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Sophie Dacbert

 

 

Révolufiction

La fiction française vivrait-elle sa première révolution ? Non, si l’on s’en tient à la sélection du Festival de Saint-Tropez, dans la pure tradition des adaptations littéraires, films en costumes et autres séries policières récurrentes. Oui, si l’on en croit les nombreux projets s’inspirant du réel qui font prendre au genre un sérieux virage. C’est que désormais, la fiction empreinte non seulement à l’histoire ou à l’actualité proche, mais s’implique de plus en plus dans des sujets audacieux, novateurs, polémiques, engagés ou franchement dérangeants. Plus frappant encore, cette mutation profonde ne touche plus seulement les thématiques ou Canal+, mais toutes les grandes chaînes hertziennes. Du coup, outre les sociétés issues du documentaire, du reportage ou du flux, la nouvelle mode déferle aussi chez les producteurs de téléfilms les plus ancrés dans le paysage traditionnel de la fiction, tels GMT ou Cipango, Studio International ou Scarlett Productions. Même si certains soulignent un défaut d’imagination dans ce mouvement général, on ne peut que saluer une synergie des talents venus du reportage, du documentaire et de la fiction qui peut, à terme, sinon révolutionner la télévision, du moins lui donner une forme plus ouverte, moins calibrée. Dans la foulée, on ne peut qu’espérer que ce mouvement endigue la dérive qui a conduit les chaînes de télévision à snober les producteurs de fiction au profit des animateurs-producteurs de flux et de télé-réalité. Pour autant, il ne s’agit pas non plus de tomber dans les travers de la télé-réalité, tant décriée pour sa vulgarité. Car ce nouveau vent qui souffle sur la fiction peut aussi lui insuffler une moralité discutable. Jusqu’où, en effet, peut-on faire de l’audience en fictionnant des faits et des hommes sur des affaires récentes ou même encore sous les feux de l’actualité, lourdes d’atrocités et de douleurs. Cette semaine, TF1 est soumise à cette question à propos du docufiction consacré à la tuerie de Nanterre qu’elle comptait diffuser dans sa case du Droit de savoir. Une question qui en interpellera nécessairement d’autres.

Vendredi 17 septembre 2004



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