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Robert
Jones : largent public au secours du cinéma anglais
(suite)
Les
producteurs britanniques se plaignent de ne plus pouvoir financer
des films entre 5 et 8 Me. Que leur répondez-vous ?
Ceci nest pas vraiment une question pour le Film Council.
Les coûts de production de certains films sont aujourdhui
très élevés en Grande-Bretagne. Des films
qui coûtaient voici quelques années entre 2,5 et
4 M£ coûtent aujourdhui entre 5,5 et 7 M£.
Au même moment, la valeur que lon peut retirer du
marché britannique est loin darriver à cette
hauteur. Nous nous retrouvons donc devant un déséquilibre
car nous faisons des films qui ne récupèrent pas
leur mise sur le marché national. Si vous êtes producteur
et que vous cherchez à financer un film dans cette fourchette,
vous navez pas le choix, il vous faudra trouver de largent
en dehors de la Grande-Bretagne. Or il est de plus en plus difficile
de pré-vendre un film britannique auprès dun
distributeur étranger. Et si vous arrivez à intéresser
un distributeur ou un vendeur à linternational, on
vous demandera inévitablement un droit de regard sur le
casting. Nous devons, au Film Council, essayer de résoudre
ce problème en donnant aux producteurs les moyens de se
battre et de simposer. Mais, pour le moment, les producteurs
britanniques sont obligés daccepter les exigences
de leurs financiers étrangers.
Certains producteurs se sont étonnés des lenteurs
bureaucratiques au sein du Film Council
Je ne peux évidemment répondre que pour le
fonds de soutien dont je suis responsable. Or, je ne comprends
pas bien cette critique car je suis tout à fait accessible.
Je les encourage à venir me parler. Je suis un praticien,
jai été distributeur et producteur. Je nai
pas oublié ce que jai appris. Au Premiere Fund, nous
répondons à toute demande dans un délai de
cinq semaines. Nous sommes peut-être une organisation gouvernementale
mais, contrairement à la majorité de nos homologues,
nous sommes des praticiens, et non des bureaucrates. Nous sommes
des acteurs au sein de lindustrie, pas à côté.
Je naurais pas accepté cette position si je nétais
personnellement convaincu de notre capacité à être
efficaces, plus même que des sociétés privées.
Quelle place tiennent les considérations de profit
dans vos décisions ?
Nos décisions sont prises pour le bien de lindustrie
tout entière. Nous nessayons pas de transformer le
Film Council en un organisme superprofitable. Nous
voulons consolider lindustrie. Et quand on nous reproche
de nous comporter comme un studio hollywoodien, je ne le prends
pas pour une critique. Il me semble que la référence
est cependant erronée. Le profit est une donnée
importante mais pas centrale de la politique du Film Council.
Nous rejetons les projets pour des raisons dordre créatif
et non de profit. Nous devons être dabord convaincus
de la validité créative dun projet avant même
de nous pencher sur son côté commercial et financier.
Le premier film que vous financez est le film de Robert Altman,
Gosford Park, à hauteur dun cinquième de votre
budget annuel. Avait-il besoin de largent public britannique
?
Il nexiste pas de films plus faciles à financer
que dautres. Et qui peut juger quun film va trouver
un financement ou non ? Moi, je ne sais pas. Le processus de production
dun film est tellement difficile et arbitraire que personne
ne peut dire sil aurait pu être réalisé
sans notre aide. Ce genre de critique est intentionnellement naïve.
Lautre question à laquelle il faut répondre
est : pourquoi un producteur est venu nous trouver, nous ? Nous
ne sommes pas là pour produire à la chaîne
tant de projets par an ou tel quota de films. En faisant appel
à nous, les producteurs indiquent un choix clair : bénéficier
de notre expertise et des conditions avantageuses de financement
que nous leur offrons. Cest ici que le Premiere Fund peut
faire la différence dans un marché aussi fragmenté
que le nôtre, dans lequel les producteurs ont du mal à
conserver les droits de leurs films. Nous sommes là pour
les aider à renforcer leurs structures afin quils
puissent, à lavenir, développer et étendre
leurs activités, par exemple.
Vous avez également contribué au financement
du prochain film de Patrice Leconte, pourquoi ?
Ciné B a postulé auprès de notre fonds
de soutien et nous avons beaucoup aimé le scénario.
Et puis jai un faible pour Johnny Hallyday ! Plus sérieusement,
le projet bénéficiait de la présence dun
producteur britannique, Tubedale Films, ce qui a facilité
notre décision. Par ailleurs, Patrice Leconte est un auteur
reconnu dans le monde entier et commercial, ce qui nous ravit.
Quel est le dernier film français que vous avez vu
?
Sous le sable, de François Ozon. Jai beaucoup
aimé.
Propos recueillis par Agnès Catherine Poirie

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