La
fusion est essentielle pour lavenir de Canal+ et donc du
cinéma français
Pierre
Lescure
Les professionnels
français tout au long des diverses négociations
ont fait connaître leurs inquiétudes. Après
une pétition auprès du CSA, ils menacent dun
recours devant le Conseil dEtat arguant du manque de garantie
quoffrent les termes de la fusion. Comment avez-vous vécu
leur comportement et leurs inquiétudes sont-elles justifiées
?
Sur le plan personnel, je nai pas bien vécu
cette triple attitude des professionnels du cinéma qui
consiste à nier la réalité des accords de
Cannes qui ont renouvelé nos obligations pour 5 ans ; à
saffoler des dangers que pourrrait encourir le Studio alors
que juste avant on critiquait le pouvoir tentaculaire du même
Studio ; et enfin à prétendre que, bien entendu,
on va être mangé par Hollywood. Ce qui signifie quon
ne voit dans Canal + quun tiroir-caisse et quon considère
lexception culturelle comme une assurance tous risques.
Je constate donc quune fois de plus on considère
les Français incapables de jouer à ce niveau-là.
Or jai, moi, la conviction quon a pris avec la fusion
une décision essentielle pour lavenir de Canal+ et
donc du cinéma français. Je dois dire que jai
eu honte quand jai lu que la crainte dun certain nombre
de cinéastes était que Vivendi fasse des chaînes
de cinéma qui allaient cannibaliser Canal+. Que les gens
de cinéma nous laissent faire de la télévision
; nous les avons toujours laissé faire du cinéma
en leur donnant simplement les moyens supplémentaires pour
donner plus de réalité à leurs rêves
de créateurs. A la réflexion, en dehors de largent,
le lien le plus fort depuis 16 ans entre Canal et le cinéma,
cest notre volonté commune de diversité. Je
pense depuis de longues années que cest lune
des explications clés du nombre de nos abonnés,
bien supérieur à nos prévisions, et on nous
voudrait assez masos pour revenir là-dessus.
Les professionnels du cinéma réclament des garanties
supplémentaires. Jusquoù pouvez-vous aller
?
Ils veulent que nous leur garantissions 10 ans dinvestissements
sous le prétexte que les nouveaux développements
vont diminuer le CA et les revenus du groupe. Mais de quels développements
parlons-nous ? Les nôtres ou ceux de la concurrence ? Comment
faire le tri ? Je ne vois pas comment le Conseil dEtat peut
recevoir une telle requête ! Jean-Marie Messier sest
engagé à apposer la signature de Vivendi-Universal
aux accords que nous avons signés à Cannes avec
le cinéma, répondant par là-même à
un autre fantasme, celui dune OPA qui verrait demain un
étranger se rendre maître de Canal+,
et cela bien que le poids de Vivendi-Universal aujourdhui
retire presque tout réalisme au danger dune OPA.
Denis Olivennes doit rencontrer lensemble des professionnels
du cinéma le 10 janvier. Je ne vois pas comment, quitte
à être pour le moins discourtois, les professionnels
pourraient dici là déposer un recours devant
le Conseil dEtat. Un recours qui, sil réussissait,
ne pourrait remettre en cause la fusion mais nous faire repartir
en appel doffres, hypothèse où le cinéma
a tout à perdre ; et, sil échouait, fragiliserait
un peu plus la force de lobbying du secteur car ils nont
guère été écoutés par les politiques.
 
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