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ENTRETIEN
DU FILM FRANCAIS
William
Karel
Documentariste
Après CIA guerres secrètes, le documentariste
William Karel nous livre son dernier opus : Le monde selon Bush,
diffusé le 18 juin sur France 2 en deuxième partie
de soirée, avant sa sortie en salle le 23 juin. Dans ce 90
minutes décapant, qui na rien à envier à
Fahrenheit 9/11 de Michael Moore, William Karel démonte le
système Bush et révèle la face
cachée du président de la première puissance
mondiale.
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Le monde selon Bush sappuie sur les deux
ouvrages dÉric Laurent, Le monde secret de Bush et
La guerre des Bush. Quelle a été la genèse
du documentaire ?
Je venais de finir, lan dernier, un documentaire sur
la CIA, pour Arte, qui se terminait au moment où la guerre
a éclaté en Irak. Bien quayant décidé,
après cinq films, de ne plus travailler sur la politique
américaine, javais quand même la frustration
de ne pas savoir ce qui sétait passé après
aux États-Unis. Cest alors que Jean-François
Lepetit, chez Flach Films, ma demandé si javais
lu les livres dÉric Laurent et si cela mintéressait
de partir de cette base pour un nouveau film. Javais en effet
lu le premier qui mavait dailleurs poussé à
modifier la fin de CIA, guerres secrètes.
Quels ont été les principaux obstacles compte tenu
de la délicatesse du propos ?
Nous nous sommes rapidement rendus compte quil serait
difficile davoir tous les témoins souhaités.
Chaque lettre devait être signée par la Maison blanche
où une note interne donne la consigne de ne participer quaux
émissions en direct. Jai donc décidé
de retourner voir des témoins que javais interviewés
dans mon précédent film.
Est-ce le film le plus complexe que vous ayez réalisé
?
Certainement. À cause de cette difficulté à
trouver des témoins. Aucun de mes précédents
films nétait en prise avec lactualité.
Ce rapport au présent a aussi rendu difficile la décision
de finir le film. Entre nous, on lappelait le film qui
ne se terminera jamais. Il se passait tout le temps quelque
chose.
Avez-vous vu Fahrenheit 9/11, le film de Michael Moore qui traite
du même sujet que le vôtre ?
Non, mais Jean-François Lepetit est allé en espion,
à Cannes
Son verdict ?
Cest-à-dire quil est de parti pris dans
la mesure où, le film de Michael Moore nétant
pas prêt, il a été question que le nôtre
soit à Cannes, en sélection officielle, hors compétition.
Quand on a su que finalement Fahrenheit 9/11 serait prêt dans
les temps, ça a été la douche froide.
Une réaction à sa Palme dOr ?
Elle me ravit même si nous sommes tous jaloux du succès
de Michael Moore qui est devenu une star mondiale en trois films.
Ses films sont jubilatoires parce quil a introduit lhumour
dans le documentaire. On envie tous son culot phénoménal.
Mais il ne faut pas oublier quil est américain et quil
fait campagne avec les Démocrates. Le pamphlet ne lui fait
pas peur.
Aviez-vous connaissance du projet de Michael Moore lorsque vous
avez commencé à travailler ?
Oui, jen ai été avisé dès
le départ. Par Frank Carlucci, lancien sous-directeur
de la CIA et ex-secrétaire à la Défense de
Reagan, qui ma dailleurs confié quil essayait
de le fuir à nimporte quel prix. Quand je lui ai demandé
en riant pourquoi il avait accepté de me recevoir moi, il
ma répondu : Parce que lui, cest un gauchiste
!. Comme si moi jétais un supporter de Bush !
Je crois que Moore leur fait peur.
Êtes-vous parvenu à faire abstraction de son film
?
Jai suivi par les journaux lavancée de son
travail. Je meffondrais au gré de mes lectures. Quand
jai appris, par exemple, que ce serait un des films les moins
chers de lhistoire du documentaire américain parce
quil ne coûterait que 6 M$, soit à peu près
30 fois le budget du Monde selon Bush !
