" Il ne s’agit pas de transformer le Film Council en un organisme “superprofitable”mais de consolider l’industrie cinématographique britannique tout entière."


 
 
















 
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Edition du Vendredi 15 mars 2002
 
 

Robert Jones : l’argent public au secours du cinéma anglais (suite)

Les producteurs britanniques se plaignent de ne plus pouvoir financer des films entre 5 et 8 Me. Que leur répondez-vous ?
Ceci n’est pas vraiment une question pour le Film Council. Les coûts de production de certains films sont aujourd’hui très élevés en Grande-Bretagne. Des films qui coûtaient voici quelques années entre 2,5 et 4 M£ coûtent aujourd’hui entre 5,5 et 7 M£. Au même moment, la valeur que l’on peut retirer du marché britannique est loin d’arriver à cette hauteur. Nous nous retrouvons donc devant un déséquilibre car nous faisons des films qui ne récupèrent pas leur mise sur le marché national. Si vous êtes producteur et que vous cherchez à financer un film dans cette fourchette, vous n’avez pas le choix, il vous faudra trouver de l’argent en dehors de la Grande-Bretagne. Or il est de plus en plus difficile de pré-vendre un film britannique auprès d’un distributeur étranger. Et si vous arrivez à intéresser un distributeur ou un vendeur à l’international, on vous demandera inévitablement un droit de regard sur le casting. Nous devons, au Film Council, essayer de résoudre ce problème en donnant aux producteurs les moyens de se battre et de s’imposer. Mais, pour le moment, les producteurs britanniques sont obligés d’accepter les exigences de leurs financiers étrangers.

Certains producteurs se sont étonnés des lenteurs bureaucratiques au sein du Film Council…
Je ne peux évidemment répondre que pour le fonds de soutien dont je suis responsable. Or, je ne comprends pas bien cette critique car je suis tout à fait accessible. Je les encourage à venir me parler. Je suis un praticien, j’ai été distributeur et producteur. Je n’ai pas oublié ce que j’ai appris. Au Premiere Fund, nous répondons à toute demande dans un délai de cinq semaines. Nous sommes peut-être une organisation gouvernementale mais, contrairement à la majorité de nos homologues, nous sommes des praticiens, et non des bureaucrates. Nous sommes des acteurs au sein de l’industrie, pas à côté. Je n’aurais pas accepté cette position si je n’étais personnellement convaincu de notre capacité à être efficaces, plus même que des sociétés privées.

Quelle place tiennent les considérations de profit dans vos décisions ?
Nos décisions sont prises pour le bien de l’industrie tout entière. Nous n’essayons pas de transformer le Film Council en un organisme “superprofitable”. Nous voulons consolider l’industrie. Et quand on nous reproche de nous comporter comme un studio hollywoodien, je ne le prends pas pour une critique. Il me semble que la référence est cependant erronée. Le profit est une donnée importante mais pas centrale de la politique du Film Council. Nous rejetons les projets pour des raisons d’ordre créatif et non de profit. Nous devons être d’abord convaincus de la validité créative d’un projet avant même de nous pencher sur son côté commercial et financier.

Le premier film que vous financez est le film de Robert Altman, Gosford Park, à hauteur d’un cinquième de votre budget annuel. Avait-il besoin de l’argent public britannique ?
Il n’existe pas de films plus faciles à financer que d’autres. Et qui peut juger qu’un film va trouver un financement ou non ? Moi, je ne sais pas. Le processus de production d’un film est tellement difficile et arbitraire que personne ne peut dire s’il aurait pu être réalisé sans notre aide. Ce genre de critique est intentionnellement naïve. L’autre question à laquelle il faut répondre est : pourquoi un producteur est venu nous trouver, nous ? Nous ne sommes pas là pour produire à la chaîne tant de projets par an ou tel quota de films. En faisant appel à nous, les producteurs indiquent un choix clair : bénéficier de notre expertise et des conditions avantageuses de financement que nous leur offrons. C’est ici que le Premiere Fund peut faire la différence dans un marché aussi fragmenté que le nôtre, dans lequel les producteurs ont du mal à conserver les droits de leurs films. Nous sommes là pour les aider à renforcer leurs structures afin qu’ils puissent, à l’avenir, développer et étendre leurs activités, par exemple.

Vous avez également contribué au financement du prochain film de Patrice Leconte, pourquoi ?
Ciné B a postulé auprès de notre fonds de soutien et nous avons beaucoup aimé le scénario. Et puis j’ai un faible pour Johnny Hallyday ! Plus sérieusement, le projet bénéficiait de la présence d’un producteur britannique, Tubedale Films, ce qui a facilité notre décision. Par ailleurs, Patrice Leconte est un auteur reconnu dans le monde entier et commercial, ce qui nous ravit.

Quel est le dernier film français que vous avez vu ?
Sous le sable, de François Ozon. J’ai beaucoup aimé.

Propos recueillis par Agnès Catherine Poirie


 
 
 
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