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PORTRAIT
DU FILM FRANCAIS
Lee
Chang-Dong : Réalisateur et ministre de la Culture coréen.
À loccasion de la sortie tant attendue
sur les écrans français dOasis, son quatrième
long métrage primé au festival de Venise 2002, Lee
Chang-dong nous parle de cinéma et de politique. Car, depuis
un an, le cinéaste coréen est également ministre
de la Culture de son pays.
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Oasis raconte une histoire damour peu commune
entre une jeune fille paralysée et un simple desprit,
comment lidée vous en est venue ?
Une histoire damour peu commune ? Je pense au contraire quil
sagit dune histoire très ordinaire. Quand on
tombe amoureux, surtout la première fois, on se demande comment
quelquun peut nous aimer, ce quil ou elle peut bien
nous trouver. On se trouve laid, inintéressant. La merveille
de lamour repose sur la découverte que lon peut
être beau pour quelquun dautre. Et quand je dis
beau, je ne veux pas dire seulement physiquement. Avec Oasis, jai
voulu filmer une histoire damour entre deux êtres que
la société juge a priori laids. Et puis cest
un film sur la confrontation de cet amour avec la réalité.
Et sur la communication entre deux êtres que tout sépare,
sauf lamour.
Lactrice du film, Moon So-ri, a reçu le prix dinterprétation
à Venise pour son travail de composition. Le choix des acteurs
a-t-il été difficile ?
Non, dans le sens où les deux acteurs principaux avaient
déjà tourné avec moi dans mon film Peppermint
Candy et voulaient tenter une nouvelle aventure. Mais pour Moon
So-ri, jouer une jeune fille atteinte de paralysie cérébrale
a été un grand défi, physique et professionnel.
On ne sait en effet jamais ce que ce genre de rôle vous réserve
pour lavenir et comment il va affecter vos futures propositions
de travail. Je dois dire quelle sen est merveilleusement
bien sortie.
Vous avez réalisé quatre films depuis le début
des années quatre-vingt dix, avez-vous besoin de faire mûrir
chacun de vos projets ?
Je ne pourrais jamais, je crois, réaliser un film tous les
ans, ou tous les deux ans, avec une régularité de
métronome. Tout dabord, je suis paresseux et puis les
idées ne me viennent pas rapidement et quand finalement elles
viennent, je dois les laisser se développer, les laisser
prendre forme. Durant cette période de maturation, je lis
beaucoup et rencontre mes amis.
Comment êtes-vous arrivé au cinéma ?
Je me considérais comme un écrivain depuis lâge
de 18 ans. Jai écrit plusieurs livres mais, à
chaque fois, le travail décriture devenait de plus
en plus douloureux. Peut-être suis-je trop paresseux mais
lécriture me prenait de plus en plus de temps. De plus,
le doute ma vite saisi : mes romans allaient-ils vraiment
changer le monde ? Quand jai approché la quarantaine,
jai voulu me punir et suis passé au cinéma en
tant quassistant-réalisateur. Ce nétait
pas par amour pour le cinéma. Le poste dassistant-réalisateur
est particulièrement difficile en Corée. Jai
coécrit le scénario de Starry Island de Park Kwang-soo
et lai assisté à la réalisation. Aujourdhui,
japprécie le rôle de réalisateur car finalement
on ne fait rien, à part donner des indications à léquipe
qui fait tout le travail à votre place.
Quel est votre prochain projet de film ?
Je devrais être en plein tournage à lheure
où je vous parle si je navais pas accepté dêtre
ministre ! Jai cette idée depuis un an : lhistoire
de gens ordinaires menant une vie misérable dans une petite
ville de Corée. Je voudrais montrer la beauté qui
se cache dans leur vie.
Pourquoi avoir accepté dêtre ministre de
la Culture de votre pays ?
Jai attendu le dernier moment pour donner mon accord.
Je ne me voyais pas faire un travail de ministre, ou même
de fonctionnaire. Mais jai soutenu le président actuel,
No Moo-huyn, lors de sa campagne et il a fallu que jaille
au bout de mes convictions. Lhistoire de Corée a toujours
été cruelle pour les réformateurs, alors il
me semblait important dajouter ma pierre à lédifice
et faire en sorte que lHistoire se trompe au moins une fois.
Quespérez-vous accomplir à ce poste ?
La Culture aide les gens à communiquer entre eux. En
Corée, nous avons toujours eu un problème de communication.
Nous nous définissons toujours, 14 ans après la chute
du mur de Berlin, comme un pays rongé par la guerre froide.
Nous pensons toujours en terme dennemi extérieur.
Celui-ci nexiste pas seulement sous la forme de lautre
Corée mais également au sein des classes sociales.
Jaimerais que la Culture soit un pont au sein de cette société
fracturée.
Le cinéma coréen connaît un essor particulier
depuis quelques années, à quoi lattribuez-vous
?
Le cinéma coréen a fait de gros progrès en
nombre de films produits et en qualité depuis quelques années.
Ce sont les jeunes, leur volonté surprenante et leur assurance
qui font la vitalité du cinéma coréen aujourdhui.
Sans parler du public coréen qui le soutient énormément
en allant le voir dans les salles de cinéma. Par le passé,
le public croyait que le cinéma américain était
proche de lui, plus maintenant.
Quels sont, selon vous, les réalisateurs les plus prometteurs
de la nouvelle vague coréenne ?
Le pessimisme et loptimisme coexistent quand on parle
de lavenir du cinéma coréen. Loptimisme
prend sa source dans la diversité du jeune cinéma
coréen et dans lengouement du public. Mais je ne crois
pas que lon puisse parler dune nouvelle vague coréenne
tant les réalisateurs sont différents et les genres
traités variés. Je ne voudrais pas donner de noms,
cest encore trop tôt pour dire qui sont les plus prometteurs.
Quels sont, selon vous, les rapports entre cinéma et
politique ?
Il nexiste aujourdhui presque plus de film politique
au sens où un film ne fait plus la critique dune société
comme il le faisait autrefois. Le public veut échapper à
la réalité quand il va au cinéma, doù
la force des films hollywoodiens. Ceux-ci détiennent le quasi
monopole de la réalité fantasmée, une réalité
qui nexiste pas mais qui rend joyeux, comme dans un jeu vidéo.
Mais où est la poésie ? Et Oasis, film politique
ou film poétique ?
Oasis est tout dabord un film damour, un film sur
lamour. Et puis un film sur la communication entre deux êtres
exclus de la société. De ce point de vue, Oasis peut
être considéré comme un film politique.
Propos recueillis par AgnÈs Catherine Poirier
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