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ENTRETIEN
DU FILM FRANCAIS
Kon
Satoshi : Réalisateur
Découvert en 2001 par Nouvelles images du
Japon, Kon Satoshi était, en décembre dernier, lun
des invités dhonneur du célèbre festival
danimation japonaise organisé par le Forum des images.
Un jeune auteur très prometteur qui, après le succès
de Perfect Blue, est venu présenter devant un public conquis
ses deux derniers films : Millennium Actress et Tôkyô
Godfathers.
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Vos trois longs métrages danimation
sont clairement destinés à un public adulte. Est-ce
difficile de travailler dans cette direction au Japon ?
Au Japon, limage générale de lanimation
reste très liée au public enfantin. Il y a donc, comme
ailleurs, une vraie difficulté à convaincre les producteurs
de produire des films danimation destinés aux adultes.
Entre Perfect Blue, Millennium Actress et Tôkyô Godfathers,
il y a une évidente progression quant à la qualité
de lanimation. Quelle est votre méthode de travail
?
Ma façon daborder lanimation est des plus
classiques. Je ne connais quune méthode pour faire
apparaître à lécran les personnages tels
que je les ai en tête. Il sagit de travailler encore
et encore sur le dessin. Cest la clef de tout. En ce qui concerne
la progression de la qualité de mes films, cela tient au
fait quils ont tous les trois été réalisés
dans le même studio, avec la même équipe. Ils
savent parfaitement ce que je veux. Le savoir-faire et la communauté
de conscience que lon partage dans un groupe avec lequel on
a lhabitude de travailler est décisif en animation.
Quel est le budget de Tôkyô Godfathers ?
Sur ce film, jai réussi à obtenir un budget
plus important que sur mes précédents films, soit
260 millions de yens (environ 2 M€).
Quel est le budget moyen dun long métrage danimation
au Japon ?
Cest très difficile de répondre. Pour des
grosses productions japonaises, comme les films des studios Ghibli
[le studio de Miyazaki et Takahata, Ndlr], cela peut monter jusquà
2 à 3 milliards de yens (15 à 23 M€). Un film
comme Metropolis a un budget de 1,2 Md¥ et Steamboy de 2 Md¥.
Mais cest assez exceptionnel. Je pense que pour un long métrage
danimation, un budget correct se situe au minimum à
500 M¥ (environ 4 M€).
Le succès de lanimation japonaise dans le monde
se traduit-il par une augmentation des budgets ?
Pas spécialement. Au contraire, nous devons faire face
aux conséquences de la forte augmentation de la production
de séries animées au Japon. Et comme la communauté
des animateurs nest pas extensible à linfini,
nous rencontrons des difficultés pour monter des équipes
compétentes sur les longs métrages.
Comment est née lidée de Millennium Actress,
votre deuxième long métrage ?
Perfect Blue était un film qui jouait beaucoup sur la
perte de repères, entre illusion et réalité.
Cest cette partie-là qui avait été la
plus remarquée. Quand le producteur ma proposé
de soumettre un nouveau projet, jai voulu prendre ce thème
et en faire quelque chose de plus central dans mon deuxième
film. Cest comme cela quest né Millennium Actress.
On retrouve cette thématique de lillusion et de
la réalité dans plusieurs de vos films ?
La manière dont un individu perçoit son environnement
repose sur une part dillusion. Lors dun événement,
chaque témoin a des souvenirs qui lui sont propres. Et les
modalités de nos souvenirs sont aussi sujettes à variation
avec le temps. Cest ce qui mintéresse dans la
façon de traiter la figure humaine au cinéma. Cest
notamment ce que jai essayé de faire dans Millennium
Actress où le passé et le présent se confondent
dans lesprit des personnages.
Vos histoires sont très structurées. Quelle importance
attachez-vous au travail sur le scénario ?
Je crois que cest létape la plus importante
dans le domaine de lanimation. Au point quon peut dire
quun film, cest son scénario. Quand un scénario
est mauvais, quel que soit le budget dont vous disposez ou la compétence
de léquipe avec laquelle vous travaillez, il na
aucune chance de devenir un film intéressant. Alors quavec
un bon scénario, même si lon dispose de moyens
limités, on peut faire un film danimation intéressant.
Est-ce une opinion partagée chez tous les professionnels
japonais ?
Au Japon, les gens qui travaillent dans lanimation sont
obnubilés par leur passion du dessin. Ce qui mène
les réalisateurs à travailler sur des projets qui
nont rien de cinématographique. Mettre bout à
bout 1 000 dessins superbes na jamais fait un bon film danimation.
Ce sont des choses quil marrive de répéter
souvent dans le monde de lanimation japonais.
Vous venez aussi du dessin. Comment avez-vous pris conscience
de limportance du scénario ?
Quand jai commencé à mintéresser
au cinéma danimation, je me suis demandé pourquoi
la plupart des films, qui sont dune grande virtuosité
en matière de dessin, sont si peu intéressants. Et
je me suis rendu compte que cétait clairement un problème
de scénario et de mise en scène. De mon côté,
je ne suis pas certain davoir atteint le niveau que je souhaiterais
dans ces deux domaines. Venant du dessin, le scénario nest
pas le domaine où je suis le plus à laise. Mais
je travaille beaucoup sur cette étape.
Le scénario de Memories a aussi été très
remarqué. Comment lavez-vous abordé ?
La partie du film que jai réalisée est adaptée
dune bande dessinée dÔtome [lauteur
dAkira, Ndlr.] appelée Ses souvenirs à elle.
Quand jai attaqué le scénario, ce qui ma
semblé intéressant, cétait de réfléchir
aux connexions quil pouvait y avoir entre lhistoire
et moi, mes souvenirs, mon propre passé. Je crois que le
travail sur la relation personnelle que lon peut avoir avec
le thème du scénario, cest ce qui est décisif.
Dans Tôkyô Godfathers, votre dernier film, vous abordez
un thème plus social ?
Ce qui mimporte de traiter au cinéma, cest
le monde tel que nous le vivons et non pas tel que nous le voyons
à la télévision. De fait, la réalité
ne peut apparaître que tragique. Mais si on veut laisser une
place à lillusion, on peut y voir une lueur despoir.
Cest ce que jai voulu aborder dans Tôkyô
Godfathers, avec ces trois clochards qui recueillent un enfant abandonné.
Propos recueillis par Patrick Caradec
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