Comment sest passée votre collaboration avec Jean-François
Lepetit ?
Je navais jamais travaillé avec lui. Je ne savais
même pas quil faisait des documentaires, et pas seulement
de la fiction. Jai dailleurs cru au départ quil
mappelait pour un film. Il se trouve que depuis dix ans, jessaye
désespérément de faire de la fiction ! Jécris
régulièrement des scénarios, avec Philippe
Faucon, dont un va se tourner prochainement. Si on me fait confiance
sur lécriture, on ne ma jamais laissé
réaliser alors que jai été dix ans photographe
de plateau et que je nai fait ce métier que pour voir
comment travaillaient les metteurs en scène, persuadé
que je pourrais un jour faire une bonne fiction.
Pourquoi avoir choisi de sortir le film en salle après
sa diffusion sur France 2 ?
Pour essayer de toucher un public différent. Et parce
que, selon lavis de Jean-François Lepetit que je partage
désormais, les films diffusés à la télévision
passent complètement inaperçus. Contrairement à
Michael Moore qui fait le choix dintroduire une dimension
comique pour toucher le public plus large, votre film est moins
facile daccès de par la succession dentretiens.
Ne craignez-vous pas que cette forme soit un handicap ?
Je continue à espérer quil y a un public
pour ce genre de films, même si sa sortie en salle, une première
pour moi qui me ravit, me semble aussi être une délicieuse
folie.
Quel est le retour des ventes à létranger
?
Je sais que certains pays comme le Canada ou le Japon, qui
étaient partants dès le début, ont reculé
devant lobjet terminé. Un diffuseur nous a par exemple
demandé si on pouvait enlever une chanson de générique
de fin dont les paroles sont extrêmement dures. Si ce nest
que ça, alors jaccepte.
Où en êtes-vous des contacts établis avec
Sundance Channel, la seule chaîne américaine à
ce jour susceptible de diffuser Le monde selon Bush ?
Les contacts ne dépendent que du producteur. Le problème
est très simple : ces chaînes ne paient pas. Si le
film sest bien vendu, on peut alors décider de le donner.
Cest ce quon a fait pour Les hommes de la Maison blanche.
Il ne sagit dailleurs pas forcément dun
boycott des documentaires français. Mais aujourdhui,
aucune des grandes chaînes américaines na de
cases documentaires, sauf pour des films sur la mort de Lady Di
ou laffaire Monica Lewinsky.
Beaucoup de documentaristes se plaignent du formatage de plus
en plus imposé par les chaînes françaises et
de la censure latente. Est-ce votre sentiment ?
Non. Mais cest vrai que le ton du Monde selon Bush a,
toutefois, dû surprendre France 2. Même sil ne
sagit pas dun film tract. Contrairement au film de Moore,
le commentaire ne prend jamais position, ce sont les témoins
qui parlent.
Un tel film sur notre président, Jacques Chirac, serait-il
possible ?
Jadorerais. Cest un personnage époustouflant,
à la Shakespeare. Mais une telle entreprise est impossible
puisquun président en exercice naccorde jamais
dentretiens pour un documentaire. Quand il aura quitté
le pouvoir, peut-être.
Quels sont vos projets ?
Jai un projet sur le 21 avril, qui raconte comment Lionel
Jospin sest retrouvé à la troisième place.
Je lai proposé à Arte mais sur cette chaîne,
les sujets doivent intéresser à la fois le public
français et allemand. Le projet est arrivé au département
fiction qui est intéressé pour son cycle Politique,
prévu en 2005, qui comprend quatre fictions. Je travaille
également, avec Clémence Boulouque, la fille du juge
antiterroriste, sur ladaptation documentaire du livre quelle
a écrit sur le suicide de son père, Mort dun
silence. La productrice est Dominique Tibi, chez Roche Productions.
Jespère le faire en 90 minutes avec Arte.
Propos recueillis par Emmanuelle Miquet
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