L’ADSL est aujourd’hui une technologie qui fonctionne. Il ne reste plus qu’à foncer…” Neuf mois plus tard, Patrick Le Lay relevait le défi et lançait TPS L. Quinze jours à peine avant la fin 2003… Il était néanmoins coiffé au poteau par un outsider : Free TV, le fournisseur d’accès à internet et opérateur alternatif de télécommunications depuis 1999, filiale du groupe Iliad. Et dans la course soudain effrénée à la télévision via ADSL, CanalSatellite accélérait lui aussi la cadence. Son offre, au départ prévue pour la fin du printemps 2004, est finalement lancée le 22 mars !

La télévision via ADSL est-elle appelée à un grand avenir ? Les premiers résultats des trois offres actuellement proposées sont assez disparates et surtout relativement modestes. On n’en est encore qu’au stade de l’expérimentation ! Free aurait 160 000 abonnés à sa Freebox qui permet de s’abonner à sa Free TV, mais on ne sait pas combien de foyers ont effectivement choisi l’offre de télévision via ADSL. Selon un confidentiel de la lettre quotidienne Satellifax (en date du 19 avril), l’opérateur aurait enregistré, en un peu plus d’un mois depuis le lancement des abonnements via la Freebox, entre 20 000 et 30 000 abonnements aux chaînes proposées. Une belle performance au regard des chiffres qui circulent autour de TPS L et qui font état de seulement quelques milliers d’abonnés entre Lyon et Paris ! De son côté, CanalSatDSL n’avance aucun chiffre sur Marseille un peu plus d’un mois après son lancement…

Néanmoins, la télévision via ADSL est en marche ! Elle entend percer progressivement dans un marché en plein développement : 3 millions d’abonnés à l’ADSL fin 2003, et 4 millions espérés à la fin 2004. Elle se positionne en complément du satellite, puisqu’elle touche plus spécifiquement les foyers urbains qui n’ont pas la possibilité d’installer une parabole. Rien à voir non plus (ou si peu) avec la TNT qui s’adressera à une plus large population, séduite non pas par une offre pointue et multiple, mais par une offre réduite, populaire et bon marché. Son concurrent direct, c’est le câble, dont la pénétration est plus importante dans les zones urbaines, mais l’ADSL a sur lui un sérieux avantage : sa simplicité d’installation ! Il suffit d’aller louer un décodeur et de procéder à deux branchements. Si piège il y a, sauf chez Free, c’est dans les frais de mise en œuvre, la location du décodeur, et les coûts d’abonnements qui, additionnés, peuvent atteindre près de 200 euros le premier mois !

Aujourd’hui, donc, le marché s’organise dans une perspective commerciale encore incertaine, et dans un flou juridique pour le coup certain. Les appels à la justice pour concurrence “déloyale” fleurissent et les premières mesures tombent. Ainsi, le conseil de la concurrence, à la demande des sociétés Iliad, LDCom et N9uf Telecom, a prononcé le 15 avril trois injonctions à l’encontre de TPS et France Telecom, qui épinglent leurs pratiques en matière de télévision par ADSL. L’une d’entre elles enjoint les deux groupes “d’informer, sur tous leurs supports publicitaires, les consommateurs de l’incompatibilité de l’offre Ma Ligne TV/TPS L avec le dégroupage par un opérateur alternatif de la ligne de l’abonné pour l’accès internet haut débit”. De plus, face au refus de TF1 et M6 de négocier toute reprise de leur signal par d’autres opérateurs que TPS, le conseil de la concurrence a considéré qu’il n’était pas imposssible que l’exclusivité de diffusion de TF1 et M6 sur TPS L constitue une pratique restrictive de concurrence et a estimé que “cette pratique ne pouvait entrer dans le champ de l’exemption accordée, en 1999, à TPS, et qui lui permet de bénéficier de cette exclusivité sur la télévision par satellite”. Cela dit, le conseil de la concurrence, qui n’a pas jugé approprié de prononcer, à ce stade, des mesures conservatoires, prendra des mesures au fond d’ici un an à un an et demi. La bataille continue donc. Car ce qui compte avant tout, comme pour tout autre moyen de diffusion des images, c’est la qualité de l’offre. Et là, les forces en présence ont du répondant !

Carole Villevet

Vendredi 14 mai 2004


"Si piège il y a, c’est dans les frais de mise en œuvre de l’ADSL qui peuvent atteindre 200 E."


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