Robert Guédiguian

Pierre Grimblat

Moufida Tlatli

Pascal Greggory



 
 
















 
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Edition du Vendredi 19 janvier 2001
 
 

 

  Moufida TLATLI   a

Comment avez-vous travaillé avec vos partenaires français et Margaret Ménégoz notamment ?
Margaret et Régine Vial ont été formidables. Elles avaient adoré Les silences du palais et voulaient à tout prix travailler avec moi. Margaret a apporté des notes de lecture très précises à la première mouture du scénario. Idem avec Richard Boidin d’Arte qui est devenu un ami. Ils m’ont dit vouloir absolument m’accompagner pour mon prochain film.

Encore une histoire de femmes ?
Oui, mais à travers des relations dominant-dominé. Je travaille à une version très personnelle des Mille et une nuits. Schéhérazade est une femme qui est parvenue à fasciner un tyran, à l’influencer de manière considérable en usant de ses armes propres : sa beauté et son intelligence de femme.

Propos recueillis par Sophie Dacbert

 

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Le film français a invité pour ce rendez-vous mensuel les réalisateurs Robert Guédiguian pour La ville est tranquille, Pierre Grimblat pour Lisa, Moufida Tlatli pour La saison des hommes, et Pascal Greggory à l’affiche de La confusion des genres de Ilan Duran Cohen.

 

Comme Les silences du Palais, La saison des hommes traite de la souffrance des femmes, de leur isolement. Comment vos actrices ont-elles appréhendé votre projet ?
Les femmes se sont totalement investies. À tel point que, comme pour Les silences du palais, il m’a fallu jeter plus d’une heure de montage. Je ne les connaissais pas toutes au départ. Plus j’avançais dans le film, plus je me rendais compte que je leur faisais raconter des choses qu’elles avaient vécues d’une manière ou d’une autre, alors qu’elles n’étaient pas toutes djerbiennes. Car il faut savoir que si Djerba est le lieu le plus touristique de la Tunisie, c’est aussi le plus ancré dans la tradition, avec les hommes qui partent 11 mois à Tunis ou à Paris pour travailler tandis que les femmes restent quasi emprisonnées, sous l’autorité et l’étroite surveillance de leur belle-mère. Mais le film dépasse cette tradition propre à Djerba. Du coup, il est arrivé qu’une comédienne sanglote tant que ce qu’elle jouait retranscrivait quelque chose de personnel. J’étais confortée dans ma certitude que cela ne concernait pas que moi, mon histoire, celle de ma mère, de ma famille.

Les silences du palais a été un très gros succès en Tunisie tout comme en France. Il répondait à une grosse attente ?
De la part des femmes en général oui, je crois. Ce sont elles qui ont fait l’énorme succès de ce film qui a réalisé 500 000 entrées en Tunisie. Certaines femmes n’étaient jamais allées au cinéma auparavant. En France aussi, l’accueil a été formidable avec plus de 200 000 entrées. Et il continue de tourner dans le monde entier, la prochaine sortie étant prévue au Japon. Je me souviens d’Agnès Jaoui qui, à l’occasion d’une émission de télévision où elle était invitée par Michel Drucker, avait vanté les mérites de mon film. La semaine suivante, les entrées avaient doublé. Elle est venue à une projection de La saison des hommes et je n’ai pas manqué de la remercier. Partout où je l’ai présenté, en France, à Chicago, au Brésil, des femmes, et pas uniquement des maghrébines, m’ont affirmé que je les touchais en plein cœur en parlant de certaines choses taboues encore chez elles : ce rapport social à la sexualité, au désir, au corps féminin…

Et les hommes ?
En ce qui concerne l’équipe du film, essentiellement masculine, tous ont été formidables. Les comédiens également, y compris certains qui étaient djerbiens. Ce qui me frappe le plus, c’est la réticence des jeunes. À l’occasion d’une avant-première en France, un jeune Tunisien m’a exprimé sa gêne vis-à-vis du film. Il trouvait qu’il dévalorisait l’image de la Tunisie, le plus avancé des pays arabes, ce qui est la vérité. Mais il ne voulait pas reconnaître que les femmes vivent vraiment comme cela, même en Tunisie où réside encore un tabou féroce sur la sexualité et tout ce qui l’entoure. Mais en même temps, il avouait que lui-même refuserait d’épouser une femme qui ne serait pas une Tunisienne de la première génération et qui ne serait pas vierge.

 
 
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