|
DÉJEUNERS
DU FILM FRANCAIS
Ce mois-ci, Le film français a invité
au Flora Danica, pour son déjeuner mensuel, les réalisateurs
Bernard Rapp pour Un petit jeu sans conséquence, Ismaël
Ferroukhi pour Le grand voyage (à laffiche depuis le
24 novembre) et Pierre Erwan Guillaume pour son polar Lennemi
naturel ainsi que les comédiens Éric et Ramzy, deux
des interprètes des Dalton.
Pierre Erwan Guillaume
Pourquoi avoir choisi la voie du polar pour votre premier long
métrage ?
Sur un prétexte dintrigue policière, il
sagit daccéder à une humanité à
la fois effrayante et fascinante. De parler des vicissitudes du
désir. Ce ne sont pas tant les codes ni laction propres
au genre qui mintéressaient, que le fait divers en
lui-même où les pulsions sexpriment de manière
exacerbée. Ce sont elles qui dictent le film.
Et en effet, Lennemi naturel a une atmosphère spéciale,
qui ne peut laisser indifférent
Organique, et très personnelle en effet. Mais si lon
ne cherche pas à faire un premier film singulier, on ne le
fera jamais. Cest le moment où jamais de montrer ce
quon a dans le ventre, et de lexprimer avec son propre
ton.
Vous sentez-vous enfant de La fémis ?
Je lassume en tout cas, même si jai le sentiment
que tous ceux qui en sont sortis sont très différents
de moi. Cest une grande chance que de pouvoir y entrer. Lécole
occasionne des rencontres avec des professionnels de haut niveau,
permet de collaborer avec des personnes très intéressantes
et justement différentes. Plus généralement,
cela ouvre beaucoup de portes et offre une indéniable crédibilité.
Lennemi naturel est porté par un duo de comédiens
particulièrement fort : Aurélien Recoing et Jalil
Lespert. Comment lavez-vous choisi ?
Je connaissais bien Jalil pour avoir fait avec lui mon premier
court, Les fourmis rouges. Javais dautant plus envie
de renouveler lexpérience quil a une sensualité
correspondant bien au personnage de ce jeune lieutenant de police
particulièrement éprouvé par son enquête
qui va le révéler à lui-même. Jalil nest
pas forcément docile sur un plateau mais il ma apporté
une vraie stimulation. Quant à Aurélien, je lai
découvert dans Lemploi du temps de Laurent Cantet.
Je sentais quil pouvait réunir les caractéristiques
de ce quarantenaire qui fascine tant le flic : la puissance physique,
la virilité, mais aussi un certain mystère.
Le film est une ode à la virilité, à la
limite du conte de logre ?
Cest un fait que je ny vais pas avec le dos de
la cuillère. Il y a de la malice là-dedans, bien sûr.
Je voulais montrer la virilité dans ce quelle a de
fascinant et de trivial. Je navais pas envie dêtre
dans la suggestion. Le film, cest le parcours de quelquun
qui refoule ses désirs. Lhistoire le conduit à
regarder les choses en face et je voulais que le public ressente
les mêmes sensations.
Vous avez dabord été attiré par lécriture
et le scénario, qui vous ont conduit à travailler
avec Jean-Paul Civeyrac, Solveig Anspach, Tony Marschall, Catherine
Corsini
Comment avez-vous abordé la réalisation
?
La réalisation a été une révélation
dès mon premier court. Jétais plutôt un
raconteur dhistoires et je me suis petit à petit passionné
pour la mise en scène, la direction dacteurs, la recherche
des formes, la manière de faire naître une sensation
avec une caméra. Au point que je commence à mennuyer
avec lécriture de scénario
Et la sortie prochaine du film ?
Cest très perturbant. Jusquici, javais
lhabitude de me cacher derrière un réalisateur.
Létrangeté du film mest renvoyée
à un niveau que je ne soupçonnais pas. Il exerce une
fascination presque haletante, et il faut lavouer, des réactions
très tranchées : soit on adore, soit on est exaspéré.
Cela me va, car javais cette envie de tout oser, de ne pas
me retenir. Je voulais toucher les gens intimement, comme jai
pu lêtre avec certains films. Ceux qui mont transformé.
Propos recueillis par Sophie Dacbert
|