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Comme
Les silences du Palais, La saison des hommes traite
de la souffrance des femmes, de leur isolement. Comment vos actrices
ont-elles appréhendé votre projet ?
Les femmes se sont totalement investies. À tel point
que, comme pour Les silences du palais, il ma fallu
jeter plus dune heure de montage. Je ne les connaissais
pas toutes au départ. Plus javançais dans
le film, plus je me rendais compte que je leur faisais raconter
des choses quelles avaient vécues dune manière
ou dune autre, alors quelles nétaient
pas toutes djerbiennes. Car il faut savoir que si Djerba est le
lieu le plus touristique de la Tunisie, cest aussi le plus
ancré dans la tradition, avec les hommes qui partent 11
mois à Tunis ou à Paris pour travailler tandis que
les femmes restent quasi emprisonnées, sous lautorité
et létroite surveillance de leur belle-mère.
Mais le film dépasse cette tradition propre à Djerba.
Du coup, il est arrivé quune comédienne sanglote
tant que ce quelle jouait retranscrivait quelque chose de
personnel. Jétais confortée dans ma certitude
que cela ne concernait pas que moi, mon histoire, celle de ma
mère, de ma famille.
Les silences du palais a été un très
gros succès en Tunisie tout comme en France. Il répondait
à une grosse attente ?
De la part des femmes en général oui, je crois.
Ce sont elles qui ont fait lénorme succès
de ce film qui a réalisé 500 000 entrées
en Tunisie. Certaines femmes nétaient jamais allées
au cinéma auparavant. En France aussi, laccueil a
été formidable avec plus de 200 000 entrées.
Et il continue de tourner dans le monde entier, la prochaine sortie
étant prévue au Japon. Je me souviens dAgnès
Jaoui qui, à loccasion dune émission
de télévision où elle était invitée
par Michel Drucker, avait vanté les mérites de mon
film. La semaine suivante, les entrées avaient doublé.
Elle est venue à une projection de La saison des hommes
et je nai pas manqué de la remercier. Partout
où je lai présenté, en France, à
Chicago, au Brésil, des femmes, et pas uniquement des maghrébines,
mont affirmé que je les touchais en plein cur
en parlant de certaines choses taboues encore chez elles : ce
rapport social à la sexualité, au désir,
au corps féminin
Et les hommes ?
En ce qui concerne léquipe du film, essentiellement
masculine, tous ont été formidables. Les comédiens
également, y compris certains qui étaient djerbiens.
Ce qui me frappe le plus, cest la réticence des jeunes.
À loccasion dune avant-première en France,
un jeune Tunisien ma exprimé sa gêne vis-à-vis
du film. Il trouvait quil dévalorisait limage
de la Tunisie, le plus avancé des pays arabes, ce qui est
la vérité. Mais il ne voulait pas reconnaître
que les femmes vivent vraiment comme cela, même en Tunisie
où réside encore un tabou féroce sur la sexualité
et tout ce qui lentoure. Mais en même temps, il avouait
que lui-même refuserait dépouser une femme
qui ne serait pas une Tunisienne de la première génération
et qui ne serait pas vierge.
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