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DÉJEUNERS DU FILM FRANCAIS

Ce mois-ci, Le film français a invité au Flora Danica les réalisateurs Anne Fontaine pour Nathalie… et Jean-Marc Moutout pour Violence des échanges en milieu tempéré, ainsi que les comédiens Sarah Grappin à l’affiche de Je t’aime, je t’adore et Jalil Lespert pour Les amateurs.

Anne Fontaine

Avec Nathalie…, vous avez voulu faire un film sur la passion, qu’elle soit ou non consommée ?
Il y a dans le film un couple dont la passion et le désir se sont évaporés. Et la réponse féminine à cette disparition du désir est assez inédite puisqu’elle décide plus ou moins consciemment de proposer à une entraîneuse de séduire son mari. Elle a ainsi l’illusion de contrôler la sexualité de son mari. Mais elle va aussi découvrir, peut-être à son insu, une seconde passion, troublante et ambivalente même si elle n’est pas consommée. Je voulais en fait faire un film sur le fantasme, sur l’ambiguïté et sur le mensonge. Je ne sais pas s’il est plus ou moins subversif que mes autres films. Si les dialogues sont très crus, c’est surtout pour permettre au spectateur de faire fonctionner son imaginaire. Certaines personnes m’ont dit que c’était mon film le plus noir, d’autres le plus optimiste…

Nathalie… est un film énigme, un film à tiroirs…
Il y a dans le film des indices et des pistes pour dérouter rapidement le spectateur. Mais je ne voulais pas faire un film de genre. Nathalie… est tout aussi érotique que platonique, ce qui est quand même un paradoxe ! Comme dans Nettoyage à sec ou Comment j’ai tué mon père, il y a un rapport au récit implosif…

Comment vous est venue l’idée du casting ? Aviez-vous la volonté de reformer le couple Ardant/Depardieu de La femme d’à côté de François Truffaut ?
J’ai tout d’abord pensé à Fanny Ardant. Elle fait passer tant de choses dans son regard… Elle a la puissance romanesque d’une Ava Gardner. Je me suis ensuite demandé quel mari elle pourrait avoir… Un homme avec du charisme, qui laisse son empreinte même quand il est absent. Ce que seul Gérard pouvait faire. Je n’ai pas voulu reformer le couple de La femme d’à côté même si Fanny m’a confié que si son personnage dans le film de Truffaut n’avait pas tué Depardieu, le couple aurait pu avoir, 20 ans plus tard, le type de relation qu’ils ont dans Nathalie…

Et le choix d’Emmanuelle Béart ?
Elle était l’actrice française idéale pour incarner ce personnage à la fois lisse en apparence et sensuel. Mais surtout, Emmanuelle est une actrice de plus en plus intéressante car son ambiguïté profonde, cette fêlure cachée qu’elle porte en elle était idéale pour le rôle de Marlène. De plus, elle forme avec Fanny Ardant la somme idéale de la féminité, ce qui les aide d’ailleurs à créer toutes les deux ce personnage imaginaire de Nathalie.

Nathalie… est-il un film d’homme ou de femme ?
Le personnage joué par Gérard n’a que la place d’un objet. Son personnage est un miroir où l’on se réfléchit mais qui ne conduit pas l’action. Ce sont les deux femmes qui appuient sur l’accélérateur de l’histoire. Certains hommes pourront sûrement être déstabilisés par cela. Mais pour autant, je pense que le film provoque des réactions et des sensations différentes chez les uns et les autres…

Propos recueillis par Fabrice Leclerc

 

Vendredi 20 février 2004
   Anne Fontaine
   Jalil Lespert
   Sarah Grappin
   Jean-Marc Moutout

 

 

 

 


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