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ENTRETIEN DU FILM FRANCAIS

Meg Ryan, Comédienne

Meg Ryan, l’éternelle adolescente des comédies romantiques américaines, assume enfin la quarantaine et dévoile une sexualité débridée dans le dernier film de la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, In the Cut. Dans les salles le 17 décembre.

 
 

Vous voici pour la seconde fois de votre carrière sous la direction d’une femme au cinéma. Comment s’est passée votre collaboration avec Jane Campion ?
Oui, en effet, la première fois c’était voici à peine trois ans quand j’ai tourné Raccroche ! de, et avec, Diane Keaton. Avec Jane Campion, les choses sont différentes. Tout d’abord, elle n’est pas actrice mais une véritable réalisatrice. Quand les femmes sont derrière la caméra, elles ont un rapport particulier avec les personnages féminins : leur empathie pour les drames qu’elles traversent et les dilemmes auxquels elles doivent faire face est réel. Dans In the Cut, toute l’histoire est vue à travers les yeux de Frannie. Le personnage que je jouais avait été habité par Jane lors de l’écriture, elle en connaissait déjà les moindres détails. Je n’ai plus eu qu’à mettre les habits de Frannie, comme une deuxième peau, sous le regard généreux de Jane Campion.

Pour ce film, vous avez totalement transformé votre image et accepté de jouer pour la première fois nue, sans double, pourquoi faire confiance à Jane Campion ?
Tout d’abord, les films de Jane parlent d’eux-mêmes. Elle a le don pour raconter simplement des histoires vraiment complexes. Par ailleurs, je savais qu’elle serait très exigeante avec moi mais que jamais elle n’essaierait de m’exploiter, qu’elle me protégerait, ainsi que mon personnage. Vous voyez, contrairement à certains réalisateurs qui hésitent, qui louvoient, Jane Campion est très directe, très franche. Courageuse aussi et très sûre d’elle. Je n’ai eu qu’à me laisser porter. Dans certaines scènes, elle me dirigeait parfois du regard, sans rien dire. Mais je me sentais soutenue et tenue aussi bien que si elle m’avait soufflé chaque mot et indiqué chaque geste. Jane Campion dégage une force peu commune, je vous assure ! Je n’ai jamais été dirigée de la sorte par un réalisateur. Nous avons également beaucoup répété et improvisé, notamment avec Mark Ruffalo, mon partenaire à l’écran. Nous avions parfois l’impression de découvrir notre métier d’acteur pour la première fois.

Vous êtes tellement changée dans le film que, lors du tournage, les New-Yorkais ne vous reconnaissaient pas dans la rue ?
On peut dire que mon personnage m’a véritablement fait changer de physique. Frannie n’essaie pas de séduire, cela ne l’intéresse pas. Ce qui en fait une femme très libre. Jane Campion m’a aidée à construire mon personnage en me montrant des films que je découvrais souvent pour la première fois : Belle de jour (Luis Buñuel), Repulsion (Roman Polanski), Taxi Driver (Martin Scorsese), Klute (Alan Pakula), Don’t Look Now (Nicholas Roeg), Rosemary’s Baby (Roman Polanski), Blow Up (Michelangelo Antonioni), Le parrain (Francis Ford Coppola). Dans ces films, les personnages de femmes sont très énigmatiques et les actrices qui les interprètent comme Catherine Deneuve, Mia Farrow, Jane Fonda et Vanessa Redgrave ont dû puiser dans l’histoire du cinéma pour trouver leur personnage. C’était la première fois que je faisais une chose pareille, voir de “vieux films” pour préparer mon approche du personnage de Frannie. À Hollywood, on ne se penche pas sur le passé pour comprendre et enrichir le présent.

C’est la première fois que l’on vous voit dans un film noir érotique. Recevez-vous beaucoup de propositions de ce genre ?
Non, en effet, c’est très rare. C’est d’ailleurs mon premier thriller. Frannie est un personnage très “intérieur”, le genre qui plaît à Jane Campion. Ce rôle était une chance à ne surtout pas manquer. Une nouveauté à essayer. De plus, j’adore les films des années soixante-dix avec leurs antihéros. Jane Campion s’en est inspirée avec, il me semble, beaucoup de talent.

La dernière fois que vous étiez en France, c’était en tant que membre du jury à Cannes, sous la présidence de Patrice Chéreau. Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?
En fait, c’était la première fois de ma vie que je faisais partie d’un jury. Quel boulot ! Deux voire trois films à voir par jour. Nous devions ensuite dire ce que nous en pensions mais pas seulement “non, je n’aime pas”, ou “oui, j’ai beaucoup aimé”. Patrice Chéreau insistait pour que nous approfondissions notre avis sur chaque film. Il y avait un côté “retour à l’université” que j’ai beaucoup aimé. J’ai vraiment appris au contact de Patrice mais aussi des autre membres du jury comme les réalisateurs Danis Tanovic et Steven Soderbergh avec qui j’aimerais beaucoup travailler.

Avez-vous jamais songé à passer derrière la caméra ?
Si, depuis In The Cut. Je voudrais tout d’abord réaliser un court métrage. Jane Campion m’a vraiment inspirée : surtout sa façon de faire feu de tout bois, de s’adapter à toutes les situations imprévues. Sur le film, s’il pleuvait, elle utilisait la pluie, même si la scène avait été conçue pour être filmée en plein soleil. Nous avons tourné six semaines en extérieurs, dans les rues de New York. Nous ne pouvions pas bloquer les rues ni arrêter la circulation. Jane improvisait, et nous aussi ! C’était vraiment rafraîchissant. À Hollywood, rien n’est laissé à l’imprévu, tout est contrôlé.

Quelles sont les actrices dont les carrières vous inspirent le plus ?
Katharine Hepburn, bien sûr, mais aussi Susan Sarandon et Catherine Deneuve dont les filmographies démontrent un goût sans faille. Moi, ce qui m’intéresse c’est d’expérimenter, je veux que l’on me surprenne, toujours. Dans mon prochain film, Against the Ropes de Charles Dutton, j’interprète une femme-poupée Barbie… mais à poigne. Pour jouer ce rôle, on m’a ajouté de la poitrine, des faux ongles, tous les signes extérieurs d’une femme qui se sert de sa sexualité comme d’une arme de persuasion et d’intimidation. Il faut dire que mon personnage, Jackie Kallen, est manager de champions de boxe à Detroit. Pour percer dans ce métier et s’y faire respecter quand on est une femme, il faut une sacrée personnalité et de la force de caractère. J’ai beaucoup aimé me glisser dans la peau de ce personnage, aux antipodes de celui de Frannie dans In the Cut et à l’extrême opposé de ce que je suis dans la vie.

Quel métier auriez-vous voulu exercer si vous n’étiez pas devenu actrice ?
Journaliste, je pense. J’ai commencé des études de journalisme à l’université de New York et puis la vie en a décidé autrement.

Quel est le dernier film français que vous ayez vu ?
C’était cet été dans les Hamptons (au Nord de New York), il y avait un minifestival François Truffaut. Je suis allée voir Jules et Jim. Jeanne Moreau : encore une femme et une actrice extraordinaire.

Propos recueillis par Agnès Catherine Poirier


vendredi 19 décembre 2003

“Jane Campion a une empathie réelle pour ses personnages féminins.”



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