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Sophie Dacbert

 

 

Créance

Le crédit d’impôt, dont l’amendement vient d’être adopté par l’Assemblée nationale, est une belle opportunité pour le financement du cinéma français. Un beau cadeau de fin d’année, pourrait-on même dire, rares étant ce type de dispositif en France, plus rares encore les nouveaux à y accéder. Ce volontarisme mérite d’être salué au moment où le gouvernement boucle, dans la douleur, son “impossible” budget 2004, où bien des domaines sont sacrifiés sur l’autel de la récession, y compris les plus nécessiteux tels que la recherche.

Même si des questions d’ordre technique demandent encore à être affinées, on comprend donc pourquoi une grande majorité de producteurs de longs métrages applaudissent la mesure des deux mains : non seulement le crédit d’impôt est un dispositif simple et concret, mais il est ouvert au spectre le plus large des sociétés de production. Y compris aux producteurs de cinéma d’animation qui ont enfin trouvé écho à la spécificité de leur secteur, comme en témoigne le plafond supérieur qui leur est garanti, non pas comme une rallonge mais bien comme une adaptation à l’importance des dépenses techniques exigées par le genre.

De fait, le crédit d’impôt devrait être bénéfique à tout le secteur cinématographique, des industries techniques – les premières à avoir milité pour un instrument fiscal capable de tenir la comparaison avec les systèmes incitatifs développés à l’étranger –, aux intermittents du spectacle. Car la vérité est là : en 2002, le nombre de semaines de tournage à l’étranger a augmenté de 18% par rapport à 2001, et le CNC lui-même avoue que le phénomène s’est poursuivi en 2003. Il s’agit donc de stopper de toute urgence l’hémorragie des tournages et des prestations techniques vers les pays proposant force taxes shelters et autres sales et lease back, et par conséquent, maintenir des milliers d’emplois de techniciens et d’artistes.

Mais au-delà de l’aspect thérapeutique, il faut aussi accueillir ce crédit dans le sens premier du mot : comme la créance accordée à une industrie qui a non seulement valeur culturelle, mais aussi économique, ce qu’en France contrairement aux Etats-Unis, on a toujours eu tendance à minimiser.

Vendredi 21 novembre 2003



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