"Le cinéma ne voit Canal+
que comme
un tiroir-caisse
et l’exception
culturelle
comme une
assurance tous risques.
"


 
 
















 
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Edition du Vendredi 19 janvier 2001
 
 
 

La fusion est essentielle pour l’avenir de Canal+ et donc du cinéma français

Pierre Lescure

Les professionnels français tout au long des diverses négociations ont fait connaître leurs inquiétudes. Après une pétition auprès du CSA, ils menacent d’un recours devant le Conseil d’Etat arguant du manque de garantie qu’offrent les termes de la fusion. Comment avez-vous vécu leur comportement et leurs inquiétudes sont-elles justifiées ?
Sur le plan personnel, je n’ai pas bien vécu cette triple attitude des professionnels du cinéma qui consiste à nier la réalité des accords de Cannes qui ont renouvelé nos obligations pour 5 ans ; à s’affoler des dangers que pourrrait encourir le Studio alors que juste avant on critiquait le pouvoir tentaculaire du même Studio ; et enfin à prétendre que, bien entendu, on va être mangé par Hollywood. Ce qui signifie qu’on ne voit dans Canal + qu’un tiroir-caisse et qu’on considère l’exception culturelle comme une assurance tous risques. Je constate donc qu’une fois de plus on considère les Français incapables de jouer à ce niveau-là. Or j’ai, moi, la conviction qu’on a pris avec la fusion une décision essentielle pour l’avenir de Canal+ et donc du cinéma français. Je dois dire que j’ai eu honte quand j’ai lu que la crainte d’un certain nombre de cinéastes était que Vivendi fasse des chaînes de cinéma qui allaient cannibaliser Canal+. Que les gens de cinéma nous laissent faire de la télévision ; nous les avons toujours laissé faire du cinéma en leur donnant simplement les moyens supplémentaires pour donner plus de réalité à leurs rêves de créateurs. A la réflexion, en dehors de l’argent, le lien le plus fort depuis 16 ans entre Canal et le cinéma, c’est notre volonté commune de diversité. Je pense depuis de longues années que c’est l’une des explications clés du nombre de nos abonnés, bien supérieur à nos prévisions, et on nous voudrait assez masos pour revenir là-dessus.

Les professionnels du cinéma réclament des garanties supplémentaires. Jusqu’où pouvez-vous aller ?
Ils veulent que nous leur garantissions 10 ans d’investissements sous le prétexte que les nouveaux développements vont diminuer le CA et les revenus du groupe. Mais de quels développements parlons-nous ? Les nôtres ou ceux de la concurrence ? Comment faire le tri ? Je ne vois pas comment le Conseil d’Etat peut recevoir une telle requête ! Jean-Marie Messier s’est engagé à apposer la signature de Vivendi-Universal aux accords que nous avons signés à Cannes avec le cinéma, répondant par là-même à un autre fantasme, celui d’une OPA qui verrait demain un “étranger” se rendre maître de Canal+, et cela bien que le poids de Vivendi-Universal aujourd’hui retire presque tout réalisme au danger d’une OPA. Denis Olivennes doit rencontrer l’ensemble des professionnels du cinéma le 10 janvier. Je ne vois pas comment, quitte à être pour le moins discourtois, les professionnels pourraient d’ici là déposer un recours devant le Conseil d’Etat. Un recours qui, s’il réussissait, ne pourrait remettre en cause la fusion mais nous faire repartir en appel d’offres, hypothèse où le cinéma a tout à perdre ; et, s’il échouait, fragiliserait un peu plus la force de lobbying du secteur car ils n’ont guère été écoutés par les politiques.


 
 
 
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